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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 20:18

Certes Stéphane Hessel n’avait rien inventé avec son retentissant Indignez vous ! Simplement sous les latitudes occidentales, régnait trop la fâcheuse tendance à minimiser l’effet des rébellions. Oubliant ainsi que le ras-le-bol à l’excès pouvait réellement être utile.

 

Timing de rêve peut-être pour l’écrivain, ex-résistant déporté durant les crimes nazis, qui doit probablement voir des ressemblances entre ses convictions publiées pour secouer nos cocotiers, et les évènements du sud de la Méditerranée.

 

Manifestation-tunisienne.jpgDepuis décembre le monde occidental assiste ainsi, ébahi, à un phénomène qu’il croyait relever d’un autre temps. Le soulèvement unanime et plutôt pacifique de tout un peuple, au nom d’aspirations légitimes que personne ne songe à contester.

Il aura fallu quelques semaines pour que les commentateurs osent finalement nommer la chose, une révolution !

 

Evidemment, ce n’est pas parce qu’on les oublie que les choses disparaissent.

 

Côté littérature, comme dans toute forme d’expression, il y a longtemps que des écrivains s’efforcent d’insuffler leurs idées, avec l’espoir que cela contribue à corriger la société. Même si la plupart du temps cet espoir est vain, ils s’échinent.

 

Armé de sa passion de lire, François Busnel le rappelle joliment à l’occasion du cinquantenaire de la mort d’Hemingway :

 

Plume-Geante-Litterature.jpg(…) seuls, les rêves n'ont aucun pouvoir. (…) la littérature sert à accompagner ces rêves, à leur donner une consistance... Pour Hemingway, la littérature sert à changer la vie. (…)

Qui a lu sait qu'il peut défier le destin et inventer sa vie. Qui a lu sait qu'il peut agir et non subir. Qui a lu sait qu'il est lui-même personnage et auteur de roman. Qui a lu sait qu'il n'y a pas de distinction entre la littérature et la vie, parce que la littérature, c'est la vie. Tout ramène, chez Hemingway, à une conception de l'existence qui s'incarne dans l'esprit de résistance : il faut refuser d'accepter un monde qui soit moins que ce qu'il devrait être.(…)


 

La voilà donc toujours à l’œuvre, cette faculté de dire ‘non’, qui selon Camus est précisément ce qui caractérise l’homme.

 

Dans l’histoire arménienne, cet éveil des résistances a joué largement, donnant lieu à un véritable déferlement culturel et en particulier littéraire.

 

Il faut dire qu'avec leur passif longtemps chargé d’oppressions, et sensibles aux idées issues de la révolution française, les Arméniens étaient fin prêts à réveiller cette faculté de révolte qui par essence nous anime tous. La dévotion envers leur langue (unique en son genre et avec un alphabet propre), aura fait le reste pour produire une littérature brillante et foisonnante. A tel point qu’on parle de ‘renaissance’ (zartonk) pour cette période de la littérature arménienne.

 

On fait débuter cette renaissance dans les années 1850, mais le terrain fût préparé dès 1750, notamment avec le passage progressif de l’arménien classique (krapar) à l’arménien parlé (ashkharapar) dans tous les écrits publiés. Parmi les écrits lançant cette renaissance littéraire, il en est un en particulier qui semble illustrer bien à propos l’actualité présente.

 

Il ne faut pas se fier au titre de ce poème: sous un titre et des débuts inoffensifs, destinés à mieux endormir les censeurs de l’époque, Jours d’enfance cache en réalité un appel simple et déterminé à la révolte.

Nalbandian.jpg

Avec les vénérés Bechiktachlian et Tourian, Michaël Nalbandian a été l’un des journalistes et poètes principaux de ce mouvement de renaissance littéraire, qui cherchait notamment à réveiller les consciences arméniennes pour les amener à revendiquer le respect de leurs droits.

Né en 1829 en Russie, et malgré sa courte vie (après trois ans d’emprisonnement politique sur ordre du Tsar, il décède en 1866), Nalbandian se distingue par ses nombreux voyages.

Pour pousser au changement il s’activait en effet à réunir les communautés arméniennes déjà dispersées à l'époque, entre les Empires russes et ottoman, en Europe (Paris, Londres), et jusqu’à Calcutta en Inde


Ses mots parlent pour lui.

 

 

 

 

  Մանկութեան օրեր

Միքայէլ Նալբանդեան

 

Մանկութեա՜ն օրեր, երազի նման

Անցաք գընացիք, այլ չէք դառնալու.

Ո՜հ դուք երջանիկ, ո՜հ անհոգ օրեր,

Ընդունակ միայն ուրախացնելու :

 

Ձեզանից յետոյ եկաւ գիտութիւն,

Իւր ծանր հայեացքով աշխարհի վրայ,

Ամէն բան ընկաւ մոռացութեան մէջ,

Րոպէ չմընաց ազատ կամ ունայն :

 

Գիտակցութիւնը յաջորդեց սորան,

Ազգի վիճակը ծանրացաւ սրտիս.

Ապոլոն տուեց ինձ իր քընարը,

Որպէս փարատիչ տրտում ցաւերիս :

 

Աւա՜ղ, այդ քնարն իմ ձեռքում հնչեց

Նոյնպէս լալագին, նոյնպէս վշտահար,

Ինչպէս իմ սիրտն էր, իմ զգացմունքը.

Ուրախացուցիչ չգըտայ մի լար :

 

Ես այն ժամանակ միայն ըզգացի,

Որ այդ ցաւերից ազատուելու չեմ,

Որչափ իմ ազգը կը մընայ ստրուկ,

Օտարների ձեռք, անխօս, տխրադէմ :

 

Լո՜ւռ կաց դու, քնար, այլ մի՜ հնչիր ինձ,

Ապոլոն, յետ ա՜ռ դարձեալ դու նրան.

Տո´ւր մի այլ մարդու, որ ընդունակ է

Զոհ բերել կեանքը սիրած աղջըկան :

 

Ես պիտի դուրս գամ դէպի հրապարակ,

Առանց քնարի, անզարդ խօսքերով,

Ես պիտի գոչեմ, պիտի բողոքեմ,

Խաւարի ընդդէմ պատերազմելով :

 

Ներկայ օրերում այլ ի՞նչ սեւ քնար,

Սուր է հարկաւոր կտրիճի ձեռքին.

Արիւն ու կըրակ թշնամու վրայ.-

Այս պիտի լինի խորհուրդ մեր կեանքին :

 

(traduction JH - février 2011)

 

Jours d’enfance

Michaël Nalbandian

 

Ô jours d’enfance, pareils au rêve

Passés, partis, pour ne plus revenir ;

Ah ! vous heureux, ah jours insouciants,

Aptes seulement à réjouir.

 

Après vous est venue la science,

Avec ses graves regards sur le monde,

Tout est tombé dans l’oubli,

Pas une minute n’est restée libre ou futile.

 

 

La conscience lui a succédé,

Le sort de la Nation a alourdi mon cœur :

Apolon m’a donné sa lyre,

Pour dissiper mes tristes douleurs.

 

Hélas ! En mes mains cette lyre a retenti

Aussi larmoyante, aussi affligée,

Que mon cœur l’était, mon émotion :

De corde réjouissante je n’ai point trouvé.

 

A ce moment seulement j’ai senti,

Que de ces douleurs je ne me libérerai pas,

Tant que ma nation demeurai asservie,

Aux mains des étrangers, muette, attristée.

 

 

Silence, lyre ! Ne retenti plus pour moi,

Apolon, reprend-là de nouveau :

Donne à un autre homme, capable celui-là

De sacrifier sa vie pour la fille aimée.

 

Moi j’irai dehors vers la place,

Sans lyre, sans paroles enjolivées,

Moi je crierai, je protesterai,

Guerroyant contre l’obscurité.

 

En ce jour présent mais quoi, sombre lyre ?

C’est l’épée qu’il faut aux mains du brave :

Le sang et le feu sur l’ennemi ;

Cela sera le sens de notre vie.

 

 

 

 

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