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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:08

 Difficile de trouver moment plus à propos pour la sortie de ce film, tandis que la tonitruante loi pénalisant les négationnismes enchaîne les péripéties nauséabondes. Contre l’indifférence passive et généralisée, Le Fils du marchand d’olives dénonce pour sa part avec créativité, intelligence et entêtement, un négationnisme institutionnalisé, toujours trop lourd de conséquences.

 

Anna sur les ruines d'Ani


ConnexionsS vous faisait découvrir l’an dernier ( ici et  ), ce film de Mathieu Zeitindjioglou, particulièrement bousculant par sa démarche artistique, personnelle mais aussi citoyenne, surprenante et totalement inédite à tous points de vue.

 

L’originalité du discours et de sa forme ouvrait en effet de nombreuses perspectives à l’Arménien bizarrement enraciné en diaspora, mais aussi à tout être humain réceptif à la question de l’identité malmenée (voir encadré sur le film, de  notre billet d'avril 2011).


Anna et Mathieu Zeitindjioglou UGAB Paris

Or voilà qu’après avoir concouru et brillé dans de nombreux festivals de par le monde, ce film auquel seuls ses auteurs croyaient arrive finalement sur les écrans, fort de l’accueil largement positif reçu à chacune de ses projections.


Dans cette œuvre particulièrement mordante et en même temps sensible, Anna et Mathieu Zeitindjioglou ont en effet mis à jour avec un dynamisme qu’on ne concevait plus, les nombreuses contradictions que vivent, aujourd’hui encore, l’Arménien de diaspora mais aussi la Turquie, entre rejet d’un passé si lourd, négationnisme et poids du déracinement.


Il ne faut donc pas s’étonner de son passage remarqué dans les festivals, et les nombreux prix qu’il y a récolté (voir encadré Prix et festivals), en suscitant parfois des débats particulièrement constructifs.

A Bruxelles par exemple, sa projection à un festival du film juif a en effet donné lieu à un débat particulièrement riche avec un historien faisant notamment le parallèle entre le négationnisme actuel de la Turquie, et celui que la Pologne a longtemps pratiqué vis-à-vis de la Shoah. 


Comparativement à l'adhésion totale et l'enthousiasme entreprenant qu'il a ainsi généré partout ailleurs, en France, et c’est là que le bât blesse, malgré les réactions tout aussi positives du public français, il semble y avoir eu un blocage tant sur la thématique que sur la forme du film. Et puis finalement « ils ont commencé à réagir quand le film a reçu des prix en festival ailleurs qu’en France » constate le réalisateur.


Anecdote pas si anodine qu’il n’y paraît, le festival international du film d’éducation d’Evreux a battu le chaud et le froid en l’espace de deux jours aux auteurs du film. En effet : acclamés le jour de leur arrivée et lors de la projection, le couple Zeitindjioglou s’est vu ignoré le lendemain. Sorte de black-out incompréhensible.

 

En fait, à l’exception d’une réaction excessive de la part d’un professeur de français qui a vu le film comme une insulte à sa turcophilie (ce qu’il n’est pas en réalité), l’adhésion au film était unanime mais non assumée. Manifestement le sujet dérange, pour diverses raisons : assimilation trop rapide à un militantisme pro-arménien, ou à une rhétorique d'extrême droite hostile à la Turquie. Un autre professeur allait même jusqu’à avouer au réalisateur que malgré sa qualité, elle n’oserait pas diffuser le film dans son établissement où se trouvait nombre d’élèves turcs.


Sans en tirer de conclusion hâtive, on y voit en tout état de cause le symptôme d’un manque de courage patent, malheureusement trop répandu dans les médias français selon Anna qui ne se contente pas de s’en désoler. Elle s’en révolte encore aujourd’hui avec la même vigueur, elle, la Polonaise qui a ouvert les yeux de son mari sur les origines de son nom alambiqué et si difficile à porter.

 

Pour rappel, Zeitindjioglou - quatorze lettres, un double scrabble - signifie en turc ‘le fils du marchand d’olives’ et donne en outre la circonstance fort délicate pour un descendant d’Arménien d’être confondu avec le peuple de ses bourreaux !

 

L'arrière petit-fils du marchand d'olives...


Une injustice patente qui explique pourquoi ce couple attachant, qui ne connaissait pas plus que cela les Arméniens de France et leur histoire, s’est intéressé à la question. Résultat : en se rendant carrément sur place, au cœur même de la Turquie profonde, ils ont décortiqué avec une justesse et une pertinence remarquable la mécanique absurde d’un négationnisme institutionnalisé.


Aucun producteur n’ayant souhaité se lancer dans l’aventure, le pari était loin d’être gagné. Pourtant, sur ces bases saines et solides, le film de ce périple intense a réussi et même confirmé l’essai, à chaque projection et dans les nombreux festivals où il a été sinon primé, du moins largement applaudi.

 

 


Une sortie à point nommé


Tout un programme qui viendra peut-être, on l’espère, contrecarrer la pente glissante que prennent aujourd’hui certains contradicteurs d’une loi pénalisant les négationnismes, et qui n’a pas fini d’être chahutée. Si le principe d’une telle loi peut être sujet à discussions, il n’est en effet pas normal qu’il aboutisse à remettre en doute le négationnisme de l’actuel Etat turc, et en fin de compte la réalité même du génocide. Un négationnisme qui n’a d’ailleurs pas manqué de s’exprimer insidieusement à l’occasion de ces débats.


L’actualité offre bien souvent de ces convergences étranges. Alors que les revendications arméniennes se trouvaient donc chaotiquement propulsées au gré d’une des dernières sorties choc d’un Président en campagne, Le fils du marchand d’olives avançait lentement mais sûrement sur le chemin d’une reconnaissance grandissante en dehors des frontières.

 

Il viendra sans doute à point nommé apporter un éclairage tout en finesse et percutant, lors de sa sortie sur grand écran. L'information est donc à diffuser largement et rendez-vous est pris dès le 11 avril prochain, pour au moins maintenir ce film en salle le plus longtemps possible, et contribuer ainsi à ne pas laisser s’enterrer une histoire déjà trop malmenée.


 

 

Nouvelle bande-annonce


 

Sélections en festival et prix reçus

Prix spécial du jury à Yerevan  / Reanimania international film festival 2011 (festival du film d’animation)

Mention spéciale du jury à Los Angeles au Film & script festival 2011, ainsi qu’au Movie Awards 2011.

IMAJ 2011 Bruxelles / Festival au fil du temps

ADAA Film Festival Boston 2011

Lasalle Festival international des films indépendants 2011

Prix du meilleur documentaire à Toronto / Pomegranate film Festival 2011

Faito Doc / Festival 2011

 

Sélection officielle : au festival Doc Miami 2011, au festival Golden Apricot 2011 de Yerevan, au festival international du film d’éducation d’Evreux, et à l’Etoile francophone 2012.

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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