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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 20:32

Difficile de prétendre innover sur le sujet Hrant Dink. Depuis les trois balles tirées à bout portant à sa tête, par derrière, un matin en pleine rue devant les locaux de son journal à Istanbul, son nom est rappelé à qui mieux mieux par les Arméniens dégoutés du négationnisme éhonté de la Turquie, mais aussi par les Turcs eux-même, quand ils prêchent pour une meilleure démocratisation de leur pays, avec un discours plus ou moins clair sur le génocide arménien.


 

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  Hrant Dink

 

Pourtant, on ne peut laisser passer le mois de janvier sans ressentir l’obligation d’évoquer les suites de cet assassinat, toujours lourd de sens et de contradictions aujourd’hui.


De par le monde on organise désormais moult conférences et commémorations autour de l’anniversaire de sa mort, le 19 janvier 2007. C’est presque devenu une tradition et nombreux sont ceux qui n’oublierons pas ce qu’ils faisaient le jour où ils apprirent la nouvelle de cette exécution violente.


Mais si ces commémorations sont toujours aussi suivies, c’est aussi parce que les préoccupations alors soulevées continuent d’avoir une actualité brûlante aujourd’hui.


Quatre ans après cet assassinat, on ne compte plus les communiqués de Reporters Sans Frontières qui condamnent les iniquités du procès de l’assassin, toujours en cours, et alors même que les vrais commanditaires du crime sont loin d’être inquiétés. Prochaine audience le 7 février 2011.


La Cour Européenne des Droits de l’Homme vient aussi de condamner unanimement et à plusieurs titres la Turquie : pour la passivité coupable des autorités de police turques, probablement impliquées dans l’assassinat même, et l’iniquité de l’autorité judiciaire dans la conduite du procès des assassins.

Comble de l'ironie, c'est Dink lui-même qui avait saisi cette Cour Européenne huit jours avant sa mort car il se sentait menacé...


Dans son édition du 20 janvier dernier, le quotidien Le Monde accueillait aussi dans ses pages un appel de l’AFAJA (Association française des avocats et juristes arméniens) réclamant justice pour Hrant Dink, avec force signatures des plus hautes personnalités des barreaux parisiens et bruxellois, mais aussi de nombreux autres avocats, journalistes, philosophes etc… touchés par le destin de cet orphelin de Turquie qui a su rallier la famille de tous ceux qui partagent ses idées humaines.


Quatre ans après on en est toujours là : ce que représentent Dink, son discours et son impact, a dépassé le cercle arménien. En cela c’est déjà chose rare, les Arméniens ayant été plus habitués à une cause longtemps demeurée confidentielle, brandie par d’autres Etats avec hypocrisie, plutôt qu’à une reconnaissance sans équivoque.


Dans une Turquie qui peut présenter à la fois un visage moderne (Istanbul était capitale européenne de la culture en 2010), tout en faisant le culte d’un nationalisme officiellement assumé, l’histoire de Hrant Dink révèle, encore aujourd’hui, une situation des droits de l’homme toujours préoccupante pour ce carrefour de continents et de mentalités si différents.


Par ailleurs il fallait une telle personnalité (et peut-être une telle mort aussi malheureusement ?) pour que les Arméniens marqués par un passé horrible, adoptent une attitude moins gonflée de certitudes vis-à-vis de cette Turquie du présent.


En effet ce que Dink s’époumonait à expliquer de son vivant depuis ce pays où il vivait n'était pas si bien accueilli par la plus grande partie de la diaspora. Celle-ci préférant diaboliser systématiquement un Etat et son peuple qui, en plus de continuer à profiter des conséquences d’un génocide, s’échine toujours à le nier catégoriquement.

 

Interview de Hrant Dink en 2005

par Frédéric Mitterand pour TV5 - émission "24H" en Turquie


Mais, plus respecté après sa mort martyre et le retentissement qu’elle continue d’avoir en Turquie et dans le monde, le discours nuancé de Dink semble devenu, petit à petit, plus audible par les Arméniens de diaspora.

Par exemple il n’est plus si rare aujourd’hui de voir certains d’entre eux se  lancer dans une incursion vers ce pays, chose inimaginable jusqu’à il y a peu pour les descendants des exilés de cette terre où fût perpétré le génocide. Encouragés par l’attitude de certains Turcs reconnaissant désormais publiquement le génocide, ils y vont maintenant, et partent à la rencontre.


On le sait car on voit et lit de plus en plus souvent le récit de  ces voyages, où souvent ils s’étonnent de ressentir dans ce pays longtemps haï, une familiarité difficile à concilier avec le négationnisme ambiant.


De son côté ce négationnisme inculqué depuis toujours finit par être questionné de l’intérieur, à force d’entendre tout ce qui se dit à l’extérieur. Le doute pointe même parfois, allant jusqu’à imposer un revirement progressif, même si le plus souvent il est rejeté car trop lourd de conséquences. C’est aussi plus confortable de nier et d’ignorer, comme le fait la majorité depuis si longtemps.


Néanmoins après Hrant Dink, les contradictions violentes cohabitent, forcément, de manière plus visible. Ce n’est clairement pas facile, ni même naturel après un tel passif, mais petit à petit les tentatives pour simplement se comprendre, apparaissent. Car qu’on le veuille ou non il y a bien une histoire commune.

 

"Agos" titre du journal fondé par Dink, signifie "sillon" en arménien.

Un sillon, l'autre voie qu'il tentait de suivre, qui se tracait bien laborieusement, mais au moins au niveau des individus,  se devinait l'espoir que cette histoire commune aspire à être pacifiée.  Même si frêle, cet espoir s'est vu concrétisé plus souvent, et c'est  déjà un début d’amélioration auquel Dink aura apporté une contribution plus que certaine.

 

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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