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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 17:14

Affiche-expo-Armenia.jpg

 

Même si le titre peut sembler incongru il faut garder en tête que Venise n’est pas à une curiosité près…

 

Le 10 avril clôturait en effet une belle exposition donnée dans une série de salles le long de la piazza San Marco : ARMENIA impronte di una civiltà (empreintes d’une civilisation).

 

Installée au Museo Correr depuis le 16 décembre 2011, cet évènement est l’heureux fruit des initiatives concordantes de la petite - mais précieuse - communauté arménienne subsistant à Venise (autour de la congrégation des Mekhitaristes), et de la République d’Arménie, pour célébrer le 500ème anniversaire du premier livre arménien imprimé.

 

Distance Venise-Erevan (2 690 km)

Illustration de l'exposition

Venise-Erevan.jpg

 

Malgré la distance par rapport aux terres d’origine des Arméniens, le fait est que le premier livre imprimé arménien fût édité à Venise, en 1512.


Aussi surprenant soit-il, cet éloignement est une illustration parfaite de l’histoire géographiquement bousculée de ce peuple tenace.

 

Aucun aperçu de l’histoire arménienne n’est en effet concevable sans un décodage géographique, et l’exposition n’échappe pas à ce passage obligé, avec une maquette ludique et animée de ces territoires d’origine pour en évoquer les périodes clefs.

 

Cette histoire ainsi qu’une tradition particulière de voyageurs-commerçants ‘éclairés’, ont fait qu’entre diverses autres implantations dans le monde, une communauté arménienne s’était officiellement installée dans la Sérénissime depuis le Moyen-âge, avec son quartier, ses églises et ses écoles.


Mappemonde-Amsterdam.jpg

La première mappemonde imprimée en arménien, à Amsterdam en 1695

Extrait de l'exposition

 

Elle y subsiste encore aujourd’hui en bien plus petit nombre, et ses plus vivaces représentants en sont les membres de la congrégation Mekhitariste : installés à Venise depuis 1717, ces religieux arméniens y maintiennent toujours en activité, avec force bonhommie et des trésors de sagesse, le musée et le monastère de l’île Saint-Lazare.

 

DSC00826

Un joyeux Mekhitariste servant le vin

au repas donné dans le cloître de San Lazzaro après la messe de Pâques

 

Il ne faut donc pas s’étonner outre mesure des touristes arméniens qui se succèdent régulièrement, et aussi fidèlement qu’en un pèlerinage, dans les adresses arméniennes phares de la ville : quartier de Santa Croce près de San Marco avec sa chapelle, ancien collège arménien dans le Palazzo Zenobio près de Campo Santa Marguerita (le palais accueille désormais diverses expositions d’art contemporain), et bien sûr l’Isola di San Lazzaro degli Armeni.

 

Adresses-armeniennes-de-Venise.jpgAperçu des adresses arméniennes de Venise

 

Une fierté et surtout une vraie chance pour les Arméniens disséminés de par le monde, que de retrouver dans un lieu si magique, un refuge chaleureux et plein des perles les plus progressistes de leur culture.

 

Isola di San Lazzaro degli Armeni

L'île San Lazzaro vue du vaporetto qui s'en approche

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Jilda Hacikoglu - dans Arménie
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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 21:28

Chaque année, le même éclat doré répond au soleil de juillet en Arménie, avec une multitude de faiseurs de cinéma venus du monde entier pour participer au festival international du film d’Erevan.


Bénédiction des abricots 10 juillet

Juillet 2011 à Erevan - Bénédiction des abricots à l'occasion du festival Golden Apricot


Abricot d’or, car c’est l’un des fruits les plus caractéristiques de l’Arménie : sa désignation latine est d’ailleurs prunus armeniaca (c'est par l'Arménie que sa culture aurait été introduite dans le bassin méditerranéen).

 

Toujours sous la houlette du réalisateur canadien Atom Egoyan, son président depuis la création du festival, la huitième édition de cet Abricot d’Or cinématographique donc, s’est clôturée le 17 juillet dernier, en confirmant résolument son credo international :


 Քաղաքակրթությունների ու մշակույթների խաչմերուկ 

(Crossroads of cultures and civilizations / Carrefour des cultures et des civilisations)

 

En somme une babélisation du cinéma qui va grandissant tous les ans...

 

Via ses lauréats 2011 d’abord, dont voici les principaux qu’on dévoile non sans plaisir.

 

Affiche film Une séparation

Dans la catégorie des long-métrages internationaux de fiction :

- Abricot d’or pour Une séparation de l’Iranien Asghar Farhadi (ConnexionsS vous en parlait il y a peu),

- Abricot d’argent pour The Journals of Musan du Sud Coréen Park Jungbum,

- Prix spécial du jury pour The Prize de la Mexicaine Paula Markovitch (née en Argentine, mais installée au Mexique depuis ses huit ans).

 

Dans la catégorie des films documentaires internationaux :

- Abricot d’or pour The World according to Ion B. du Roumain Alexander Nanau,

- Abricot d’argent pour Summer Pasture du trio Américano-Sud Coréen-Tibétain composé de LynnTrue, Nelson Walker III et Tsering Perlo,

- et une mention spéciale pour le Magnificent Nothing de l’Iranien Ahmad Seyedkeshmiri.


Vous élargirez grandement vos horizons en allant découvrir ces films ainsi que les autres lauréats et participants du festival, notamment dans les catégories Panorama Arménien et Court-métrages internationaux (voir ici, la page dédiée aux films du Festival).

 

Affiche - Le fils du marchand

Le Fils du Marchand d’Olives du Français Mathieu Zeitindjioglou, a par exemple été sélectionné pour concourir dans la catégorie Panorama Arménien.


Connaissant le sujet du film et son réalisateur on imagine le bouleversement qu’a du représenter cette première rencontre avec l’Arménie, pour lui comme pour son épouse Anna, totalement impliquée dans l’histoire abracadabrantesque mais vraie de ce film… (voir  ici et  , les articles sur ce film choc).

 


Via la riche diversité de son programme ensuite

Outre les près de 60 pays différents dont étaient issus les films sélectionnés pour cette dernière édition, le festival prévoit par ailleurs chaque année des rétrospectives et hommages spéciaux dédiés à plusieurs cinéastes à travers le monde.

 

Entre beaucoup d'autres, on peut signaler Abbas Kiarostami qui était cette année de la partie avec son film Copie conforme présenté à Cannes l'an dernier, et 5 autres films italiens ont été présentés dans le cadre du programme spécial pour commémorer le 150ème anniversaire du Risorgimento, l'unification de l'Italie, grâce à la coopération avec l'ambassade d'Italie.

Pour les amoureux de la langue italienne, voilà ici un article italien assez complet, évoquant entre autre ce dernier point au sujet du festival.

 

La France y est aussi régulièrement à l’honneur : l’an dernier c’était entre autre Henri Verneuil en présence de Claudia Cardinale, le germano-turc Fatih Akin (Abricot d'Or 2010), ou encore le Grec Théodoros Angelopoulos.


Cette année, Fanny Ardant était l’invitée d’honneur du festival où elle a notamment présenté  ses deux films (Cendres et Sang et Chimères absentes); une rétrospective du réalisateur Bertrand Tavernier était également au programme 2011.

 

 

Via la multiplication des coopérations avec les ambassades et institutions étrangères,  car cette ouverture si large n’est pas due au hasard.


Pour la faciliter le festival travaille toujours main dans la main avec ces officiels qui permettent la diffusion de tous ces films en Arménie.

Parmi les plus importants on retrouve les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, l’Italie, la Pologne, les Pays-Bas, le Brésil et la Russie, ainsi que des organisations internationales ; tous devenus des partenaires fiables et traditionnels du festival.


Pour la première fois en 2011, le festival a également établi des partenariats avec les ambassades d’Israël et d’Australie, et continue de travailler à faire aboutir ceux en cours d’élaboration avec le Goethe Institute, ou le British Council.


 

Le tout étant accessible à tout public…

Nul besoin en effet d’être une star pour assister aux projections de l’un des 150 films sélectionnés pour cette 8ème édition.

 

Le prix du billet pour une séance était cette année de 500 Dram (environ 1 Euro) ; il était l’an dernier de 300 Dram et le directeur du festival expliquait cette hausse par la rénovation qu’a du mettre en œuvre le principal cinéma du festival, l’historique 'Moscva' qui se dresse fièrement à deux pas de la place de la République au centre de la Capitale.


Ciné Moscwa Festival Golden apricot

Cinéma Moscou ('Moscva') à Erevan durant le festival de juillet 2011


La vraie préoccupation dans ce festival n’est en réalité pas tellement là, mais plutôt dans son budget peu important, et le manque de cinémas pour accueillir tous ces films débarqués du monde entier, dans un pays qui fût longtemps enfermé dans le giron soviétique. Ancienne république soviétique, l’Arménie est devenue indépendante en 1991.


En plus de la renommée grandissante dont jouit ce petit mais excellent festival international, la projection de tous ces films, entre autre au cinéma Moscou d’Erevan, reste ainsi encore un beau pied de nez au passé communiste et lourd de privations de ce petit pays.

 

poster2011 en

 

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Jilda Hacikoglu - dans Arménie
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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 17:35

Akhtamar Asbarez« On ne peut pas ne pas changer un tout petit peu sa vision du monde après avoir vu Akhtamar. Mais ce n’est pas suffisant pour en jouir pleinement, il faut décrypter ».

 

L’humble réserve avec laquelle Rémy Prin explique cela, illustre finalement assez bien l’état d’esprit de cet auteur, qui fût aussi docteur en physique solide, professionnel de technologie informatique, artisan textile et finalement décodeur passionné des pierres romanes et arméniennes (voir ci-dessous sa bio express).


Son récit qui vient de paraître aux éditions Parole Ouverte, propose un voyage en Arménie puis en Turquie de l’est, à la recherche des ‘fragments arméniens’, un patrimoine architectural millénaire, pour profiler plus clairement ce qu’on ne devrait jamais perdre de vue : le sens des choses.


 

Les détours...

 

Tout commence dans une librairie de Leningrad (rebaptisée Saint-Pétersbourg depuis lors), quand Rémy Prin tombe sous le charme d’un livre ancien sur le ‘musée à ciel ouvert’ qu’est l’Arménie, alors soviétique. Même coup de foudre, bien des années plus tard dans le sud de la France, avec un autre livre ancien sur les miniatures arméniennes. Seulement cela, qui le mettra sur les routes d’Arménie pour voir de plus près ce qui l’a tant fasciné. 

 

Les pierres et l'âme

Après les deux premiers jours sur place en 2004, il sait qu’il faut en faire un livre. C’est un besoin impérieux de transmettre, de ne pas laisser l’exceptionnel sédimenter uniquement dans sa mémoire. Car ce pays, ces habitants et leurs édifices, n’ont pas été avares avec lui de ce qui se perçoit plus rarement de nos jours : l’âme.

 

Ces trois semaines d’un voyage dense, guidé par une jeune Arménienne francophone, Sona,  qui  avouera plus tard n’avoir jamais fait ce travail de guide auparavant, nourriront la première partie du livre, la plus conséquente.


L’accès souvent difficile, l’harmonie des édifices avec leur décor et les rencontres avec les villageois qui les habitent de leur présence attentionnée, loin de plonger dans la monotonie les 48 sites explorés en Arménie, impriment à chaque lieu une identité propre.


A chaque fois, l’homme ou la femme sera là pour l’accueil naturel des voyageurs, comme si le patrimoine était pour eux dans la nature de l’herbe de la prairie ou des fruits de l’arbre, comme si la culture ou la mémoire, c’était la terre au quotidien. ('Les pierres et l'âme' p. 55)

 

De retour d’Arménie, il s’intéressera davantage au sujet arménien, et la perplexité le gagne à la vue du tableau complexe qu’il découvre : la rencontre d’Arméniens de France, l’année de l’Arménie, l’assassinat de Hrant Dink et la discorde autour de la rénovation d’Akhtamar.

 

Cette perplexité prend la forme d’une transition qui dans le livre explique comment, dès l’Arménie, surgit la nécessité d’explorer l’autre face de l’histoire : en Turquie même, pour retrouver les pierres de ce même peuple, dans l’espace déserté contre leur gré.

D’un lieu à l’autre, touche après touche, le parcours nous apprend cette identité écartelée, toujours ailleurs pour un pan d’elle-même, une partie de l’histoire abolie qu’on vit en soi, qu’on emmène où qu’on aille, prête à renaître. ('Les pierres et l'âme' p. 162)

 

La vingtaine de sites qu’il débusque alors à l’est de la Turquie, dans un voyage aux tonalités bien différentes de ce qu’il a connu en Arménie, confirme pourtant l’unité d’identité entre ces territoires. L’Histoire leur a réservé un sort différent mais en lisant Rémy Prin on se dit aussi que l’Histoire peine à les désunir complètement, tant la parenté jaillit de tous les lieux.

 

Traversée des siècles, jointe à la permanence des formes : le patrimoine en Arménie est d’abord une présence, bien plus qu’une lecture de l’histoire. Même si les spécialistes pointent des écoles d’architecture, des évolutions, et si de place en place surgit à l’œil ce qui fait différence, c’est l’impression d’une seule langue pour découper l’espace qui prévaut. ('Les pierres et l'âme' p. 125)


Goms juillet 2010

Devant St-Georges de Goms, l'église et l'enclos (ce qu'il en reste)

Rive sud-est du lac de Van - Turquie (photo Sylvie Jadeau)

 

 

... pour trouver un chemin

 

Dans ces fragments épars mais qui jamais ne laissent indifférents, en terre arménienne ou turque, Rémy Prin s’interroge sur la possibilité d’un devenir qui réanimerait tous ces potentiels joyaux, aujourd’hui simples pierres orphelines de l'esprit croyant qui les avait façonnées.

 

La naïve appréhension des lieux par leurs habitants est d’un charme fou, mais il n’y a là aucun moyen de faire perdurer et vivre les édifices. D’un autre côté le patrimoine officialisé mis en scène ailleurs, en Occident avec les grandes usines à tourisme, ou parfois en Arménie (temple de Garni, téléphérique de Tatev) semble trop superficiel pour satisfaire le besoin d’authenticité.

 

Il tente donc autre chose : ni guide touristique ni histoire de l’art, son livre abondamment illustré et préfacé par l’écrivain Denis Donikian, propose des clés de lecture originales. Il aborde ce vaste thème avec une approche personnelle, à la fois poète et étrangère. Ani aboughamrents juillet 2010

 

Poète de par les six recueils publiés à son actif, il l’est aussi par ce qui semble toujours avoir guidé sa démarche entre des activités apparemment éloignées : voir les points communs entre systèmes binaires informatiques, tissage textile, et mise en forme des sculptures romanes témoigne pour le moins d’une logique poétique. Une logique qui s’épanouit doucement dans ‘les pierres et l’âme’.

 

Là, il livre simplement et avec sincérité, l’intimité particulière qui s’est nouée sur les lieux et qui, au fil du livre, prendra un sens plus universel.

 

Il cherche ensuite au-delà de la simple réanimation, comment ce patrimoine pourrait être renouvelé,  créé… sans craindre la confrontation, le métissage avec la contribution voisine, et celle du présent. L'apport de la relation à l’autre donc, pour enfin tisser des liens durables qui pourraient faire vivre, renouveler et perdurer l’âme arménienne, perçue à force de patience, d’attention, et de passion.


  Ani (Turquie), église Saint-Grégoire (photo Rémy Prin)

 

 


Bio express

Ahlat - Rémy Prin juillet 2010

D’abord formé aux sciences dures (doctorat de physique solide), Rémy Prin abandonne la technologie informatique pour la création textile. Il est aussi l’auteur de plusieurs recueils de poèmes publiés depuis 1971, et l’éditeur de CD-ROM culturels sur divers lieux du patrimoine français.


Féru d’art roman, il signe en 2009 dans une  approche très personnelle, un essai sur l’église Saint-Pierre d’Aulnay, fleuron d’art roman du Moyen Age, réédité depuis.


Après la préparation des Pierres et l’âme, il a conçu une présentation vidéo proposant un parcours comparé de l’art arménien et l’art roman dont les ressemblances sont troublantes : le motif et l'image. L'extrait de cette vidéo mis au programme de la présentation du livre (le 12 mai dernier au Yan's club à Paris) a d'ailleurs  enthousiasmé le public 


Selon lui qui n'a pas de croyance religieuse particulière, l’architecture romane et celle arménienne, toutes deux faites à hauteur d’homme, ont notamment en commun d’avoir probablement été pensées pour que l’espace dialogue avec l’homme. Une construction qui prend en compte la condition mortelle de l’homme, pour lui permettre d’avoir une réflexion vers le divin. 


Bref, une relation aux pierres qui ‘prend aux tripes’ et qu’on partage volontiers.

 

 

Rémy Prin devant le cimetière seldjoukide d'Ahlat rive est du lac de Van - Turquie, influencé par celui de Noradouz près du lac Sevan en Arménie (photo Sylvie Jadeau)

 

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Jilda Hacikoglu - dans Arménie
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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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