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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 15:30

Affiche film Une séparationRares sont les films qui laissent une telle impression d’aboutissement.

 

Deux heures après avoir suivi cette histoire magistralement bâtie et menée autour d’un couple dont la femme veut divorcer, une séparation qui passe vite au second plan même si elle est la base de tout le film, vous aurez intensément suivi bon nombre des dilemmes qui jalonnent nos vies.

 

Que s’est-il passé pour que Nader, le mari quitté, renvoie avec colère Razieh qu’il avait embauchée pour s’occuper de son père atteint d’Alzheimer, et pour que celle-ci finisse par l’accuser de meurtre ?

 

Cet incident devient la question centrale du film, où chacun accuse l’autre d’être responsable d’un drame qui menace leurs deux familles sans distinction.

 

La séparation du couple et l’enchaînement des petits riens irréversibles peuvent sembler ordinaires au possible, mais en réalité, entre tensions contenues, bonne volonté des personnages et emballement de l’intrigue, cette superbe histoire humaine laisse le spectateur ébahi par toutes les facettes d’une vérité qui peine à se révéler.

 

Alors qu’on se demande parfois si les personnages mentent ou non, le film lui ne ment pas. Il prend le parti de laisser la vérité apparaître comme elle peut, malmenée qu’elle est par les principes moraux pourtant sains a priori de chacun.

Mais un principe, aussi juste soit-il, n’est pas toujours compatible avec d’autres considérations toutes aussi fondamentales ; jusqu’où faut-il alors s’entêter ?

 

La morale de justice jusqu’au-boutiste de Nader s’opposera donc à celle de Razieh, mais aussi, au-delà de leur lutte, à l’importance des liens filiaux ou conjuguaux, à la difficile fidélité aux convictions personnelles, au besoin de changement ou au respect des traditions, à la religion ou à la justice des hommes aussi, dans un Téhéran qui ne laisse pas de répit à ses habitants.

 

UNE SEPARATION.real.Asghar FarhadiInspiré par quelques faits réels épars vécus ou entendus, le talentueux Asghar Farhadi (déjà maintes fois récompensé pour ses œuvres en Iran et à Berlin en 2009) a inventé, créé et réalisé ce pur moment d’intelligence et d’émotion combinées, qui laisse songeur à plus d’un titre. En sortir gratifié d’un supplément d’humanité n’est pas le moindre de ses effets positifs.

 

C’est une fraternité toute simple et commune à tous qui se noue avec ce film dont les femmes sont pourtant voilées, et les hommes barbus, dynamitant ainsi au passage l’image que l’Occidental a de l’Oriental en général, et de l’Iran sous dictature en particulier.

 

Il n’est pas indispensable de dire qu’il s’agit d’un film iranien, mais qu’y peut le réalisateur si c’est de là qu’il vient ? Malgré la censure, Asghar Farhadi a choisi de faire des films qui puissent être diffusés en Iran tout en restant fidèle à ses propres principes. Son travail d’équilibrisme délicat a probablement contribué à l’excellence du film, qui ne juge pas mais montre tout aussi bien ce qu’il y a à découvrir sur ce pays.

 

Si l’absurdité et l’arbitraire de la censure iranienne n’ont pas permis à d’autres d’y parvenir comme lui, on a quand même pu voir d'autres œuvres exceptionnelles briller et se distinguer à l’international depuis quelques années.

 

En France on connaît bien via les prix du festival de Cannes, le génial Persépolis de Marjane Satrapi ou plus récemment Les Chats Persans de Bahman Ghobadi, film d’une originalité inouïe sur la situation actuelle de la musique interdite en Iran.

 

 

Le film de Bahman Ghobadi (bande annonce VF) 

 

Couverture Les chats persansA noter d’ailleurs qu’après Les Chats Persans, le couple musical héros de ce film qui prend leur vie pour fil conducteur (Ashkan Kooshanejad et Negar Shaghaghi), a écrit un livre dont la traduction française est parue fin avril. Ils y font le récit de leur vie et parcours inédits en Iran, jusqu’au film de Ghobadi, et aux marches de Cannes.


Les Chats Persans

  Livre d'Ashkan Kooshanejad et Negar Shaghaghi

 

 

A lire pour tous ceux qui voudraient en savoir plus sur cette jeunesse impressionnante de lucidité et d’acharnement à faire sa musique, en faisant fi des cadres imposés par la dictature iranienne. La musique ne connaît jamais de frontière, et leur livre ne dit finalement pas autre chose.

 

Tout comme l’humanité ou l’amour d’ailleurs, ce que montre si bien Asghar Farhadi pour en revenir à lui. Ours d’or du meilleur film, Ours d’argent de la meilleure actrice pour l’ensemble des actrices du film, Ours d’argent du meilleur acteur pour tous ses acteurs, et nominations du film ou du réalisateur dans cinq autres catégories, Une séparation a quasiment raflé tous les prix du dernier festival international de Berlin, ce qu’on conçoit sans mal.

 

A Berlin

Au festival de Berlin, Asghar Farhadi entouré des interprètes féminines d'Une séparation 

 

Magnifique, excellent, universel, humain… les compliments fusent de partout pour saluer ce film qui a fait couler beaucoup d’encre par ailleurs. Quand on voit sa qualité on espère ardemment que cette reconnaissance unanime contribuera à aider les artistes d’Iran à poursuivre de telles œuvres plus librement.

 

En attendant, Une séparation, l’histoire de Nader et Sinim, est définitivement un film à ne pas manquer.

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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Georges 04/07/2011 17:54


à ne pas rater!! Davantage après avoir lu cet article...


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  • : Journalisme personnel : informations, histoires et idées. La page "Arménie - FA " regroupe une sélection d'articles déjà publiés (magazine France-Arménie).
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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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