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Son dernier film Lady Jane sera sur les écrans le 9 avril et le premier livre qui lui est consacré, écrit par la journaliste Isabelle Danel Conversations avec Robert Guédiguian, vient de sortir. Deux occasions de mieux découvrir l’univers de ce cinéaste tout sauf banal, chantre éternel des vertus du Collectif.

 

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Robert Guédiguian et Isabelle Danel 

 

Conversation avec Robert Guédiguian d’Isabelle Danel.

Une famille d’ouvriers des années 50, dans le quartier de l’Estaque à Marseille, avec une mère d’origine allemande et un père d’origine arménienne. Voilà l’origine bigarrée du cinéaste aux 15 films souvent primés à son actif.

Cette carrière notoirement réussie pour un cinéma indépendant était plus qu’improbable pour le fils d’ouvrier, très tôt sensible à l’idéologie politique communiste, militant enthousiaste jusqu’en 1980, année où il ne reprendra pas la carte du parti, mais tournera son premier film Dernier été co-réalisé avec Frank Le Wita. Robert Guédiguian reste encore médusé face à son statut de cinéaste-producteur, sa petite voix intérieure lui rappelant qu’il «ne se sent pas autorisé à faire du cinéma».

 

book_3.jpgCe personnage étonnant, attachant, concerné par l’état du monde mais toujours avide d’espoir, s’est livré en toute simplicité à la curiosité bienvenue de la journaliste de cinéma Isabelle Danel[1].

Rédigé sous forme d’une conversation directe, on lit avec plaisir sa verve marseillaise qui a donné du fil à retordre à l’auteur, aux prises avec une masse impressionnante à traiter après les entretiens réalisés pour le livre durant l’été 2007.

On y voit sa jeunesse très engagée politiquement à Marseille, sa ville de cœur, sa tribu faite de proches et d’amis, piliers inséparables de son cinéma - au point que le sous-titre du livre clame fermement «Je n’ai jamais rien fait seul !» - et son statut de cinéaste également producteur dans une des sociétés indépendantes les plus solides du métier avec Agat films et Cie.

 

Ces pages montrent aussi une soif de voir un monde meilleur, et un désir d’y contribuer via le domaine culturel puisque politiquement le cinéaste avoue ne plus savoir comment agir face à «l’absence de sens totale» qu’il constate avec désarroi. Pour lui les films doivent «provoquer et le cœur et la raison, ils ont pour fonction de nous aider à vivre en posant des questions et participent ainsi aux débats actuels».

 

Sa conception du cinéma en est profondément marquée, dans le fond – à travers ses histoires et les messages véhiculés – comme dans la forme – avec sa façon de tourner, toujours avec les même acteurs, ou dans ses choix techniques.

Avec son systématisme maniaque il a dévoré depuis sa jeunesse, outre les grands classiques français, tous les écrits de ses intellectuels favoris tels que Gramsci «un des fondateurs du parti communiste italien, grand intellectuel du 20ème siècle, très beau personnage, sarde, mort emprisonné sous le fascisme, et qui traite bien des problèmes de culture, c’est pour ça que je le cite souvent, ces cahiers de prisons sont des textes très beaux, ça se lit très facilement». On découvre ainsi le Guédiguian qui se lance avec beaucoup de sérieux jusqu’au bout de ses réflexions, friand de citations, égrenées tout au long de ces conversations.

  

De son côté arménien son film précédent sur l’Arménie en brossait un tableau émouvant. Mais il faut considérer l’autre paire de ses origines : allemande. Si ce côté germanique est moins visible au cinéma, il est révélateur que c’est notamment parce qu’il parlait allemand couramment qu’on lui a proposé de travailler sur son premier film : de lui-même il n’avait jamais envisagé de raconter des histoires.

Guédiguian considère donc comme un tout ses racines : «On m’a traité de salle boche, pas de sale Arménien. Bizarrement je viens d’un peuple génocidaire d’un côté, génocidé de l’autre, mais je ne me sens ni coupable, ni victime. Ça m’a surtout donné à penser que je n’étais responsable que de ce que je faisais». Saine lecture que cette conversation, qu’on vous conseille donc sans hésitation.

 

Jilda Hacikoglu



[1] Auteur de plusieurs ouvrages, souvent liés au cinéma, elle a collaboré à Télérama, l’Evênement, DS, Rolling Stone, Je Bouquine, et écrit actuellement pour le magazine Première.

 

 


Lady Jane

Un trio jouait les Robin des Bois dans sa jeunesse, en distribuant des fourrures volées aux ouvrières des quartiers populaires de Marseille. Après une attaque qui tourne mal, ils se séparent et ne se revoient plus pendant 15 ans, jusqu’au jour où  le fils de Muriel est mystérieusement enlevé, et une rançon énorme exigée. Muriel (Ariane Ascaride) se tourne alors vers ses complices d’antan François et René qui réagissent différemment.

Le premier, (Jean-Pierre Darroussin), engoncé dans sa vie de famille, croit tenir là l’occasion unique de redonner un sens à sa vie et n’hésite pas à tout remettre en cause. L’autre (Gérard Meylan) travaillant dans une boîte de strip-tease, plus désabusé sur ce retour soudain, tente de sauver les meubles malgré sa loyauté. L’incident les réunit dans l’action, mais pas dans l’esprit : aucun n’a la même priorité. Seul le dénouement final expliquera tout.

 

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Avec cette histoire, le but premier de Guédiguian n’était pas de véhiculer un message comme il le fait d’habitude, mais de s’atteler au genre policier, en respectant scrupuleusement tous ses codes : un drame au début, des péripéties souvent brutales qui amènent à une fin où tout s’éclaire.

Evidemment le naturel revient au galop, et la personnalité de Guédiguian se retrouve beaucoup dans cette histoire qui renvoie aux thèmes de la vengeance, de « l’absence de sens totale, la perte de repères de personnages qui ne savent même plus recréer du collectif», autant de choses que le réalisateur peut dire du monde actuel, sans pour autant connaître le remède, mais en  posant les bonnes questions «Peut-on se permettre de ne pas pardonner?».

 

Ces sujets surgissent à travers un film qui réussi aussi le pari du policier plein de suspense et de surprise, ce qui donne en plus à son auteur le plaisir du travail bien fait. En compagnie de sa troupe d’acteurs habituels qu’il ne lâcherait pour rien au monde (et c’est tant mieux), on est embarqué dans l’histoire de ces personnages impeccablement interprétés.

Sans révéler la fin qui reste en suspens jusqu’au bout, on peut quand même noter que ce qu’il y a de bien avec Guédiguian, c’est que même quand tout va si mal, on se prend à espérer malgré tout : l’issue n’est pas évidente mais elle est par là. De plus, une note arménienne y apporte sa contribution, avec sagesse ancienne et création plus moderne… que demander de plus ?

 

JH

 

 

Article publié dans le magazine France-Arménie, n°314  du 16 mars 2008

 


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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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