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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 23:00

  

Modernité et dynamisme sous le soleil…   A l’instar des Gaudí, Picasso et autres avant-gardistes de cette ville à la pointe des innovations urbanistiques, Barcelone est réputée pour une ouverture au monde heureuse et fondamentalement ancrée dans sa personnalité. Un vrai bonheur pour les étudiants Erasmus ou les touristes venus des quatre coins du monde, pour y goûter la joyeuse animation locale, simple et détendue.

 

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Toute cosmopolite soit-elle, Barcelone est aussi la capitale d’une région qui affirme crescendo de fortes revendications identitaires. Ces dernières années la tendance régionale s’est nettement amplifiée, et la Catalunya (Catalogne) aspire désormais très ouvertement à une autonomie accrue, dans une Espagne qui peine à tenir ses promesses d’unité dans le respect des pluralités. La question est en tout cas mise au centre des préoccupations à l’approche du scrutin du 28 novembre prochain, qui renouvellera le Parlement catalan.

 

  

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Un des meilleurs moments pour savourer toutes les nuances de cette ville, est sans doute à l’arrivée de l’automne, vers le 24 septembre, quand on y célèbre la Mercè, sainte patronne de Barcelone. Toutes les rues de la vieille ville se colorent et s’illuminent pour accueillir durant un long week-end, les animations catalano-barcelonaises du festival de La Mercè, véritable symbole de la ville.

Dans son programme 2010 du festival, l’Ajuntament de Barcelona (la municipalité) le clame d’ailleurs  sans détours : si vous voulez vraiment connaître Barcelone, c’est à La Mercè qu’on vous attend.

 

 

 

Des animations culturelles en tous genres (danses, musique, feux d’artifices Correfoc, personnages géants, tours humaines Castellers, acrobaties de cirques… quelques photos ici) s’enchaînent effectivement un peu partout, et montrent une Barcelone tout à la fois catalane et cosmopolite.

  

DSCN4938Le folklore que les Français de Perpignan connaissent bien, s’épanouit là à plein, sous les couleurs du drapeau à 4 bandes rouge et or, étendard de la Catalogne. Chaque année, une ville étrangère est aussi spécialement invitée. 2010 accueillait ainsi Dakar, capitale sénégalaise, qui a bénéficié de toute cette organisation pour se présenter à travers sa musique, sa danse, et son artisanat, apportant un regain d’énergie créatrice à une ville qui en raffole et semble toujours en redemander.

 

Durant ce festival, au-delà du folklore, on remarque aussi un curieux jusqu’au-boutisme dans l’usage de la langue catalane. Le meilleur exemple en est le spectacle pyrotechnique final, qui clôture chaque année le festival. Pendant près de 45 min, un jeu concomitant de lumières, de fontaines et de musique, accompagne un gigantesque Correfoc (feux d’artifices) donné sur l’Avinguda de la Reina Maria Cristina, à deux pas de la Plaça d’Espanya… et au pied du Musée National de l’Art Catalan (MNAC).

 

Cet emplacement sur une avenue qui fait la jonction entre l’imposant palais du MNAC, majestueux depuis sa belle hauteur, et la place d’Espagne avec ses deux obélisques est symbolique, et c'est là que la foule se presse pour assister au spectacle de clôture, rythmé cette année par des chansons standards de la pop internationale, ultra connues pour tout occidental... sauf que pour chacune, après les premières mesures reprises dans leur version originale (souvent anglaises), elles étaient ensuite bizarrement interprétées en catalan.

 

 

Ascenseur

Le bilinguisme catalan/castillan dans l'ascenseur d'un immeuble d'habitation au coeur de Barcelone 

 

C’est l’autre caractéristique de Barcelone, une ville dont l’identité catalane s’affirme de nouveau et de plus en plus, depuis la fin de la dictature franquiste, au point d’avoir de nombreux signes habituellement réservés à une nation, et centralisés à Barcelone. Comme le rappelle Saül Godillo, directeur de l’Agence catalane d’information, la Catalogne a sa propre agence de presse, une télévision et une radio publiques bien installées, son propre corps de police, des ambassades dans le monde, et même son propre nom de domaine « .cat » sur Internet. Son parlement et gouvernement local (comme dans les 17 Communautés autonomes d’Espagne) vient d’adopter des lois aussi diversement bienvenues que l’interdiction de la corrida ou le doublage de 50 % des films en catalan.

 

Cette forte volonté de se singulariser a atteint des sommets cette année. Alors que 2006 avait vu l’adoption par le Parlement catalan de la nouvelle constitution donnant un statut d’autonomie élargie à la région, le Tribunal constitutionnel d’Espagne a invalidé cet été plusieurs articles de la nouvelle constitution.

La réaction a été immédiate et spectaculaire, le 10 juillet 2010 : des centaines de milliers de personnes défilant à Barcelone sous la bannière « Nous sommes une nation, nous décidons nous-même ».

La marche avait initialement été organisée par l’Ồmnium Cultural, une association de défense de l’identité catalane, mais la décision très controversée du Tribunal constitutionnel a été rendue quasiment la veille de sa tenue, exacerbant les tensions. Tous les partis politiques en Catalogne (à l’exception du parti de droite qui avait initié le recours constitutionnel) avaient alors appelé la population à s'y rallier.

 

Si ces revendications identitaires ne vont pas – encore – jusqu’au nationalisme, elles ont gagné en visibilité et légitimité pour une population qui soit reste indifférente, soit semble favorable à une plus grande indépendance, tout en ne reniant pas son identité Espagnole.

 

Une contradiction bien illustrée en matière de football : les Catalans ne sont pas anti-espagnols au point de ne pas soutenir l’équipe d’Espagne en coupe du monde ! C’est le quotidien Sud Ouest qui le relevait dans un article résumant  ces « ambiguïtés catalanes » au lendemain de la manifestation choc du 10 juillet dernier.

 

Quel que soit le futur, ces tendances contradictoires sont exploitées à plein dans la bataille des partis politiques en lice pour les prochaines élections parlementaires, le 28 novembre. Considérées comme un tournant pour la Catalogne, et l’Espagne, les pronostics donnent gagnante la précédente équipe qui avait été au pouvoir de 1983 à 2003, Convergence et Union, une coalition libérale de centre droit qui défend un nationalisme conservateur.

 

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Au-delà du modernisme au soleil dans lequel baignent les Espagnols, les Catalans, les étrangers et les touristes, la réalité de Barcelone est donc bien celle d’une identité qui compose avec moults facettes. Avec une particularité bien surprenante tout de même : la défense exacerbée de l’identité locale, à travers la langue notamment, côtoie très naturellement l’ouverture au monde.

 

La cohabitation est belle mais l’équilibre pourra-t-il durer ?

 

 

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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