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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 23:37

DanseursMata Hari. Une femme devenue un mythe à elle seule, au point que même sans connaître son histoire, tous savent ce que ce nom évoque : l’espionne de charme utilisant jusqu’à tous les atouts de son sexe.


Un fantasme en somme, dont la part de réalité semble toujours rester dans l’incertitude. C’est ce qui ressort du spectacle impressionnant qui se joue depuis le 16 mars et jusqu’au 2 avril prochain, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris.


Une femme hollandaise se cachait derrière la danseuse se prétendant javanaise. Elle a été ce qu’elle voulait tout autant que ce que les autres voulaient, et s’est probablement créé ce personnage exotique, entre autres causes, pour effacer une vie et des traumatismes qu’on devine plus qu’on ne sait.


Mythomane elle-même, jouant à être le désir qu’elle devinait chez son public, Mata Hari s’est construite autant par ses propres fabulations que celles des autres. Devenue mythe à elle seule ? Pas tout à fait. Le mythe est aussi né grâce à l’existence et la complicité d’un monde hypocrite, aussi prompt à s’extasier de son audace, qu’à la faire disparaître.


A la fois coupable et innocente, naïve et lucide, mais toujours outrageusement libertine, sa vie mille fois cachée, mille fois racontée, est ici évoquée sous toutes ces apparences, entre le vrai et le faux, par un texte original de Jean Bescós, et un couple de théâtre Schaub-Abkarian aguerri au mythe. Mata-Schaub

 

Catherine Schaub et Simon Abkarian se sont en effet rencontrés au sein de la troupe du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine, où ils ont tous deux collaboré de nombreuses années. Le parcours de l'acteur monumental qu'est Simon Abkarian, souvent avec sa femme Catherine Schaub, revient par ailleurs souvent au service d'oeuvres... mythiques justement.

 

Eschyle, Euripide, Sénèque, Shakespeare ou Molière leur sont familiers, et quand Simon Abkarian se met à l'écriture, c'est en reprenant le mythe du retour d'Ulysse, dans Pénéloppe, ô Pénéloppe, pièce particulièrement applaudie et qui accroît sa renommée déjà assise sur un talent solide. 

 

Avec Mata Hari c'est Catherine Schaub qui s'est d'abord intéressée au mythe de la redoutable espionne adulée puis fusillée.


Après cinq années de recherches autour de cette femme qui a connu « dix ans de gloire » dans toute l’Europe avant d’être fusillée pour espionnage en 1917, Jean Bescós livre un texte étrange, mêlant les discours contradictoires de la danseuse-espionne, ceux de ses entourages, et une narration extérieure relatant l’époque qui a été le théâtre de ses frasques.

 

Interprété par Catherine Schaub-Abkarian, Projet Mata Hari : exécution a de quoi remuer le public.

Dans le rôle-titre, la comédienne, danseuse et chanteuse hypnotise le spectateur au milieu d’une mise en scène de Simon Abkarian, bousculant le théâtre classique. Les mouvements de danse, les évolutions de la musique et les jeux de lumières ont autant de sens que les mots interprétés, et c’est ce qui en fait un spectacle entier, joué à trois sur scène et une équipe invisible, pour que chaque geste, mouvement, mélodie ou éclairage contribue à une intensité palpable.

 

 

Projet Mata Hari exécution

Sur scène apparaissent d’abord une rampe de spectacle et un piano, puis Macha Gharibian, pianiste dont les compositions feront bien plus qu’accompagner ce qui se joue. Ce jeu se fait en mots et en danse, entre Philippe Ducou interprétant un Monsieur Loyal maquillé comme un clown, pour évoquer la Belle Epoque survoltée qui a vu naître le mythe, et bien sûr une Mata Hari dénudée qui joue à se raconter.


Dans le jeu Catherine Schaub-Abkarian ne cesse donc de prendre des déguisements, notamment par sa voix aux accents tour à tour enfantins, mécaniques, nasillard, graves. Puis quand tout à coup elle interprète l’émotion pure le contraste est sidérant.

 

Innocente ou coupable, l’Histoire l’a jugée et elle est devenue un mythe dont les bribes offrent en tous les cas, grâce à cette création, une fabuleuse illustration de la force évocatrice du théâtre et de ses acteurs. 

 Philippe Ducou - Monsieur Loyal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos Jean-Christophe TorresChapeau

 

 

 


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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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commentaires

Marie 12/04/2011 10:39


Pour info un bon portrait de Simon Abkarian à lire dans Télérama (accessible sur leur site web) : "C'est l'histoire d'un (beau) mec" par Isabelle Poitte
Bonne lecture


Jilda Hacikoglu 13/04/2011 10:13



Effectivement, l'article cerne pas mal le personnage... Merci !



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