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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 17:01

Dans le train de Paris à destination de Turin, quelque part entre la France et l’Italie.

 

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Une dame alterne trois lectures différentes, passant de l’une à l’autre : Il genio russo, Le Anime Morte de Gogol, un livre très vieux et bien jauni qu’elle lit avec un léger sourire de satisfaction, le magazine Psychologie avec Guillaume Canet en couverture, et un livre de poche La vie devant soi de Romain Gary.

 

En route la dame sourit et semble ravie en notant des choses en dernière page du vieux livre sur le génie russe, ou en retrouvant une carte dont la lecture l’émerveille avec un grand soupir d’aise.

 

Les plus beaux paysages de ce voyage en train apparaissent bien après la station Mâcon-Loché (l’ancienne commune est aujourd’hui intégrée à la ville de Mâcon), quand commence le décor de montagnes aux sommets enneigés, rappelant enfin qu’on est bien en hiver malgré la saison particulièrement douce en ce tout début de janvier 2012.


La scène risque toutefois de se produire de moins en moins du fait de la concurrence ouverte entre la SNCF et Trenitalia, ces entreprises ferroviaires qui ont cessé leur partenariat depuis septembre 2011.

 

Ferroutage gare de Modane (photo novembre 2010 - Florian Pépellin)

Ferroutage_gare_de_Modane.JPG

 

Sur fond de libéralisation européenne du transport ferroviaire, et de grands projets de lignes ferroviaires contestées au niveau local (le grand projet de liaison Lyon-Turin mis à enquête jusqu’en mars dernier a suscité une opposition comparable au mouvement des NO-TAV du Piémont italien), l’harmonisation des réseaux ferrés de France et d’Italie peine à aboutir.


L’homologue italien de Réseau Ferré de France (RFI) réclame des travaux d’adaptation des trains français pour circuler sur son réseau, et le tout prend du retard.


Résultat : perdants pour les voyageurs qui se trouvent régulièrement contraints de descendre du train pour aller rejoindre en car, un autre train de l’autre côté de la frontière.   

 

Carte BardonecchiaArrêts non prévus à l’itinéraire initial, les gares de Bardonecchia, Modane, Oulx ou Porta Susa à Turin sont devenues ainsi le théâtre d’attroupements de voyageurs surpris par la correspondance train-car improvisée.


Aucune mesure d’information en bonne et due forme n’est organisée car bien sûr, les compagnies ferroviaires de part et d’autre de la frontière estiment qu’il n’est pas de leur ressort d’informer les voyageurs des solutions de remplacement prises par le concurrent.


Amis voyageurs, armez-vous donc de vigilance et soyez peu regardants des horaires d’arrivée si vous envisagez ce mode de transport pour circuler entre France et Italie. Evitez également d’oublier vos papiers, car malgré la libre circulation des personnes, les contrôles d’identités visant à traquer les sans-papiers entre ces correspondances inopinées se multiplient, pour vous épargner d’arriver sans retard à bon port.


Le côté positif de ces itinéraires bis imposés, car il faut bien en trouver un si l’on persiste à vouloir aller en Italie, reste sans conteste l’attention accrue que l’on porte dès lors aux lieux traversés en car dans ces régions de montagne : itinéraires imprévus en pentes vertigineuses entre de hauts sommets, et lieux sur lesquels on ne s’attarderait pas nécessairement en temps normal, plongé que l’on peut être dans ses pensées, ses lectures ou ses bavardages de voyageurs à grande vitesse.

 

IMAG0435Vue depuis le TGV Paris-Milan, à l'approche de la frontière italienne (janvier 2012)

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:43

Acqua Alta

 

C’est triste Venise, car il faut bien en repartir un jour quand on n’est pas Vénitien. Quelle ville tout de même ! Tellement fabuleuse, tout en étant à portée de pas.

 

Il y a là une certaine inertie qui enveloppe, malgré l’empressement que l’on peut avoir à aller d’un point à l’autre. On s’y rend d’ailleurs vite compte que l’empressement n’y est pas très efficace. Il suffit d’aller à son rythme et ne pas s’affoler.

 

Cette immobilité sereine crée un véritable monde à part, parfait pour accueillir avec enchantement les millions de curiosités de cette ville unique.

 

 

Carlo Goldoni, ce « Molière italien » natif de Venise, qui aimait « à dire les choses comme elles sont, plutôt que de les embellir » l’évoque lui-même ainsi dans ses mémoires :

Statue-Goldoni-e-venise.jpg

 

 

« Venise est une ville si extraordinaire qu’il n’est pas possible de s’en former une juste idée sans l’avoir vue. Les cartes, les plans, les modèles, les descriptions ne suffisent pas, il faut la voir. Toutes les villes du monde se ressemblent plus ou moins : celle-ci ne ressemble à aucune ; chaque fois que je l’ai revue, après de longues absences, c’était une nouvelle surprise pour moi ; à mesure que mon âge avançait, que mes connaissances augmentaient, et que j’avais des comparaisons à faire, j’y découvrais des singularités nouvelles et de nouvelles beautés. ». (*)

 

Statue de Goldoni à Venise,

campo San Bartolomeo, au pied du Rialto


Exemple avec cette étonnante librairie, qui s’est auto-décrétée « plus belle librairie du monde ». Après tout il est normal que l’une des plus villes du monde, abrite la plus belle librairie du monde, qui a de bonnes raisons de s’affirmer comme telle.


Interdite aux chiens, mais bienvenue aux chats, avec entrée possible par le canal. Les livres y sont rangés tout autant sur des étagères que dans des baignoires, des barques ou gondoles.

 

IMAG0554IMAG0564Vue du canal depuis l'intérieur de la librairieIMAG0559

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi ? Mais parce qu'il faut bien tout ces objets flottants pour sauver les livres de l’acqua alta !

 

IMAG0558

 

C’est Luigi Frizzo, le gourmand propriétaire des lieux, qui vous l’expliquera volontiers.

 

Ce Casanova francophone est aussi prompt à vous prévenir de la belle vue sur le canal, qu’à vous renseigner, ou vous dire « je t’aime » avec un grand sourire.

 

D’autres photos et descriptifs dans les blogs de voyageurs conquis par ici : album vénitien (sur blogspot), sur wordpress, lifestyle.glammedia, ou e-venise.

 

 

 

Comme disait Indiana Jones dans le 3ème volet de ses aventures autour de la dernière croisade : « Ah, Venise… »

 

Heurtoir-Miracoli.jpg

Porte 'Miracoli' à heurtoir original,

typique de Venise.

 

 


(*) Extrait des « Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre » rédigé en français par l’auteur, et disponible aux éditions Mercure de France… exemple de livre qu’on trouve à la librairie française de Venise, autre adresse sympathique de la Sérénissime, à deux pas de SS Giovanni e Paolo, et non loin aussi de l’Acqua Alta.

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 10:00

Saint-Pancras The meeting statueEn quittant Paris sous la grisaille en juillet, on peut arriver à Londres sous le gris aussi.

 

A la différence près qu’à Londres, cette grisaille est vite compensée par les couleurs chaudes des briques de la magnifique gare Saint-Pancras, terminus de l’Eurostar Paris-Londres, des bus impériaux, des taxis toujours beaux et ronds, et même du Tube (ce mini-métro londonien).

 

Tout est en couleur, dès l’arrivée : les bus sont rouges pour la plupart, le Tube est jaune avec l’air d’un jouet comparé à notre métro parisien, et les taxis ont un espace intérieur énorme.

 

St Pancras station - the meeting statue

(photo wikipédia)

 

On l’aura compris, dès les transports, Londres y va fort, et ce n’est pas près de s’arrêter avec la préparation des Jeux Olympiques de 2012.

 

Pour en profiter sans se ruiner, privilégier la carte de transports Oyster Card.

Vous pouvez vous y prendre à l'avance en l'achetant sur le net, mais sinon au point informations de Saint-Pancras, les guichetiers vous conseillent très bien sur la validité optimale à prendre selon la durée de votre séjour.

 

Avec Oyster, Londres est à vous, à pied ou  sur roues, selon vos goûts et la météo, pas toujours aussi grise qu’on ne le pense. S’il s’avère qu’à la fin vous avez davantage marché que roulé, en partant on vous rembourse le crédit que vous n’avez pas utilisé, ainsi que la caution de 5 £ qu’il faut payer en prenant la carte.

 

 

Où se poser ?


Testé et approuvé, le Cherry Court Hotel est recommandé pour l’accueil chaleureux (merci Mrs Patel !), l’emplacement (quartier autour de Victoria’s station, calme, sympa, près du centre et des transports) et les chambres (petites mais propres et confortables).


Attention cependant, pas de petit déjeuner en salle : seuls un panier de fruits et une bouilloire sont dans votre chambre pour assurer un minimum le breakfast. Si votre estomac réclame un vrai petit-déjeuner anglais, il y a beaucoup de bonnes adresses à proximité pour rassasier vos envies salées ou sucrées.

 

Comme dans beaucoup de points centraux à Londres, les alentours de Victoria’s station regorgent en effet d’endroits où se régaler, comme le Pimlico Fresh avec son menu inscrit au tableau noir sur tout un mur de la salle.

 

Brunch time sur Vauxhall Bridge road

La façade du Pimlico Fresh, se réflétant dans la vitrine de l'autre côté du trottoir...

 

On se sent très bien à cette adresse où l’on vous conseille surtout les petits-déjeuners savoureux, avec leur thés délicieux, leur confitures maison ou leur omelettes chaleureuses.


Toujours dans le coin, à deux pas de l’hôtel en fait, le St Georges Tavern est un pub où il fait bon manger ou boire en toute simplicité.

 

Une fois repu, flânez donc dans les beaux parcs de Londres : le géant Hyde Park, voisin de Kensington Gardens ou Saint-James’ Park près de Buckingham sont particulièrement agréables si la météo est clémente.

 

Les oies de St James's

St James' Park

Hyde ParkKensington Gardens une vue champêtre

Hyde Park, côté sud

                               Au coeur de Kensington Gardens

                   

Grands et avec des ambiances différentes, on y oublierait presque la proximité toute proche de la ville au milieu de laquelle on est pourtant, plaisir purement citadin.


Moins calme, les Covent Garden, Brompton Road (luxe), Oxford Street (bain de foule ahurissant garanti en période de week-end ou de soldes) ou les puces de Camden sont là pour prouver que quelque soit votre bourse, le Royaume-Uni est bien le royaume du shopping. On y constate comme une évidence que les Anglais sont définitivement un peuple de commerçants.


Il n’est pas rare de trouver plusieurs boutiques de la même chaîne dans une même rue, et certaines divines spécialités ont même leur temple. Il en est ainsi avec le thé, chez Fortnum & Mason, of course. Dans ce paradis des amateurs de thés, situé sur Picadilly (en face de la Royal Academy), vos sacs perdus peuvent même être retrouvés par le portier qui vous guide jusqu’au PC sécurité pour récupérer votre bien, contre décharge dûment signée au barraqué mais toujours courtois Monsieur Sécurité.


Entre les murs, il y a aussi l’incontournable British Museum (gratuit et où on se poserait volontiers pour buller), les librairies Waterstones (idem), le self de Mark & Spencer sur Oxford Street (parfait quand on est usé de courir les boutiques), ou les cappuccino qui sont plus souvent réussis qu’à Paris (par exemple dans les chaînes Costa, Caffè Nero…).


British Museum - entrée

Entrée du British Museum, vue de l'intérieur


Last but not least, loin de là : les quais réaménagés aux portes du territoire de la City, dans le district de Southwark. Avant d’aller s’aérer sur ces quais, posez vous un peu sur les marches de la Saint-Paul’s Cathedral, particulièrement accueillantes quand le soleil a écarté les nuages.

  

Tower Bridge et ses couleursTraversez ensuite le Millenium Bridge, jusqu’au musée d’art moderne et dirigez-vous via l'eau, vers le Tower Bridge, en passant devant le Shakespeare Globe (théâtre où jouait les pièces dudit), les pubs de bords de Tamise, la cathédrale de Southwark et ses alentours, Borough Market et ses pubs bondés du vendredi soir.

Revenez sur vos pas si un pub vous a tenté plus qu’un autre et savourez-y le temps qui passe avec une pinte (un must bien meilleur que la relève de Buckingham).

Tower Bridge  

Street Art, sous un pont - Southwark

 

 

 

 

 

 

 

 

<< Street art signé spok.es, sous un pont de Southwark 

 

 

 

   

  

Musiciens sur un quai de Southwark près du Shakespeare's G  

 

 

 

 

 

 

Sympathiques musiciens de quais, près du Shakespeare Globe >>

 

 

 

 

 

  La cathédrale de Soutwark regarde le futur en face

 

 

 

 

 

 

 

 

<<Cathédrale de Southwark toisant la modernité, et vice-versa

 

 

 

 

 

 

 

Loin d’être exhaustive, ces suggestions sont juste faites pour convaincre d'aller y faire et refaire quelques tours. Evidemment les suggestions peuvent toujours être complétées !

  Deux pintes sur un quai de Southwark cheers !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Photos JH - Londres Juillet 2011

(Sauf Gare de St Pancras)

 

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 17:04

Les roues de la ville

 

Man in a bus looking Westminster Parliament

 

Il vient d'un haut plateau pour aller là où la voie de la sagesse voudra bien le mener...

 

En attendant, ce Tibétain a gardé son crane rasé mais a troqué son habit orange pour un costume civil et emprunter, toujours avec étonnement, le n°24 qui passe devant Westminster, ce bus impérial de ses trajets londoniens quotidiens.

 

A côté, son voisin s'efforce de puiser dans un livre la sagesse qui le guérira d'une fumeuse addiction :

 

Trying to stop smoking in a bus

 

Absorbé par sa lecture, il en oublie son arrêt devant le fameux Albert, un pub en brique rouges reconnaissable entre tous, car il résiste fièrement, solitaire au milieu des immenses tours environnantes.

 

C'est pourtant là dans ce pub coloré qu'il pourrait avoir les pintes capables de tout lui faire oublier !

 

 

Mister Cool lui, se donne à ses deux addictions sans complexes :

 

Hyde Park Mister Cool in action

 

Pourquoi choisir entre la cigarette et les roues quand on peut si bien faire les deux ensemble à Hyde Park ?

 

Une seule limite cependant, au code moral de ce preux gentleman sur roulettes : ne volez pas mon âme en me photographiant, vous qui me visez !

 

Hyde Park Mr Cool don't want to be paparazzied

 

Le peintre de Big Ben n'a pour sa part pas ce principe mystérieux.

 

Inlassablement il peint, une clope à la main, et le pinceau dans l'autre, sans jamais refuser de sourire pour les touristes qui dégainent illico leurs objectifs en le voyant.

 

Le peintre de Big Ben avec sa cigarette

 

Allez savoir pourquoi, on préfère pourtant cette image volée de lui.

 

Volée tout comme l'est celle de cette petite famille voyageant endimanchée dans le fameux tube :

 

Family in the Tube

  

Car c'est peut-être là qu'on reconnaît les délices de la vie de famille...

 

Ce ne serait pas à ses deux soeurs qu'on aurait besoin de le rappeler.

 

Voilà la vie sans soeur :

 

Elle attend...

 

 Et celle beaucoup plus sympathique, avec la soeur et sa fleur d'amitié :

 

... sa soeur pour rigoler!

 

 

On aurait encore beaucoup d'histoires à raconter, mais laissez d'abord votre imagination travailler sur celles-ci.

Si vous êtes sages et inventifs comme Jean-François, peut-être en lirez vous d'autres ici...


 


Photos JH - Londres Juillet 2011

 

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 21:18

So British

 

 

 

 

Typically British, Londres est une ville qui grouille aussi d’une faune passionnante à observer.


Prélude à un futur article qui suggérera quelques bonnes adresses et jolis coins où savourer le temps qui passe dans cette île-capitale, voici une première série des mille et une histoires chipées à Londres et visibles un peu partout.


Le temps d’un coup d’œil, laissez votre imagination inventer la suite…  

 

 

 


Ring, ring, ring my cell phone keeps ringing

Pub de Borough Market et les ravages du portable


Les ravages de la communication moderne dans ce pub, un vendredi soir à l’heure du coup de feu :


Blond à lunettes n°1, debout à l’angle : « Mais oui je suis déjà arrivé aussi, je suis dehors, à l’angle, et toi ? »


Blond sans lunettes n°2, penché à droite : « Mais où à l’angle ?!? J’y suis aussi moi ! ».

 

 

 


Stairway to heaven

Hypnotising Kamill


Mister Blondie pourrait bien passer toute la soirée ainsi, hypnotisé par une dulcinée invisible, au prénom tatoué bien en vue sur son poignet ostensiblement arboré…


Mystère, le décrochera-t-il à la fin, son doux baiser et un ticket pour le ciel ?

 

 


Allez viens boire un p’tit coup !

Borough Market et son bar Sangria et Prosecco pour tous

Un verre d’english wine ? de Prosecco ? de Sangria ? ou de Prosecco ?


Il suffit de demander ma petite dame, monsieur vous le prépare volontiers, pour quelques pounds et un sourire. Tout se trouve à Borough Market !


Cul sec sûrement pas ! C'est bien meilleur quand on savoure.

 

 


Web of creation

Sous le turb

 

Que peut-il se passer sous le turban de ce Sikh, le chignon de cette étudiante, ou la pinte sifflée doucement sur ce quai au bord de la Tamise ?

 

Des idées en bataille pardi !


Le Sikh : « Je rêve beaucoup trop, et voilà encore un objectif voyeur qui me vise là »

 

Le chignon : « Bon, trois pages de rédaction, ça devrait bien aller à cette vieille bique de Miss Minier. »


La pinte : « Oh la... drôlement fort ce cidre anglais, ma tête tourne déjà, mais il se boit bien… ».


 


Elle attend

Elle attend que le monde change...


Affiche de pub ou d’un film romantique ?

 

Ni l'un ni l'autre : Mademoiselle impassible est assise là parmi nous autres Terriens qui passont.


Elle a le dos bien droit, sa coiffure et sa mise sont impeccables, mais elle attend tout de même. Non, pas un lapin, évidemment.


Patiemment elle attend que le monde change et que changent les temps, pour sortir de sa posture figée de gravure de mode, qui ne demande qu’à s’animer et vivre, enfin.

 

 


Photos JH - Londres Juillet 2011

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 22:37

Bigrement instructives cette semaine, petit tour d’horizon des lectures où l’on a vu littérature et journalisme tourner autour, décidément, de révolution.


Côté littérature d’abord, avec Mashallah News qui reprenait cette semaine un très intéressant article de l’universitaire et traductrice littéraire Dina Heshmat (langue et littérature arabe, université de Leiden aux Pays-Bas, faculté des humanités) publié sur le site Babelmed.


Couverture-Warda.jpgCet article, Egypte : littérature et révolution, est en effet parfait pour découvrir comment les auteurs égyptiens parmi les plus lus ont contribué depuis dix ans à façonner les consciences, en dénonçant tout ce qui a conduit le peuple égyptien à se retourner contre ses gouvernants : de l’auteur de best-seller Aswani (L’immeuble Yacoubian) à d’autres écrivains plus importants mais moins connus ici tels que Sonnallah Ibrahim, Mohammed el-Bisatie, Radwa Ashour, Mahmoud al-Wardani. Un autre exemple illustrant que la littérature continue de contribuer à changer le monde…

 

Côté presse, entre crise financière, endettement sans issue des Etats, difficile maturation après l’accouchement des révolutions, claque nucléaire de Fukushima, Le Monde Diplomatique du mois de juillet ne se contente pas avec tout cela de peindre un tableau uniquement désespérant. Un vent de ré-volution souffle dans la plupart des articles publiés ce mois-ci sur ces sujets d’inquiétude certes, mais dont la présentation, pour une fois, ne fait pas qu’assommer le lecteur.


Le Monde diplomatique Juillet 2001-copie-1Le ton est donné en une, avec Ne rougissez pas de vouloir la lune, cet article de Serge Halimi, directeur du mensuel, qui nous explique comment en Europe, des « politiques dont la banqueroute est assurée (restent) néanmoins déployées dans trois pays (Irlande, Portugal, Grèce) avec une férocité remarquée ».

 

Ce que tout un chacun a compris depuis longtemps sans forcément pouvoir l’expliquer (les dérives d’un système où l’appât du gain est la seule règle), est ici décortiqué et accessible à la compréhension. Les sous-titres de l’article sont d’ailleurs suffisamment évocateurs pour être cités tels quels :

> ‘les ‘analphabètes’ économiques paient, imaginant qu’il s’agit d’un tribut dû au destin’,

> ‘le peuple a compris qu’il ne serait jamais assez pauvre pour que le système le prenne en pitié

> et enfin ‘réclamer ‘l’impossible’ quand, en ricanant, les libéraux parachèvent l’insupportable’.

 

Une lecture étonnante en ces colonnes, et la surprise continue sous d’autres formes, dans les pages internes de ce subversif numéro de juillet.

 

Juste en dessous, le journaliste Raúl Guillén, envoyé spécial à Madrid raconte en effet comment se sont organisés les Alchimistes de la Puerta del Sol. Si ce titre serait parfait pour un roman, le sujet de l'article n’a rien de fictif.

 

On y lit avec une curiosité bienheureuse, la façon dont s’est bricolée une véritable démocratie de la rue, pratiquée au quotidien sur cette place emblématique de Madrid, devenue tête de pont des indignés d’Espagne. Un élan phénoménal a été donné, qui ne demande qu’à se poursuivre sous d’autres formes, après l’arrêt de l’occupation spectaculaire de la Puerta del Sol.

 

DSCN5964

Extrait du Monde diplomatique de juillet 2011 / Page 8

  

Plus théorique, l’anthropologue Denis Duclos constate dans l’article Le pouvoir mis à nu par ses crises, que la crise financière, la remise en cause du nucléaire après Fukushima, et les ‘convulsions arabes’ sont les plus violents retours de bâtons qu’on ait connu d’une ‘idéologie en déclin’, qui est tout simplement celle du monde tel que nous le connaissons.


La Tunisie, où toute l’agitation révolutionnaire a commencé d’éclater au grand jour, n’est pas en reste avec la contribution de l’écrivain Serge Quadruppani. Nous ne nous rendrons pas évoque ce qui couve encore, sous le relatif apaisement après les grands mouvements du printemps dernier : un bouillonnement prêt à éclater contre les escroqueries déjà tentées par certains des gouvernants qui sont des résurgences de l’ancien régime renversé.


En écho à l’article de Serge Halimi, et sous le titre Vent de fronde en Europe, le comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde argumente contre la pas si folle attitude des ‘pouvoirs à la légitimité contestée’, qui s’engagent ‘plus avant sur la voie de l’austérité, le plus court chemin vers la société dont ils rêvent’, en vue de proposer la folle annulation de la dette… la folie n'étant pas toujours là où l'on croit.


Avec Le mouvement des immobiles Max Rousseau livre une explication particulièrement éclairante de la façon dont la ville néolibérale a évolué.

Ce docteur en science politique et post doctorant en urbanisme montre en effet comment la construction des villes en occident a progressé pour tendre, en quelque sorte, vers un affaiblissement de ce qui permet la démocratie… au profit de ce qui fait fructifier le capitalisme : ‘la ‘ville qui gagne’ est un espace de flux perpétuel’.

 Erevan - Construction de la Nouvelle Avenue 2007 Erevan, construction de la Nouvelle Avenue Aout 2007 (Arménie)

 

Alain Gresh relate l’Egypte en révolution, qui tente de reconstruire un régime à son image, tandis que l’universitaire Farhan Jahanpur braque le projecteur sur la discorde qui secoue les hautes sphères de la République islamique d’Iran : le président Ahmadinejad serait-il en passe de se faire éjecter de son siège par... l’ayatollah ?

  

D’autres pays et idées en mouvements sont abordés dans ce même numéro, et pas forcément dans les pays les plus défavorisés :

- le ‘théâtre de la domination professionnelle’ est dénoncé aux Etats-Unis par Rachel Sherman,

- les bavures policières récompensées en Italie sont pointées du doigt par Salvatore Palidda,

- les propositions de réforme de chercheurs chinois, en forme de critique ouverte sur leur pays totalitaire sont relayées,

- l’écrivain Ibrahim Al-Koni raconte le feu intérieur qui pousse au combat des Lybiens ordinaires,

- la dictature galopante sur fond de pétrole en Ouganda est reportée par le journaliste Alain Vicky,

- la ‘droitisation du conseil représentatif des institutions juives de France’ (CRIF) est interrogée par Dominique Vidal,

- même l’universitaire Jean-Noël Lafargue alerte sur la menace politique constituée par les Machines hostiles (avec des exemples apparemment inoffensifs qui nous concernent tous : les portillons du métro qui vous bousculent si vous n’allez pas assez juste et bien, ou la biométrie appliquée aux cartes d'identité),

- et enfin, en hommage à Ernesto Sábato décédé fin avril dernier, est republiée une de ses anciennes contributions au mensuel (Entre deux mondes, texte sur la formation de l'identité latino-américaine, datant de novembre 1991) : cet ancien physicien atomiste argentin avait tourné le dos à la recherche après Hiroshima, pour se consacrer à la littérature et à la politique dans son pays…

 

La liste des remises en cause du monde tel qu'il est s'allonge ainsi beaucoup, pour cette dernière livraison, pas si diplomatique donc, du Monde Diplomatique.

 

Enfin, à mi-chemin entre presse et littérature, mais toujours dans le droit fil de ces connexions qu’on affectionne, les Editions Thaddée championnes des causes difficiles, viennent de faire paraître un témoignage inédit sur l’essai nucléaire français non contrôlé de Hoggar en Algérie.

 

Si ce sujet ne vous évoque rien c’est assez normal. Sous le titre Les irradiés de Béryl Louis Bulidon livre un récit de la catastrophe dont il a été le témoin avec d’autres, mais farouchement passée sous silence par l’Etat français, et dont le feuilleton juridique vient à peine d'accoucher d'un début d'indemnisation pour les victimes… 48 ans après les faits.

 

Couverture Les irradiés du Béryl

 

Avec 48 ans de recul sur un incident majeur que la France s’est dépêchée de nier dès le début, cette histoire qu’on pourrait croire lointaine fait pourtant sacrément écho, encore et toujours, au présent. Le déni officiel et les mensonges d’Etat sont toujours bien actifs et les effets de la catastrophe de Fukushima ont de beaux jours devant eux.

 


Eternel cycle l’histoire ? C'est sans doute la raison pour laquelle il y en a toujours tant à raconter, des histoires…

 

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 15:30

Affiche film Une séparationRares sont les films qui laissent une telle impression d’aboutissement.

 

Deux heures après avoir suivi cette histoire magistralement bâtie et menée autour d’un couple dont la femme veut divorcer, une séparation qui passe vite au second plan même si elle est la base de tout le film, vous aurez intensément suivi bon nombre des dilemmes qui jalonnent nos vies.

 

Que s’est-il passé pour que Nader, le mari quitté, renvoie avec colère Razieh qu’il avait embauchée pour s’occuper de son père atteint d’Alzheimer, et pour que celle-ci finisse par l’accuser de meurtre ?

 

Cet incident devient la question centrale du film, où chacun accuse l’autre d’être responsable d’un drame qui menace leurs deux familles sans distinction.

 

La séparation du couple et l’enchaînement des petits riens irréversibles peuvent sembler ordinaires au possible, mais en réalité, entre tensions contenues, bonne volonté des personnages et emballement de l’intrigue, cette superbe histoire humaine laisse le spectateur ébahi par toutes les facettes d’une vérité qui peine à se révéler.

 

Alors qu’on se demande parfois si les personnages mentent ou non, le film lui ne ment pas. Il prend le parti de laisser la vérité apparaître comme elle peut, malmenée qu’elle est par les principes moraux pourtant sains a priori de chacun.

Mais un principe, aussi juste soit-il, n’est pas toujours compatible avec d’autres considérations toutes aussi fondamentales ; jusqu’où faut-il alors s’entêter ?

 

La morale de justice jusqu’au-boutiste de Nader s’opposera donc à celle de Razieh, mais aussi, au-delà de leur lutte, à l’importance des liens filiaux ou conjuguaux, à la difficile fidélité aux convictions personnelles, au besoin de changement ou au respect des traditions, à la religion ou à la justice des hommes aussi, dans un Téhéran qui ne laisse pas de répit à ses habitants.

 

UNE SEPARATION.real.Asghar FarhadiInspiré par quelques faits réels épars vécus ou entendus, le talentueux Asghar Farhadi (déjà maintes fois récompensé pour ses œuvres en Iran et à Berlin en 2009) a inventé, créé et réalisé ce pur moment d’intelligence et d’émotion combinées, qui laisse songeur à plus d’un titre. En sortir gratifié d’un supplément d’humanité n’est pas le moindre de ses effets positifs.

 

C’est une fraternité toute simple et commune à tous qui se noue avec ce film dont les femmes sont pourtant voilées, et les hommes barbus, dynamitant ainsi au passage l’image que l’Occidental a de l’Oriental en général, et de l’Iran sous dictature en particulier.

 

Il n’est pas indispensable de dire qu’il s’agit d’un film iranien, mais qu’y peut le réalisateur si c’est de là qu’il vient ? Malgré la censure, Asghar Farhadi a choisi de faire des films qui puissent être diffusés en Iran tout en restant fidèle à ses propres principes. Son travail d’équilibrisme délicat a probablement contribué à l’excellence du film, qui ne juge pas mais montre tout aussi bien ce qu’il y a à découvrir sur ce pays.

 

Si l’absurdité et l’arbitraire de la censure iranienne n’ont pas permis à d’autres d’y parvenir comme lui, on a quand même pu voir d'autres œuvres exceptionnelles briller et se distinguer à l’international depuis quelques années.

 

En France on connaît bien via les prix du festival de Cannes, le génial Persépolis de Marjane Satrapi ou plus récemment Les Chats Persans de Bahman Ghobadi, film d’une originalité inouïe sur la situation actuelle de la musique interdite en Iran.

 

 

Le film de Bahman Ghobadi (bande annonce VF) 

 

Couverture Les chats persansA noter d’ailleurs qu’après Les Chats Persans, le couple musical héros de ce film qui prend leur vie pour fil conducteur (Ashkan Kooshanejad et Negar Shaghaghi), a écrit un livre dont la traduction française est parue fin avril. Ils y font le récit de leur vie et parcours inédits en Iran, jusqu’au film de Ghobadi, et aux marches de Cannes.


Les Chats Persans

  Livre d'Ashkan Kooshanejad et Negar Shaghaghi

 

 

A lire pour tous ceux qui voudraient en savoir plus sur cette jeunesse impressionnante de lucidité et d’acharnement à faire sa musique, en faisant fi des cadres imposés par la dictature iranienne. La musique ne connaît jamais de frontière, et leur livre ne dit finalement pas autre chose.

 

Tout comme l’humanité ou l’amour d’ailleurs, ce que montre si bien Asghar Farhadi pour en revenir à lui. Ours d’or du meilleur film, Ours d’argent de la meilleure actrice pour l’ensemble des actrices du film, Ours d’argent du meilleur acteur pour tous ses acteurs, et nominations du film ou du réalisateur dans cinq autres catégories, Une séparation a quasiment raflé tous les prix du dernier festival international de Berlin, ce qu’on conçoit sans mal.

 

A Berlin

Au festival de Berlin, Asghar Farhadi entouré des interprètes féminines d'Une séparation 

 

Magnifique, excellent, universel, humain… les compliments fusent de partout pour saluer ce film qui a fait couler beaucoup d’encre par ailleurs. Quand on voit sa qualité on espère ardemment que cette reconnaissance unanime contribuera à aider les artistes d’Iran à poursuivre de telles œuvres plus librement.

 

En attendant, Une séparation, l’histoire de Nader et Sinim, est définitivement un film à ne pas manquer.

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 22:49

Inventeur de la dynamite, Alfred Nobel a surtout légué au monde un concept qui a fait passer au second plan son explosive invention. Qui aurait prévu que ce chimiste, industriel et fabricant d’armes suédois, serait à l’origine du Prix Nobel de la Paix ?

 

Svenska AkademienLe sympathique Musée Nobel à Stockholm, le rappelle quotidiennement avec un positivisme salutaire : oui le génie au service du progrès existe, et il est à la portée de tous.


La preuve ? Il suffit de regarder la vie de tous les prix Nobel depuis la première attribution en 1901 : de hauts modèles d’exemplarité humaine, tels qu’on aimerait en voir plus souvent mis en avant.

 

Simple, accueillant, moderne et ludique pour toutes les générations, le musée Nobel propose justement de découvrir la totalité des lauréats, et on ressort de là plus motivé que jamais pour aller de l’avant.

A leur manière, tous sont en effet autant de modèles à suivre, de créativité à stimuler et de ténacité à cultiver.

 

Qui se souvient aujourd’hui de Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature 1913 ? Il fût pourtant le premier écrivain oriental à remporter le Nobel de littérature. Géant contemporain de Ghandi, il demeure encore aujourd’hui vénéré en Inde pour l’universalité de ses idées sur l’éducation, l’ouverture au monde, ainsi qu’une meilleure prise en compte des sciences et du raisonnement objectif. Oui, on vous parle bien d’un écrivain et poète indien né en 1861 !

 

InspirationIl est un exemple parmi bien d’autres découverts là-bas, de l’esprit visionnaire que le prix Nobel vise à détecter et encourager.

 

Les grands noms plus familiers de Louis Pasteur, Albert Einstein, Pierre et Marie Curie, John Steinbeck, Nelson Mandela, sont bien sûr là aussi, mais jamais pour écraser de leur grandeur le commun des visiteurs.

 

Des murs de citations de ces grands sont en effet là pour rappeler en toutes lettres que le génie sans travail n’est jamais grand-chose, que les erreurs font aussi avancer, et que les grandes découvertes sont toujours le fruit d’avancées antérieures qu’il faut savoir reconnaître, ou au contraire avoir l’audace de remettre en cause parfois.

 

Le musée encourage donc largement l'émergence de cette mentalité d'ouverture à la créativité, et par tous les biais possibles : expositions temporaires ou spécialisées, séminaires, exposés ou débats publics sur des sujets d'actualité, conférences. De l'école à l'université tout un calendrier scolaire est également conçu pour cultiver cette pédagogie à tous les niveaux possibles.

 

Comme l'annonce le musée, son objectif est de diffuser les connaissances, de susciter la curiosité et d'intéresser l'opinion aux sciences naturelles et à la culture au moyen d'une pédagogie novatrice, d'une technologie moderne et d'une présentation raffinée.

Cela correspond somme toute assez bien à ce que l'on y trouve effectivement. 


Tout ce culte du mérite exemplaire, grâce à l’inventeur de la dynamite donc…

 

A la mort de Nobel en décembre 1896, on découvrait son testament stipulant que son immense fortune devrait être dédiée à la création d’une institution pour récompenser chaque année, des personnes « ayant apporté le plus grand bénéfice à l’humanité », par les apports de leurs travaux dans cinq disciplines : paix, littérature, chimie, physique, médecine.

Selon ces même dernières volontés, la nationalité des lauréats ne devait avoir aucune espèce d’influence sur l’attribution des prix.

 

C’est ainsi que la Fondation Nobel fût créée en 1900 pour gérer l’exécution du testament de Nobel dans le respect de ces principes, et la remise des prix a lieu chaque année le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel.


 

créativit..Inventions

Depuis 1968, en accord avec la Fondation Nobel, la Banque de Suède a institué un prix en économie, communément associé à ce prix Nobel.

 

Pas seulement honorifique, la récompense offre pour chaque discipline une aide financière conséquente destinée à permettre aux lauréats de poursuivre leurs travaux. 10 millions de Couronnes suédoises (un peu plus d’un million d’Euros aujourd’hui) est ainsi remis à chaque récipiendaire du prix.

 

Depuis 109 ans, 840 lauréats ont reçu par ce biais éclairage médiatique mondial avec financement à la clé, pour ces travaux qui font avancer l’humanité.

   

Observer les chiffres des attributions de près donne par ailleurs un bon aperçu de l’histoire du siècle écoulé : les années où le prix ne fût pas attribué correspondent essentiellement aux périodes des Première et Seconde Guerres Mondiales, seules 41 femmes se sont vu attribuer le prix, et il y en eut même qui le refusèrent (Jean-Paul Sartre en 1954 car opposé par principe à toute marque de distinction, trois scientifiques Allemands interdits d’accepter le prix par Hitler, ou l’écrivain Russe Boris Pasternak forcé au même refus par l’Union soviétique).

 

Si vous passez à Stockholm ne manquez donc pas cette visite mobilisant tous vos sens, qui plus est sur une des plus jolies places de la vieille ville sur l’île de Gamla stan  (Stortorget, juste derrière la cathédrale et la place royale).

 

Musée+Nob..


Sinon, rassasiez votre curiosité en surfant sur le site de la Fondation Nobel, qui propose moult informations et anecdotes diverses sur le prix, les lauréats, en plus de répertorier les discours de ces Nobel, souvent pleins de panache pour tirer l’humanité vers ce qu’elle a de plus noble.

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 12:40

 

La fin d’un suspense étonnant a coïncidé cette semaine pour ces deux hommes, véritables poids lourds chacun dans leur domaine. Fin du suspense, mais pas de l’intrigue, car pour l’un comme pour l’autre la grande Histoire est toujours en marche.


raffi-hovannisianRaffi Hovannisian est un homme politique arménien né aux Etats-Unis où il s’est bardé de diplôme avant de devenir avocat international. Entre autres caractéristiques notables, il est un des rares Arméniens de diaspora à s’être rétabli en Arménie même, où il a fini par être le premier des ministres des affaires étrangères qu’a connu la jeune République née en 1991 au sortir de l’Union Soviétique.

 

Président du parti Héritage (plutôt pro-occidental) présent au Parlement arménien, il fait partie de tous ceux qui sont aujourd’hui en opposition frontale au gouvernement actuel de l’Arménie, en place depuis les élections présidentielles truquées et la répression dans le sang des manifestations qui s’ensuivirent en mars 2008 dans la capitale (Yerevan).


En novembre 2010, Hovannisian était notamment à Ottawa à la tribune d’une conférence du Parlement Canadien concernant le combat contre l’antisémitisme.


Le 15 mars dernier cette pointure s’est assis sur un banc de la place de la Liberté en plein centre de Yerevan… pour n’en plus bouger et entamer là une grève de la faim, visant à obtenir rien de moins que la démission du Président actuel de l’Arménie, et la reprise en main du pouvoir par le peuple via de vraies élections.


Raffi Hovanissian on liberty square

La place de la Liberté étant interdite aux manifestations et rassemblements depuis les évènements de mars 2008, la police a empêché  dès les premiers jours toutes les marques de sympathies et de soutien manifestées par les passants, allant même jusqu’à démonter violemment une simple tente amenée là pour protéger le jeûneur et quelques substituts pour le chauffer.


A l’issue d’une première semaine de cette situation inédite, il semble que les remous médiatiques causés par cet auto-sacrifice, alliés aux multiples marques de soutien spontané, ont fini par embarrasser le gouvernement, au point de devoir lever l’interdiction de rassemblement sur la place de la Liberté.


Alors que les dernières manifestations en commémoration des évènements du 1er mars 2008 s’étaient jusqu’alors tenues ailleurs dans la capitale, un nouveau rassemblement a donc pu se tenir sur la place centrale de la Liberté. Levon Ter Petrossian, leader du bloc d’opposition au gouvernement, lui-même ancien Président très décrié de la République d’Arménie après 1991, s’y est exprimé pour haranguer les foules.


Là où les choses se corsent, c’est que contrairement à tous les politiques qui s’étaient déplacés pour rencontrer le gréviste jusqu’alors (Président du Parlement arménien y compris), Ter Petrossian n’a même pas salué son ancien ministre des affaires étrangères, tout en criant victoire suite à la « libération » de la place où Raffi Hovannisian continuait sa grève de la faim. Cherchez l’erreur.


Même si les élections truquées et la violence de la répression des manifestations a créé une dynamique commune,  le bloc de l’opposition a du mal à trouver son unité dans un pays où la majorité des élus s’engage en politique pour ses propres intérêts privés.


Contexte hautement paradoxal et singulier donc, pour cette démarche de sacrifice qui force pourtant le respect, en plein Carême pascal et alors que Pâques tombe cette année un 24 avril, date commémorative du génocide arménien...


Raffi Hunger StrikeAprès quinze jours de ce régime de SDF, Raffi Hovannisian a finalement arrêté sa grève de la faim mercredi dernier.


Il aurait probablement été dommage qu’un homme de sa stature disparaisse ainsi de la scène politique arménienne, précisément quand elle a tant besoin de cet exemple de dévouement. Au-delà des raisons compréhensibles invoquées par Hovannisian pour expliquer ce renoncement, il faut retenir l’écho que son action a reçu.


Elle était finalement dirigée vers la société civile et l’opposition, tout autant que contre le pouvoir en place. Le sacrifice que cela impliquait a été un choc, salutaire on l’espère, pour un peuple plus habitué à désespérer de ses dirigeants et fuir le pays, qu’à croire et agir pour une amélioration. Le combat politique et démocratique continue donc sur cette nouvelle lancée.


 

 

Autre genre, autre lieu, Daron Acemoglu est un économiste de haut vol, Arménien né en Turquie, bardé lui aussi de diplômes obtenus en Angleterre, avant de continuer sa ruée vers l’ouest pour devenir aux Etats-Unis, titulaire de la chaire d’économie appliquée du MIT (Massachussets Institute of Technology) depuis 2004.


Ce « trublion éclectique » aujourd’hui largement reconnu par ses pairs a suivi un parcours inhabituel mais remarquable dans son domaine.


Abandonnant les sciences politiques, il s’est tourné vers l’économie avec pour thème de prédilection les causes de la démocratie, sachant que c’est sous ce régime que peut exister le développement économique.

 

Daron Acemoglu

 

Depuis le livre ‘Economic Origins of Dictatorship and Democracy ‘ publié avec son chercheur acolyte James Robinson, il a réalisé de nombreuses études et publié un second livre  sur l’avènement et l’incidence de la démocratie ‘Introduction to Modern Economic Growth’ (introduction au développement économique moderne).


Depuis quelques mois, et particulièrement ces derniers jours, son nom et son origine arménienne sont largement répétés dans les médias turcs, car il s’est vu proposer un poste diplomatique de représentant permanent de la Turquie à l’OCDE dont le siège est à Paris (Organisation de Coopération pour le Développement Economique).


Après cette offre étonnante, il n’a pas été facile de démêler le vrai du faux concernant la réponse d’Acemoglu.

 

Etonnante proposition car elle montre l’ambivalence perverse d’un gouvernement qui se caractérise encore aujourd’hui par l’oppression exercée depuis la création de sa République, contre les importantes minorités qui composent sa population.


Une offre plus que douteuse, car elle intervient alors qu’aujourd’hui encore en Turquie aucun Arménien affiché ne peut prétendre à un quelconque poste à responsabilité dans les institutions turques. Dès lors, que penser quand le ministre des affaires étrangères propose un poste diplomatique de choix à l’un de ses ressortissants issu de cette minorité problématique, parce qu’il a connu le succès en quittant le pays ?

 

Dans ces conditions, et sans douter des compétences qui donnent réellement à Acemoglu sa place à l’OCDE, la contradiction est tout de même hallucinante.


Passée cette première réaction d’incrédulité, il faut rappeler le contexte : après des années d’un négationnisme d’Etat quasiment ridicule tant il est poussé à l’extrême (cf. les traces encore visibles aujourd’hui dans l'excellent film de Mathieu Zeitindjioglou  ‘le fils du marchand d’olives’), l’activisme frénétique de l’Etat turc a pris une forme nouvelle ces dernières années, se cristallisant sous la forme des protocoles arméno-turcs.


Pour parer aux revendications de plus en plus efficaces sur les reconnaissances officielles du génocide arménien, l’Etat turc brandit désormais un masque de probité qui  a culminé avec cette imminence de la ‘réconciliation’ arméno-turque. Expliquant qu'il serait préjudiciable à la réconciliation tant attendue, de revenir sur de l’histoire ancienne (pour rappel, c’est l’Etat turc qui ferme ses frontières avec la République d’Arménie depuis près de vingt ans).


On peut donc légitimement voir l’apparente schizophrénie de la Turquie vis-à-vis de ses citoyens arméniens et d’Acemoglu, comme une énième version de ce masque que la Turquie a pris l’habitude d’arborer pour arriver à des fins diplomatiques beaucoup moins avouables.


Quant à Acemoglu, pour couper court aux tentatives d’intox des médias turcs laissant croire que la question était d’ores et déjà réglée, il semble qu’il ait concrètement décliné, arguant de la poursuite de ses recherches universitaires. Et non pas remis à plus tard l’éventualité d’accepter un tel poste, comme l’affirmait le ministre turc des affaires étrangères.

 

Dire que les informations ont été très peu claires sur la réponse d’Acemoglu est un euphémisme. On remarquera en revanche que grand cas a été fait du caractère exceptionnel de cette proposition diplomatique.


En comparaison, la condamnation quasi concomittante par un tribunal turc cette semaine, du Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk (autre ressortissant de Turquie mais exilé), n’a pas suscité autant de battage.


Il s’agit pourtant d’un Prix Nobel turc. Oui mais voilà, le jugement condamnait le fait que ce Prix Nobel avait évoqué ouvertement lors d’une interview donnée en 2005, les massacres de masse perpétrés contre les minorités arméniennes et kurdes en Turquie.


Au fond, même si elle prend des visages qui la montrent sous un meilleur jour, les intentions de l’Etat turc sur le génocide arménien n’ont pas bougé d’un iota : continuer de nier le génocide à tout prix, en usant de toutes les tactiques possible, déguisement y compris, et surtout empêcher que sa reconnaissance gagne du terrain.


Tout cela est donc plutôt de nature à confirmer qu’en ce domaine la politique du ‘beaucoup de bruit pour rien’ reste bien la stratégie toujours affectionnée par la diplomatie turque.

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 23:00

  

Modernité et dynamisme sous le soleil…   A l’instar des Gaudí, Picasso et autres avant-gardistes de cette ville à la pointe des innovations urbanistiques, Barcelone est réputée pour une ouverture au monde heureuse et fondamentalement ancrée dans sa personnalité. Un vrai bonheur pour les étudiants Erasmus ou les touristes venus des quatre coins du monde, pour y goûter la joyeuse animation locale, simple et détendue.

 

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Toute cosmopolite soit-elle, Barcelone est aussi la capitale d’une région qui affirme crescendo de fortes revendications identitaires. Ces dernières années la tendance régionale s’est nettement amplifiée, et la Catalunya (Catalogne) aspire désormais très ouvertement à une autonomie accrue, dans une Espagne qui peine à tenir ses promesses d’unité dans le respect des pluralités. La question est en tout cas mise au centre des préoccupations à l’approche du scrutin du 28 novembre prochain, qui renouvellera le Parlement catalan.

 

  

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Un des meilleurs moments pour savourer toutes les nuances de cette ville, est sans doute à l’arrivée de l’automne, vers le 24 septembre, quand on y célèbre la Mercè, sainte patronne de Barcelone. Toutes les rues de la vieille ville se colorent et s’illuminent pour accueillir durant un long week-end, les animations catalano-barcelonaises du festival de La Mercè, véritable symbole de la ville.

Dans son programme 2010 du festival, l’Ajuntament de Barcelona (la municipalité) le clame d’ailleurs  sans détours : si vous voulez vraiment connaître Barcelone, c’est à La Mercè qu’on vous attend.

 

 

 

Des animations culturelles en tous genres (danses, musique, feux d’artifices Correfoc, personnages géants, tours humaines Castellers, acrobaties de cirques… quelques photos ici) s’enchaînent effectivement un peu partout, et montrent une Barcelone tout à la fois catalane et cosmopolite.

  

DSCN4938Le folklore que les Français de Perpignan connaissent bien, s’épanouit là à plein, sous les couleurs du drapeau à 4 bandes rouge et or, étendard de la Catalogne. Chaque année, une ville étrangère est aussi spécialement invitée. 2010 accueillait ainsi Dakar, capitale sénégalaise, qui a bénéficié de toute cette organisation pour se présenter à travers sa musique, sa danse, et son artisanat, apportant un regain d’énergie créatrice à une ville qui en raffole et semble toujours en redemander.

 

Durant ce festival, au-delà du folklore, on remarque aussi un curieux jusqu’au-boutisme dans l’usage de la langue catalane. Le meilleur exemple en est le spectacle pyrotechnique final, qui clôture chaque année le festival. Pendant près de 45 min, un jeu concomitant de lumières, de fontaines et de musique, accompagne un gigantesque Correfoc (feux d’artifices) donné sur l’Avinguda de la Reina Maria Cristina, à deux pas de la Plaça d’Espanya… et au pied du Musée National de l’Art Catalan (MNAC).

 

Cet emplacement sur une avenue qui fait la jonction entre l’imposant palais du MNAC, majestueux depuis sa belle hauteur, et la place d’Espagne avec ses deux obélisques est symbolique, et c'est là que la foule se presse pour assister au spectacle de clôture, rythmé cette année par des chansons standards de la pop internationale, ultra connues pour tout occidental... sauf que pour chacune, après les premières mesures reprises dans leur version originale (souvent anglaises), elles étaient ensuite bizarrement interprétées en catalan.

 

 

Ascenseur

Le bilinguisme catalan/castillan dans l'ascenseur d'un immeuble d'habitation au coeur de Barcelone 

 

C’est l’autre caractéristique de Barcelone, une ville dont l’identité catalane s’affirme de nouveau et de plus en plus, depuis la fin de la dictature franquiste, au point d’avoir de nombreux signes habituellement réservés à une nation, et centralisés à Barcelone. Comme le rappelle Saül Godillo, directeur de l’Agence catalane d’information, la Catalogne a sa propre agence de presse, une télévision et une radio publiques bien installées, son propre corps de police, des ambassades dans le monde, et même son propre nom de domaine « .cat » sur Internet. Son parlement et gouvernement local (comme dans les 17 Communautés autonomes d’Espagne) vient d’adopter des lois aussi diversement bienvenues que l’interdiction de la corrida ou le doublage de 50 % des films en catalan.

 

Cette forte volonté de se singulariser a atteint des sommets cette année. Alors que 2006 avait vu l’adoption par le Parlement catalan de la nouvelle constitution donnant un statut d’autonomie élargie à la région, le Tribunal constitutionnel d’Espagne a invalidé cet été plusieurs articles de la nouvelle constitution.

La réaction a été immédiate et spectaculaire, le 10 juillet 2010 : des centaines de milliers de personnes défilant à Barcelone sous la bannière « Nous sommes une nation, nous décidons nous-même ».

La marche avait initialement été organisée par l’Ồmnium Cultural, une association de défense de l’identité catalane, mais la décision très controversée du Tribunal constitutionnel a été rendue quasiment la veille de sa tenue, exacerbant les tensions. Tous les partis politiques en Catalogne (à l’exception du parti de droite qui avait initié le recours constitutionnel) avaient alors appelé la population à s'y rallier.

 

Si ces revendications identitaires ne vont pas – encore – jusqu’au nationalisme, elles ont gagné en visibilité et légitimité pour une population qui soit reste indifférente, soit semble favorable à une plus grande indépendance, tout en ne reniant pas son identité Espagnole.

 

Une contradiction bien illustrée en matière de football : les Catalans ne sont pas anti-espagnols au point de ne pas soutenir l’équipe d’Espagne en coupe du monde ! C’est le quotidien Sud Ouest qui le relevait dans un article résumant  ces « ambiguïtés catalanes » au lendemain de la manifestation choc du 10 juillet dernier.

 

Quel que soit le futur, ces tendances contradictoires sont exploitées à plein dans la bataille des partis politiques en lice pour les prochaines élections parlementaires, le 28 novembre. Considérées comme un tournant pour la Catalogne, et l’Espagne, les pronostics donnent gagnante la précédente équipe qui avait été au pouvoir de 1983 à 2003, Convergence et Union, une coalition libérale de centre droit qui défend un nationalisme conservateur.

 

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Au-delà du modernisme au soleil dans lequel baignent les Espagnols, les Catalans, les étrangers et les touristes, la réalité de Barcelone est donc bien celle d’une identité qui compose avec moults facettes. Avec une particularité bien surprenante tout de même : la défense exacerbée de l’identité locale, à travers la langue notamment, côtoie très naturellement l’ouverture au monde.

 

La cohabitation est belle mais l’équilibre pourra-t-il durer ?

 

 

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