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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:31

Quelle que soit la façon dont cette nouvelle année a commencé, personne n’a le choix : il faut avancer.

 

Et au lendemain d’une date annoncée de toutes parts comme la fin du monde, le simple fait de continuer pourrait bien prendre un élan particulier : celui d’un vif rebond. Impossible de savoir où nous allons, mais c’est maintenant et c’est sans appel.

Qu’advienne donc ce qui pourra et, pourquoi pas, ce qui se choisira. 

 

Barcelone-2010.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barcelone septembre 2010 (photo JH)

 

 

Ce sursaut d’optimisme est inspiré par la lecture du dernier numéro de la Revue XXI, coïncidence des coïncidences, le n°21 du titre.  

Parmi les récurrences habituelles de cette revue assumant gaillardement son rythme ralenti par rapport aux médias actuels, figurent des portraits qui illustrent les pages « Ils font avancer le monde ».

 

Portraits de personnalités généralement peu connues par chez nous, mais qui mènent des combats soi disant perdus d'avance avec des caractères d’exception. A leur modeste niveau a priori, ces gens-là ont initié des entreprises souvent follement utiles pour tous et tout.

Ils montrent en toute simplicité qu’il vaut la peine de s’entêter pour ses idées, au quotidien.  

 

Au-delà de la lecture souvent réconfortante de ces portraits, vient aussi la surprise de constater parfois qu’il n’y a même plus aucun obstacle réel à la résolution d’un problème majeur, simplement des choix qui ne sont pas faits par ceux qui pourraient les faire.  

 

Exemples flagrants dans le n°21 de la Revue XXI donc :  

 

César HaradaCésar Harada, 29 ans, est l’inventeur d’engins maritimes capables de nettoyer les principales pollutions humaines sur mer : le pétrole, le plastique et la radioactivité : Protéi : https://sites.google.com/a/opensailing.net/protei/home.

« (…) Sa formule est libre, disponible en un clic : c’est de l’open source. (…) N’importe quel industriel peut décider de commercialiser ce bateau. » écrit l’article, finissant par une citation de Harada : ‘J’essaie de changer les choses par le bas. Je ne suis ni un justicier ni un super héros’

Pourquoi donc les acteurs concernés par ces fléaux ne se jettent pas dessus ? Autorités qui triment pour les nettoyer, pollueurs qui déboursent des fortunes en dommages-intérêts quand leur responsabilité est recherchée ?

 

 

Thuli-Madonsela-new.jpgThuli Madonsela elle, est la justicière qu’on rêverait d’avoir dans son pays.

 

Médiatrice de la République en Afrique du Sud depuis 2009, cette fille du petit peuple laminé par le racisme institutionnalisé, devenue juriste réputée ayant participé à la rédaction de la Constitution postaparteid, nettoie les petites et grandes injustices de son pays.

 

Si elle a déjà fait virer rien moins que le chef de la police nationale ou même carrément un ministre chargé des affaires sociales pour corruption avérée, c’est surtout l’injustice quotidienne que traque cette coquette calme et discrète que tout le monde reconnaît dans la rue.  

 

Cette femme fait sans nul doute avancer le monde par des savoirs-faire et être que nous ne possédons peut-être pas tous, mais il est plus que stimulant de voir qu’elle y parvient là où l’on pouvait s’y attendre le moins. Non pas au cœur d’un Etat de droit installé de longue date dans les droits de l’homme, mais dans un pays qui panse encore les plaies de l’apartheid aboli il y a à peine plus de vingt ans.  

 

 

Marc-Parent.jpgMarc Parent est quant à lui un Français qui a trouvé le moyen de créer de l’eau potable, avec du vent.

Eole Water solutionne tout bonnement les drames du manque d’eau partout où elle est introuvable sur la planète. Il « suffirait » d’investir.

Seul hic : la logique de recherche du meilleur retour sur investissement fait que c’est uniquement à Dubaï, là où l’eau se monnaye des fortunes, que le dispositif a pu être mis en place.

Bref, la solution au problème de l’eau existe déjà, il reste encore à… comment expliquer cela : tout simplement la choisir.     

 

 

Autre hasard ou coïncidence, ce n°21 de la Revue du même nom se démarque par :


>> La production d’un manifeste relatant toutes les réflexions qui ont guidé l’avancée de ce projet journalistique lui aussi apparemment perdu d’avance, qui fête pourtant aujourd’hui ses cinq ans d’existence avec un tirage qui tient encore du rêve pour toute autre revue de nos jours (60 000 exemplaires, pour des ventes moyennes de 45 000 exemplaires).

 

>> Le thème central de ce numéro raconte longuement trois histoires diamétralement opposées, autour d’un principe de survie élémentaire qu'on a tendance à négliger : le courage.

Celui d'un Noir-Américain libéré de 26 ans de prison après avoir été innocenté, le parcours de 'l'ex-immigré algérien de France ou touriste' qui sauva le Président en 2002, ou encore l'unique criminaliste exerçant au Salvador, pays au nombre de meurtre quotidien record.

Variations sur un même thème, pour montrer que le courage a maintes occasions d'avoir cours, et pas nécessairement dans les plus graves moments.   

 

Une inspiration encourageante qui résonne étonnamment synchrone avec le formidable élan de ces vers d'un certain Yeghiché Tcharents, découverts sur la page dédiée au mois de décembre 2012 d'un banal calendrier le mois dernier:   

   

Décembre 2012(traduction JH janvier 2013)  

     

Pareillle à un énorme disque de fer

La vaillante volonté de nos innombrables frères,

Universelle –

Nous nous sommes déjà lancés avec un gigantesque élan

Vers les jours venteux à venir,

Vers - le Futur…

 

 

 

Plutôt pas mal pour un début d’année où il faut continuer d’avancer quoiqu'il arrive. Lors donc,

 

Meilleurs voeux de courage à tous pour 2013

 

 

(Pour prendre connaissance du poème in extenso dont ces vers sont la chute, se reporter au billet suivant de ConnexionsS, lecture étonnamment moderne pour une œuvre de 1918). 

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:08

 Difficile de trouver moment plus à propos pour la sortie de ce film, tandis que la tonitruante loi pénalisant les négationnismes enchaîne les péripéties nauséabondes. Contre l’indifférence passive et généralisée, Le Fils du marchand d’olives dénonce pour sa part avec créativité, intelligence et entêtement, un négationnisme institutionnalisé, toujours trop lourd de conséquences.

 

Anna sur les ruines d'Ani


ConnexionsS vous faisait découvrir l’an dernier ( ici et  ), ce film de Mathieu Zeitindjioglou, particulièrement bousculant par sa démarche artistique, personnelle mais aussi citoyenne, surprenante et totalement inédite à tous points de vue.

 

L’originalité du discours et de sa forme ouvrait en effet de nombreuses perspectives à l’Arménien bizarrement enraciné en diaspora, mais aussi à tout être humain réceptif à la question de l’identité malmenée (voir encadré sur le film, de  notre billet d'avril 2011).


Anna et Mathieu Zeitindjioglou UGAB Paris

Or voilà qu’après avoir concouru et brillé dans de nombreux festivals de par le monde, ce film auquel seuls ses auteurs croyaient arrive finalement sur les écrans, fort de l’accueil largement positif reçu à chacune de ses projections.


Dans cette œuvre particulièrement mordante et en même temps sensible, Anna et Mathieu Zeitindjioglou ont en effet mis à jour avec un dynamisme qu’on ne concevait plus, les nombreuses contradictions que vivent, aujourd’hui encore, l’Arménien de diaspora mais aussi la Turquie, entre rejet d’un passé si lourd, négationnisme et poids du déracinement.


Il ne faut donc pas s’étonner de son passage remarqué dans les festivals, et les nombreux prix qu’il y a récolté (voir encadré Prix et festivals), en suscitant parfois des débats particulièrement constructifs.

A Bruxelles par exemple, sa projection à un festival du film juif a en effet donné lieu à un débat particulièrement riche avec un historien faisant notamment le parallèle entre le négationnisme actuel de la Turquie, et celui que la Pologne a longtemps pratiqué vis-à-vis de la Shoah. 


Comparativement à l'adhésion totale et l'enthousiasme entreprenant qu'il a ainsi généré partout ailleurs, en France, et c’est là que le bât blesse, malgré les réactions tout aussi positives du public français, il semble y avoir eu un blocage tant sur la thématique que sur la forme du film. Et puis finalement « ils ont commencé à réagir quand le film a reçu des prix en festival ailleurs qu’en France » constate le réalisateur.


Anecdote pas si anodine qu’il n’y paraît, le festival international du film d’éducation d’Evreux a battu le chaud et le froid en l’espace de deux jours aux auteurs du film. En effet : acclamés le jour de leur arrivée et lors de la projection, le couple Zeitindjioglou s’est vu ignoré le lendemain. Sorte de black-out incompréhensible.

 

En fait, à l’exception d’une réaction excessive de la part d’un professeur de français qui a vu le film comme une insulte à sa turcophilie (ce qu’il n’est pas en réalité), l’adhésion au film était unanime mais non assumée. Manifestement le sujet dérange, pour diverses raisons : assimilation trop rapide à un militantisme pro-arménien, ou à une rhétorique d'extrême droite hostile à la Turquie. Un autre professeur allait même jusqu’à avouer au réalisateur que malgré sa qualité, elle n’oserait pas diffuser le film dans son établissement où se trouvait nombre d’élèves turcs.


Sans en tirer de conclusion hâtive, on y voit en tout état de cause le symptôme d’un manque de courage patent, malheureusement trop répandu dans les médias français selon Anna qui ne se contente pas de s’en désoler. Elle s’en révolte encore aujourd’hui avec la même vigueur, elle, la Polonaise qui a ouvert les yeux de son mari sur les origines de son nom alambiqué et si difficile à porter.

 

Pour rappel, Zeitindjioglou - quatorze lettres, un double scrabble - signifie en turc ‘le fils du marchand d’olives’ et donne en outre la circonstance fort délicate pour un descendant d’Arménien d’être confondu avec le peuple de ses bourreaux !

 

L'arrière petit-fils du marchand d'olives...


Une injustice patente qui explique pourquoi ce couple attachant, qui ne connaissait pas plus que cela les Arméniens de France et leur histoire, s’est intéressé à la question. Résultat : en se rendant carrément sur place, au cœur même de la Turquie profonde, ils ont décortiqué avec une justesse et une pertinence remarquable la mécanique absurde d’un négationnisme institutionnalisé.


Aucun producteur n’ayant souhaité se lancer dans l’aventure, le pari était loin d’être gagné. Pourtant, sur ces bases saines et solides, le film de ce périple intense a réussi et même confirmé l’essai, à chaque projection et dans les nombreux festivals où il a été sinon primé, du moins largement applaudi.

 

 


Une sortie à point nommé


Tout un programme qui viendra peut-être, on l’espère, contrecarrer la pente glissante que prennent aujourd’hui certains contradicteurs d’une loi pénalisant les négationnismes, et qui n’a pas fini d’être chahutée. Si le principe d’une telle loi peut être sujet à discussions, il n’est en effet pas normal qu’il aboutisse à remettre en doute le négationnisme de l’actuel Etat turc, et en fin de compte la réalité même du génocide. Un négationnisme qui n’a d’ailleurs pas manqué de s’exprimer insidieusement à l’occasion de ces débats.


L’actualité offre bien souvent de ces convergences étranges. Alors que les revendications arméniennes se trouvaient donc chaotiquement propulsées au gré d’une des dernières sorties choc d’un Président en campagne, Le fils du marchand d’olives avançait lentement mais sûrement sur le chemin d’une reconnaissance grandissante en dehors des frontières.

 

Il viendra sans doute à point nommé apporter un éclairage tout en finesse et percutant, lors de sa sortie sur grand écran. L'information est donc à diffuser largement et rendez-vous est pris dès le 11 avril prochain, pour au moins maintenir ce film en salle le plus longtemps possible, et contribuer ainsi à ne pas laisser s’enterrer une histoire déjà trop malmenée.


 

 

Nouvelle bande-annonce


 

Sélections en festival et prix reçus

Prix spécial du jury à Yerevan  / Reanimania international film festival 2011 (festival du film d’animation)

Mention spéciale du jury à Los Angeles au Film & script festival 2011, ainsi qu’au Movie Awards 2011.

IMAJ 2011 Bruxelles / Festival au fil du temps

ADAA Film Festival Boston 2011

Lasalle Festival international des films indépendants 2011

Prix du meilleur documentaire à Toronto / Pomegranate film Festival 2011

Faito Doc / Festival 2011

 

Sélection officielle : au festival Doc Miami 2011, au festival Golden Apricot 2011 de Yerevan, au festival international du film d’éducation d’Evreux, et à l’Etoile francophone 2012.

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 19:19

Astuce imparable pour s’en sortir quand on est très en retard – mais alors vraiment très en retard – pour envoyer ses vœux de la nouvelle année : penser au calendrier chinois !


Par exemple cette année, et même en plein mois de février (voire mars pour d’autres années), vous auriez pu souhaiter rien moins qu’une formidable année du dragon.

 

Almanach chinois de la chance 2012


Impressionnant et définitivement plus original que les incontournables ‘season’s greetings ‘ de début d’année, n'est-il pas ?


C’est de plus toujours très agréable à recevoir, et permet même à certains de découvrir un pan des plus folklorique de l’honorable et millénaire culture chinoise. Après tout l’avenir étant fort probablement aux Chinois, autant commencer à s’adapter.


Cette nouvelle année a donc débuté le 23 janvier pour les Chinois de toute la planète, et est placée sous le signe redoutable du dragon. Animal légendaire s’il en est, jusque dans nos contes les plus éculés en bonne vieille Europe.


Apparemment pour les Chinois, plus il fait peur dans les défilés, mieux c’est !

 

Danse du dragon à Paris

Aperçu lors du désormais traditionnel défilé de nouvel an chinois

 à Paris le 29 janvier dernier.

 

Pour en savoir plus sur les croyances associées à cette fantastique création de l’imagination, et savoir ce qui caractérise cette année sous le signe d’un si puissant symbole, rendez-vous sur le net (par exemple ici vite fait).

 

Mais l'on vous suggère plus fortement de savourer un exemple de l’intensité qui peut caractériser l'année, sur cette stupéfiante petite vidéo :

 

 

 

Un échange incroyablement vif et long de volley-ball, dans les équipes féminines de  TianJin et de l’armée chinoise justement.

Un modèle de combativité s’il en est, à prendre pour exemple...


Que la puissance du dragon soit donc avec vous pour 2012 !

2012 Dragon

 

PS : L’intensité de cette année du dragon a d’ores et déjà frappé pour ConnexionsS qui n’a malheureusement pu faire face immédiatement. Milles excuses pour ce silence radio ! Non que les connexions manquaient, c'est plutôt le contraire, il y en avait peut-être juste un peu trop en réalité. A très vite donc, pour une déferlante de ConnexionsS en tous genres…

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 21:27

Depuis sa naissance jusqu’à ses transformations, la ville réserve bien souvent un spectacle presque aussi prodigieux que celui de la nature. Illustration à Boulogne-Billancourt et sa fameuse île Seguin, dans l’une des premières boucles que la Seine forme en sortant de Paris, pour aller rejoindre la mer à l’ouest.


27- Vu depuis l'île, le nouveau quartierVu depuis l'île Seguin, le nouveau quartier Rives de Seine (zéro trucage)
 

Depuis l’essor de l’industrie Renault jusqu’à l’installation du Cirque du Soleil, l’île Seguin à Boulogne-Billancourt a en effet toujours de quoi surprendre.


Après la foire d’empoigne qui s’est jouée autour du destin de ces terrains Renault, siège emblématique de la marque nationale, place à l’époustouflant et lucratif projet de nouveau quartier des Rives de Seine dont les premières constructions ont vu le jour dans les années 2000.


En pleine pénurie de terrains, la reconquête de cette immense friche industrielle de près de cent hectares, quasiment au portes de Paris, a forcément attisé toutes les convoitises.


16- Trace du passéCelle du propriétaire d’abord : après avoir éloigné ses implantations de Paris pour mieux assurer son développement, Renault cherche à valoriser au mieux ces terrains.

Une valorisation en termes financiers pour en tirer le meilleur prix bien sûr, mais aussi en termes d’image. La qualité du projet qui naît ici sera en effet toujours associée à la marque, car il s’agit de ses terrains d’implantation historique.

 

L’ampleur industrielle qu'ils avaient prise (depuis l’installation en 1898/1902, et jusqu’à la désaffectation de l’usine qui couvrait l’île en 1992) en avait fait autrefois déjà, une ville même dans la ville.


Convoitise aussi des élus municipaux et de tous les acteurs publics locaux, évidemment intéressés à la reprise en main de terrains qui recouvrent près de 10% du territoire de Boulogne-Billancourt, ville de 113 000 habitants aux portes de Paris.


Convoitise des promoteurs ensuite, qui se sont empressés de faire signer des promesses de vente à Renault, et qui se sont imposés comme partenaires obligés des projets de la SAEM, société d’économie mixte créée par la ville pour piloter l’aménagement public de ce vaste chantier.


Résultat aujourd’hui, un bon tiers du projet Rives de Seine, ainsi nommé car il ambitionne de reconquérir les rives du fleuve, est désormais visible et sorti de terre, avec pour vitrine de choc le recyclage high-tech de l’île Seguin.


D’île-usine à elle seule, la friche industrielle de l’île Seguin est entièrement repensée en centre culturel international innovant, sous la houlette de l’un des architectes les plus tendances de ces dernières années : Jean Nouvel.

 

28- P1000456Vue de l'île Seguin et du quartier depuis le nouveau pont piéton


Au programme d’aménagement de l’île : un jardin public paysager, le siège de l’association Cirque en chantier de Madona Bouglione, des pôles culturels et de loisirs, un projet d’ensemble musical du Conseil Général… Tout un programme, régulièrement sujet à rebondissements politiques (aperçus ici et ), mais qui veut faire évoluer un véritable symbole ouvrier de l’ère industrielle française, en vitrine de la culture française de plus haut niveau, et d’avant-garde s’il vous plaît.


A noter également l’effort de préservation de la mémoire qui intègre au projet le maintien de certaines constructions emblématiques des anciennes usines : le bâtiment Pierre Dreyfus (ex « bâtiment X ») et la cabane de Louis Renault, les ponts Daydé et Seibert, la « porte Jules Guesde », les frontons de l’île Seguin, le mur de l’Artillerie…

 

07- P1000387

Il y a évidemment de bonnes intentions dans ce projet, et heureusement qu’un lieu chargé d’une histoire collective si exceptionnelle ait pu inspirer de belles idées. Pour l’instant néanmoins, une simple ballade dans les environs montre que les rives de Seine sont surtout ouvertes à la circulation automobile pour accéder aux voies sur berges de Paris, les fameux quais bien pratiques pour traverser la capitale (voir l'album photo de cette ballade  ici).


On y sent partout la zone de transition très désertique, hétéroclite et parfois peu rassurante, qui se maintient au bord de grands chantiers en cours. De fait, sur les bords de Seine, le piéton se perd facilement.


Quelques péniches sont amarrées autour de l’île, au bas de quais qui les cachent à la vue. A part quelques pêcheurs, des marcheurs originaux, joggeurs, et des familles désorientées par l’ancien pont bleu des usines Renault de l’île, pas vraiment de piétons sur ces quais. Il faut dire que rien n’est prévu pour eux ici, en tous cas pas pour l’instant.

 

15- P1000418

Le spectacle de spectateurs du Cirque perdus sur ces quais routiers faces à l’île Seguin, est en tous les cas assez insolite : imaginez plutôt les parents avec enfants de tous âges, hésitant dans des no-man’s land dignes des décors de films policiers…

 

C’est que le plus court chemin pour arriver au grand chapiteau du Cirque du Soleil est visuellement le Pont Daydé qui menait à l’usine de l’île (le pont bleu suspendu, préservé dans le projet d’aménagement). Un vrai pont de travailleurs, devenu illusion pour des spectateurs !

 

01- Vestiges d'industrie et Cirque du Soleil


Le célèbre cirque de Guy Laliberté s’est en effet installé sur l’île, à deux pas de la géante porte de l’ancienne usine, elle aussi muséifiée, pour proposer son spectacle Cortéo depuis le 4 novembre dernier, et jusqu’à début janvier encore. 

 

Voilà qui fait entrer dans les esprits la possibilité de franchir le pont et de visiter l’île. Bonne idée pour faire venir le public certes, mais il reste juste à aménager la suite pour continuer le parcours.

A suivre...

 

26- Sur l'île

Sur l'île Seguin, en route pour le cirque, en passant par le jardin paysager

 


Photos JH décembre 2011 (voir l'album Boulogne-Billancourt, île Seguin)

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:00

Le constat est certes macabre mais bien réel : rien de tel qu’un décès pour amplifier une légende. Or le fond de vérité des légendes est toujours plus mitigé que leur patine mythique.

 

Double illustration ce mois-ci avec une nécrologique concomitance, et non des moindres, pour deux grands noms au succès planétaire : Steve Jobs et Göksin Sipahioglu, respectivement fondateurs d’Apple et de l’agence de photojournalisme Sipa Press, se sont tous deux éteints le cinq octobre dernier.

 

Courbe de succès déclinante et âge avancé aidant pour l’un (Sipahioglu avait 84 ans et depuis qu’il a vendu Sipa Press en 2003, l’agence n’a plus le prestige de ses années les plus folles), on a davantage entendu parler de Jobs, plus précocement décédé à 56 ans, au moment où Apple semble à son apogée.

  Steve jobs

 Steve Jobs présentant l'i-pad 

 

Coïncidence nécrologique surprenante, pour les personnalités tout sauf banale de ces fondateurs zélés et exubérants de charisme chacun en leur domaine. Animés d’un feu hors du commun pour sortir des sentiers battus, ils étaient tous les deux connus pour s’acharner là où personne d’autre n’allait, avec une audace effarante, et récoltant un succès tel qu’on en a fait des légendes.

 

Evidemment, ce qu’on entend moins lors des oraisons funèbres, c’est le revers de ces réussites spectaculaires.

 

Dans le domaine du photoreportage, l’obsession du scoop à tout prix de Sipahioglu avec Sipa Press, a sans doute poussé à la surenchère de l’image et son exploitation outrancière, loin du simple témoignage que la discipline visait par nature.

 

Sipahioglu devant l'une de ses plus célèbres photo (mai 6

Sipahioglu devant l'une de ses plus célèbres photos de mai 68

 

Il est d’ailleurs significatif que Sygma et Gamma, les autres plus grandes agences de photoreportage parisiennes, à l’aura mondiale et créées à la même époque que Magnum qui survit encore, ont toutes été rachetées depuis lors par les multinationales vampirisantes.

 

Sipa avait été la dernière à résister au rachat, et encore l’agence avait-elle dû pour ce faire, frayer avec la télé-réalité, et investir le champ beaucoup moins glorieux des people.

 

Le côté un peu voyou pour attraper le scoop, collectionneur de femmes, et peu regardant pour respecter les règles françaises du droit du travail envers ses salariés, étaient aussi les autres traits marquants de l’oriental Sipahioglu, par ailleurs très apprécié dans la profession pour son culot. Le prix du succès ?

 

john-lennon-yoko-ono-01

Yoko et John Lennon à Paris, immortalisés par Sipahioglu 

 

Quant à Steve Jobs, sa ténacité était intarissable, voire outrancière au point de le faire virer de sa propre boîte en 1985 par le commercial qu’il avait lui-même débauché de Coca-Cola, pour cause d’entente devenue incompatible au sein du groupe.

 

Apple est aussi un empire qui s’organise fondamentalement sur l’enfermement du client : les produits de la marque sont les seuls compatibles avec les logiciels et autres applications gadget de la série des i (i-pod, i-tunes, i-phone, i-pad).

 

Le nouvel album de Björk utilise déjà cette tendance à l’avant-gardisme et prévoit une nouvelle manière de découvrir la musique de l’extra-terrestre chanteuse islandaise, avec l’application pour i-phone et i-pad de Biophilia

 

Biophilia Björk

 

Mais si Jobs a contribué à rendre possible la présence d’un ordinateur personnalisé chez tout un chacun, c’est donc aussi en recherchant sciemment cet enfermement des utilisateurs.

Le succès sourirait-il à ceux qui sont toujours dans le too much ?

 

Hommage Commercial FNAC

Hommage marketing de la FNAC au lendemain du décès de Jobs

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 21:53

Quel lien entre de jeunes judokas aujourd’hui et un peintre d’hier méconnu ? A priori pas grand-chose, si ce n’est leur actualité quasi concomitante qui donne beaucoup à penser.

 

Joeurs de tavlou et sculpture AslanianSculpture (maternité) et toile (joueurs de tavlous) - Jacques Aslanian

 

Il y a vingt ans, le peintre-sculpteur Jacques Aslanian décidait avec son ami graveur Jules Bonome, d’illustrer 24 fables d’Ésope. Écrivain grec de l’Antiquité à qui l’on attribue la paternité du genre de la fable, Ésope est l’auteur d’une multitude d’histoires courtes autour d’animaux, conclues par des moralités sur le monde des hommes. Jean de la Fontaine s’est inspiré de ces histoires universelles pour ses célèbres fables en vers.

 

Le loup et le renardLe lion, le loup et le renard / Gravure Jules Bonome

 

Initialement l’idée d’Aslanian et de Bonome devait être prise en charge par l’Imprimerie nationale, mais le projet avait disparu aux oubliettes avec le rachat de l’immeuble parisien de cette institution nationale en 2003 par le groupe américain Carlyle (les bourdes de l’Imprimerie nationale).

 

Finalement le livre d’artiste, illustré en noir et blanc par les deux amis artistes et réalisé en linogravure à 120 exemplaires, voit enfin le jour aujourd’hui, mais à titre posthume pour Aslanian, décédé entre temps (1929-2003). Étrange histoire que celle de ce peintre et sculpteur autodidacte, faussement basique et créateur d’un style unique en son genre.

 

Un portrait d'Aslanian au milieu de ses sculptures

Ses œuvres avaient très vite fait mouche auprès des professionnels dans les années 60, peu après ses premières expositions. Le célèbre marchand d’art Hervé Odermatt avait même pris sa production sous contrat un temps, jusqu’à sa rupture par l’artiste (découvrant que ses toiles n’étaient jamais exposées, il s’était fâché avec Odermatt).

 

Aslanian ne s’entendra d’ailleurs jamais beaucoup avec ce milieu, décidément pas le sien, et préférera rester dans son environnement modeste, pour se concentrer sur ses œuvres, puissantes et emplies d’une atmosphère dense… Il n’aura connu qu’une reconnaissance confidentielle de son vivant.


Son don résidait dans sa capacité à capter une ambiance, un vécu, puis à les restituer d’une manière telle qu’elle rendait la vérité profonde de ses personnages.

 

En un minimum d’éléments, souvent focalisés sur un ou une poignée de personnages, on ressent comme une évidence ce qui se joue sur la toile. Le plus souvent c’est un monde arménien caractérisé par une vie laborieuse, en errance et déconnectée du présent, dans l’exil post-génocide. C’est l’alliage de ses traits et son travail inédit sur les matières qui rendent tout cela.

 

Dans un autre genre ses sculptures, généralement autour des maternités ou des animaux, semblent directement nées d’une terre nourricière bienveillante, et ont un effet apaisant.

Musique de là-bas


Si Aslanian avait décidé d’illustrer les œuvres d’Ésope, c’est que ses fables toutes simples mais pleines de sens, tenaient lieu, pour lui qui avait quitté l’école à 12 ans, d’éternel maître d’école pour comprendre le monde. Un monde dans lequel il vivait, au milieu des petites gens d’Alfortville où il était né, mais dont il se mettait aussi à la marge, pour l’observer et le raconter, lui qui ne savait pas l’expliquer en mots. « Je sais pas expliquer, alors je fais ça. »

 

Gravure Esope & toile tv

Quelques oeuvres : page du livre illustré et toile

(présentation du 9 juin 2011)


Mais souvent au détour des quelques mots qu’il a consenti à lâcher devant une caméra, pointe l’originalité de son regard : l’école il la quitte très tôt par rejet du « monde de fou des adultes », « Parler ? Je ne sais vraiment pas ce que je peux dire… y a tellement de bavards. ».


Croquis des débutsDe sa vie mystérieuse, à la fois recluse et présente au monde, une chose est sûre, c’est que l’exil de ses parents rescapés du génocide aura scellé le destin de cet artiste pas bavard.

 

Ses parents ? «  Ils venaient des montagnes d’Anatolie, ils avaient les pieds sur terre et la tête au ciel. Quand ils sont arrivés en France ils ont perdu la tête… ».

 

Après la mort de sa mère dans les années soixante, Aslanian vivra d’ailleurs avec son père, qui n’a jamais appris le français, ne savait rien faire tout seul dans sa maison, et qui sera toute sa vie inadapté à la vie ‘moderne’ en France.


La compagne qui a partagé son quotidien durant les quinze dernières années de sa vie, s’attache aujourd’hui à mettre en avant l’œuvre de cet artiste. L’objectif peut sembler quelque peu dérisoire quand le principal intéressé n’est plus. Et pourtant tout le monde s’arrête devant les œuvres d’Aslanian.


Tout simplement parce qu’au fond elles renvoient à ce que l’humanité a d’universel : par exemple ce qu’il advient quand elle a perdu ses repères, et ne sait comment composer avec son présent.

 

Portrait d'Aslanian Père

Portrait d'Aslanian père - Jacques Aslanian

 

Dans les dernières années de sa vie les toiles d’Aslanian sont plus lumineuses, plus porteuses d’espoir. Les vieilles grands-mères arméniennes qu’il savait rendre dans leur moindre ride significative, font place à des jeunes filles debout qui font face de toute leur vigueur tranquille, au peintre, au monde, et à nous qui les observons.


Bref c’est un exemple frappant parmi d’autres, de ce qu’il advient ici, de ces Arméniens exilés, ou descendants de ces exilés.


Et là-bas, au pays, qu’en est-il alors ?


Ce qu’on devient ici, ce qu’on est là-bas...


 

Là-bas on se bat, et on connaît les défaites ou les victoires qui vont avec.


Cette opposition entre ce vécu ici et celui de là-bas est frappante quand après Aslanian, on s’intéresse au séjour d’un groupe de jeunes judokas du Karabakh.

 

Venus en région parisienne à l’invitation du club sportif municipal de Clamart section judo, ils se sont entraînés avec les Français et ont participé au tournoi de l’Athlétique club de Boulogne-Billancourt et à celui du Kabuto 2011 de Clamart, l’un des plus importants tournois de judo en région parisienne.

 

L'équipe de choc du KarabakhL'équipe de choc du Karabakh - la seule fille n'est autre que la championne de judo d'Arménie,

également originaire du Karabakh

Photo Stepan Eolmezian / Comité de jumelage Clamart-Artachat


Quelques chiffres pour resituer leur visite : le Karabakh, cette République autoproclamée qui n’a jamais été reconnue sur la scène internationale, compte un peu plus de 140 000 habitants selon le bureau de la représentation du Karabakh aux Etats-Unis. C’est peu ou prou un tiers du nombre actuel de licenciés de judo/jujitsu de la Fédération Française de Judo (saison 2010-2011).


Pour rappel, la République du Karabakh est une région que ses habitants arméniens, soutenus par les forces armées de l’Arménie, ont arrachée de haute lutte à l’Azerbaïdjan après une guerre déclenchée par les exactions azerbaïdjanaises à l’encontre des populations civiles arméniennes.

 

Sans prétendre reprendre ici l’histoire de ce territoire et ses impacts complexes encore très importants actuellement, il faut surtout savoir qu’y vivre aujourd’hui est en soi un acte de résistance à l’annihilation à laquelle on a voulu condamner les Arméniens.


Faire venir des judokas de cette République dont l’avenir ne présente aucune garantie, et qui compte 250 licenciés à peine, est donc une entreprise audacieuse, généreuse mais aussi pleine de sens.

Drapeaux Arméniens et Karabakhtsi au Kabuto 2011 de ClamarLe drapeau du Karabakh (sous celui de l'Arménie),

au milieu de ceux des autres pays au tournoi de Clamart

 

Agés de 11 à 21 ans, ces sportifs qui pour la plupart n’avaient même jamais vu la capitale de l’Arménie, sont venus grâce au comité de jumelage de la ville de Clamart (jumelée avec la ville arménienne d’Artachat), mais aussi et surtout grâce à des passionnés de judo qui n’attendaient que de les accueillir.

 

Alliance Meudon - Artsakh au tournoi de l'ACBBAlliance AS Meudon/ Artsakh - au tournoi de l'ACBB

(où évolue Thierry Fabre, numéro 3 mondial)

Photo Stepan Eolmezian

 

C’est ainsi que les Français ont découvert une équipe, peut-être pas de très haute taille comparée à leur partenaires français du même âge, mais brillante de ténacité et d’efficacité sur les tatamis. « Ba vonts ! Un sportif qui ne vient pas pour gagner est déjà dans l’erreur » rappelle leur entraîneur, interrogé sur la teneur de ce séjour d’échange, de sport et de respect intense, code moral du judo oblige.

 

De l’avis général, Philippe Tedo en tête (Président du CSM Clamart Judo qui compte 545 licenciés à lui seul) : des judokas redoutables. Une équipe de choc qui attend d'ailleurs impatiemment d'accueillir désormais ses homologues français au Karabakh même.

 


Qu’en conclure ? A chacun de voir.

 

En tous les cas, continuer ici ou rester là-bas, aucun destin n’est paisible : partout la vie est un combat qu’on perd ou qu’on gagne parfois, mais où l’espoir d'une éclaircie semble souvent venir de l’échange avec l’autre.

Sans l'amitié de Jules Bonome, les fables qu'il a illustrées avec Jacques Aslanian n'auraient jamais vu le jour. Et en région parisienne, les judokas français et arméniens n’avaient pas forcément besoin de traducteurs pour se comprendre : sur le tatami les termes techniques du judo sont les même pour tous.

 

Philippe Tedo président du CSM Clamart et Ivan Azizbekyan

Philippe Tedo (Président du CSM Clamart judo) et Ivan Azizbekyan (entraîneur de l'équipe du Karabakh)

 

 


 

 

24 Fables d’Ésope, illustrées par Jacques Aslanian et Jules Bonome, a été présenté en avril et juin dernier.  Ce livre d’artiste est disponible auprès de Jules Bonome (julesbonome@free.fr 150 €).

Les judokas du Karabakh étaient en région parisienne du 27 mai au 6 juin dernier.


Deux sujets à paraître dans le prochain numéro de France-Arménie (juillet 2011)

« Jacques Aslanian, entre les mots et l’art ».

« Judokas du Karabakh, des graines de champion à Paris ».

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 20:32

Difficile de prétendre innover sur le sujet Hrant Dink. Depuis les trois balles tirées à bout portant à sa tête, par derrière, un matin en pleine rue devant les locaux de son journal à Istanbul, son nom est rappelé à qui mieux mieux par les Arméniens dégoutés du négationnisme éhonté de la Turquie, mais aussi par les Turcs eux-même, quand ils prêchent pour une meilleure démocratisation de leur pays, avec un discours plus ou moins clair sur le génocide arménien.


 

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  Hrant Dink

 

Pourtant, on ne peut laisser passer le mois de janvier sans ressentir l’obligation d’évoquer les suites de cet assassinat, toujours lourd de sens et de contradictions aujourd’hui.


De par le monde on organise désormais moult conférences et commémorations autour de l’anniversaire de sa mort, le 19 janvier 2007. C’est presque devenu une tradition et nombreux sont ceux qui n’oublierons pas ce qu’ils faisaient le jour où ils apprirent la nouvelle de cette exécution violente.


Mais si ces commémorations sont toujours aussi suivies, c’est aussi parce que les préoccupations alors soulevées continuent d’avoir une actualité brûlante aujourd’hui.


Quatre ans après cet assassinat, on ne compte plus les communiqués de Reporters Sans Frontières qui condamnent les iniquités du procès de l’assassin, toujours en cours, et alors même que les vrais commanditaires du crime sont loin d’être inquiétés. Prochaine audience le 7 février 2011.


La Cour Européenne des Droits de l’Homme vient aussi de condamner unanimement et à plusieurs titres la Turquie : pour la passivité coupable des autorités de police turques, probablement impliquées dans l’assassinat même, et l’iniquité de l’autorité judiciaire dans la conduite du procès des assassins.

Comble de l'ironie, c'est Dink lui-même qui avait saisi cette Cour Européenne huit jours avant sa mort car il se sentait menacé...


Dans son édition du 20 janvier dernier, le quotidien Le Monde accueillait aussi dans ses pages un appel de l’AFAJA (Association française des avocats et juristes arméniens) réclamant justice pour Hrant Dink, avec force signatures des plus hautes personnalités des barreaux parisiens et bruxellois, mais aussi de nombreux autres avocats, journalistes, philosophes etc… touchés par le destin de cet orphelin de Turquie qui a su rallier la famille de tous ceux qui partagent ses idées humaines.


Quatre ans après on en est toujours là : ce que représentent Dink, son discours et son impact, a dépassé le cercle arménien. En cela c’est déjà chose rare, les Arméniens ayant été plus habitués à une cause longtemps demeurée confidentielle, brandie par d’autres Etats avec hypocrisie, plutôt qu’à une reconnaissance sans équivoque.


Dans une Turquie qui peut présenter à la fois un visage moderne (Istanbul était capitale européenne de la culture en 2010), tout en faisant le culte d’un nationalisme officiellement assumé, l’histoire de Hrant Dink révèle, encore aujourd’hui, une situation des droits de l’homme toujours préoccupante pour ce carrefour de continents et de mentalités si différents.


Par ailleurs il fallait une telle personnalité (et peut-être une telle mort aussi malheureusement ?) pour que les Arméniens marqués par un passé horrible, adoptent une attitude moins gonflée de certitudes vis-à-vis de cette Turquie du présent.


En effet ce que Dink s’époumonait à expliquer de son vivant depuis ce pays où il vivait n'était pas si bien accueilli par la plus grande partie de la diaspora. Celle-ci préférant diaboliser systématiquement un Etat et son peuple qui, en plus de continuer à profiter des conséquences d’un génocide, s’échine toujours à le nier catégoriquement.

 

Interview de Hrant Dink en 2005

par Frédéric Mitterand pour TV5 - émission "24H" en Turquie


Mais, plus respecté après sa mort martyre et le retentissement qu’elle continue d’avoir en Turquie et dans le monde, le discours nuancé de Dink semble devenu, petit à petit, plus audible par les Arméniens de diaspora.

Par exemple il n’est plus si rare aujourd’hui de voir certains d’entre eux se  lancer dans une incursion vers ce pays, chose inimaginable jusqu’à il y a peu pour les descendants des exilés de cette terre où fût perpétré le génocide. Encouragés par l’attitude de certains Turcs reconnaissant désormais publiquement le génocide, ils y vont maintenant, et partent à la rencontre.


On le sait car on voit et lit de plus en plus souvent le récit de  ces voyages, où souvent ils s’étonnent de ressentir dans ce pays longtemps haï, une familiarité difficile à concilier avec le négationnisme ambiant.


De son côté ce négationnisme inculqué depuis toujours finit par être questionné de l’intérieur, à force d’entendre tout ce qui se dit à l’extérieur. Le doute pointe même parfois, allant jusqu’à imposer un revirement progressif, même si le plus souvent il est rejeté car trop lourd de conséquences. C’est aussi plus confortable de nier et d’ignorer, comme le fait la majorité depuis si longtemps.


Néanmoins après Hrant Dink, les contradictions violentes cohabitent, forcément, de manière plus visible. Ce n’est clairement pas facile, ni même naturel après un tel passif, mais petit à petit les tentatives pour simplement se comprendre, apparaissent. Car qu’on le veuille ou non il y a bien une histoire commune.

 

"Agos" titre du journal fondé par Dink, signifie "sillon" en arménien.

Un sillon, l'autre voie qu'il tentait de suivre, qui se tracait bien laborieusement, mais au moins au niveau des individus,  se devinait l'espoir que cette histoire commune aspire à être pacifiée.  Même si frêle, cet espoir s'est vu concrétisé plus souvent, et c'est  déjà un début d’amélioration auquel Dink aura apporté une contribution plus que certaine.

 

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 21:00

journauxQue pensiez-vous le jour où les quotidiens gratuits ont débarqué ?


La nouveauté avait fait beaucoup de bruit, et la variété des réactions possibles était impressionnante d’amplitude : des plus enthousiastes jusqu’aux plus réfractaires, on entendait de tout, sans trop savoir qu’en retenir, si ce n’est la crainte majeure de voir parachever la fin de la presse écrite et de son indépendance.

 

D’un côté, on appréciait la possibilité totalement gratuite de s’informer rapidement et simplement sans effort durant son trajet quotidien. De l’autre, on pouvait légitimement se demander ce que serait la fiabilité d’une telle source d’informations. Sans ressources autres que la publicité, le gratuit semblait à la merci des appétits de tous les communicants qui (sur)peuplent notre environnement.


Entre les deux, la gratuité aidant, le porte-monnaie des usagers n’a pas balancé longtemps. Après Metro, d’autres quotidiens gratuits ont vu le jour (20 minutes, Direct Soir, puis Direct Matin). Même gratuits, tous ces titres se bagarrent la préférence des voyageurs, au point qu’en certains lieux le titre pionnier ait quasiment disparu.

 

Guerre-des-journaux--Laurent-Gillieron---Keystone-.jpg


On assiste aussi souvent à l’habitude de certaines âmes charitables du petit matin, très souvent des retraités, qui viennent prendre un bon tas de « gratuits », pour apporter les numéros à leurs copains de maison de retraite, ou autres collègues moins chanceux quels qu’ils soient, mais qui ne prennent pas les transports publics tous les matins.


Mais le choix et la concurrence n’est pas toujours là, et dans certaines gares où seul un titre est présent chaque matin, il n’est pas rare de voir toute une série de voyageurs en attente, plongés en même temps dans le même journal. L’effet est saisissant : imaginez une station où juste parce que tout le monde lit la même chose, vous vous surprenez tout à coup à vous demander si vous n’êtes pas tombé sans le savoir dans un totalitarisme muet.


Le gratuit devient donc forcément un mode de diffusion redoutable pour tout communicant qui se respecte, et on ne doute donc pas un seul instant qu’il soit utilisé pour servir bien d’autres desseins que l’information libre et indépendante.

 

 

Morceaux choisis


Comme tout journal leur lecture reste intéressante, et peut même inciter à se tourner également vers les journaux payants. Mais quand on n’a pas eu l’occasion de s’informer ailleurs, c’est forcément là qu’on trouve le plus facilement des messages particuliers dont voici quelques morceaux choisis parmi les numéros échoués dans un coin du sac, rescapés du jet à la poubelle après lecture.


26 novembre 2010,  cinglant dialogue des unes du Direct Matin avec « La France grelotte », mais « La pierre flambe ». Avec ce rapprochement de l’information sur une nouvelle hausse record du prix de l’immobilier à Paris, les conditions météo très tôt hivernales de 2010 prennent une autre dimension > Comprenez : la situation du logement aujourd’hui reste toujours préoccupante.

Dans ce même numéro, on passera allègrement du blues des cadres, au dernier ouvrage (Salut) d'Antoine Veil octogénaire mari de Simone Veil, sans oublier le tourisme en Israël où malgré les tensions politiques et religieuses « Jérusalem touche aussi bien les croyants que les non-croyants ».

 

3 janvier 2011, entre autres grosses actualités qu’on néglige sciemment dans la liste qui suit, le même quotidien présente :

- tout ce qu’il faut savoir sur la télévision numérique, car on y passe tous obligatoirement en mars > Où l'on se dit que les pouvoirs publics s’organisent bien consciencieusement pour que personne ne se retrouve sans télé… pas d’arrière-pensée ?


- les promotions au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur  pour Fadela Amara ( ex-secrétaire d’Etat à la Ville) et Christine Boutin (ex-ministre du logement – celle de la loi Dalo) > même si les affaires politiques de ces derniers temps ont eu tendance à rendre perplexe sur l’attribution de ces distinctions, les médailles ont encore de beaux jours devant elles,


 - en Iran, les amoureux et les commerçants n’ont dorénavant pas le droit de célébrer la Saint Valentin, pratique qui était devenue la mode chez les jeunes Iraniens, car « les Conservateurs jugent cette fête incompatible avec la culture islamique »…


pack-news-journaux- alors que le nouveau roman de Philippe Sollers, Trésor d’amour, fait de Stendhal en tant qu’auteur étudié, un personnage à part entière d’une histoire d’amour contemporaine, au point qu'on le cite pour dire que ‘L’amour a toujours été la plus grande des affaires, ou plutôt la seule.


> La perspective est assez amusante, mais en forçant le trait, on pourrait y voir un message subliminal du genre ‘Aimez-vous les uns les autres, faites bon usage de votre liberté en célébrant la Saint Valentin, et donc, Valentins et Valentines, consommez pour faire vos cadeaux’ 

 

 

En une du 11 janvier, on voit « De l’ordre dans les primaires » (pour la pré-campagne des socialistes en France), puis « L’ETA veut cesser le feu » (pour la trève annoncée des indépendantistes basques) > Ce qui peut donner un intéressant jeu de mots si l’on songe à remplacer ETA par… Etat !


En une du 18 janvier, les « Otages tués au Mali » (quand la France rend hommage aux ressortissants français), précèdent « Vente du rafale » (cet avion militaire français évoqué pour dire que la Présidente du Brésil reprend le dossier en main) > De là à y voir une application de la théorie du karma, pour lier la vente d’armes françaises à l’étranger en général et l’usage qui peut en être fait dans les pays acheteurs, il n’y a qu’un pas.

 

 

En fait on peut continuer longtemps ce genre ‘d’échos des actus’. Les exemples sont de Direct Matin parce que c’est celui qui domine là où je passe, mais dans tous les journaux les lectures peuvent revêtir de nouvelles dimensions quand on prend un peu de recul. C’est une chose normale quand ces liens existent au sein d’un même titre, c’est ce qu’on appelle la ligne éditoriale.

 

Obama-victoire-journaux.jpg

 

Mais quand les même messages (que ce soit les plus vendeurs, ou ceux que l’on veut faire entendre car on a les moyens de les rendre prioritaires) se trouvent relayés par la majorité des titres, et ceux qu’on trouve le plus souvent, on peut très rapidement façonner toute une tendance majoritaire. Celui qui en a les moyens guide alors cette tendance là où il veut…

 

Tout cela pour illustrer, encore une fois, ce pouvoir de suggestion de la presse. Il n’est pas inutile de marteler cette évidence, car elle est parfois si évidente qu’on s’y habitue au point de l’oublier. C’est bien confortable.

Alors que l’effort de chercher la variété demeure toujours un effort, à faire.


camus enavant (photo DR)

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 11:20

 

Pédagogie d'une expo-photos

 

Vernissage pédagogique, demain, de l'expo-photos "la France de Raymond Depardon", qui vient de s'ouvrir à la Bibliothèque Nationale de France (Site François Mitterand).

 

Le film de l'exposition, réalisé avec Claudine Nougaret, présente la démarche de ce photographe et réalisateur passé maître dans l’art du reportage, dont le parcours est jalonné de faits marquants et de prix divers (son nom est lié aux agences de photojournalisme Gamma dont il est le co-créateur, ou Magnum Europe dont il devient le vice-président en 1981; pour en savoir plus, voir sa biographie).

 

affiche depardon bnf

 

 

Raymond Depardon a choisi d’observer ici, la France, avec une technique ancienne bien incongrue à l'ère des appareils numériques : une chambre photographique.

 

Cette technique encore utilisée aujourd’hui pour produire des clichés grands formats, lui permet après cinq années de pérégrinations, de nous rapporter aujourd’hui sa "perception intuitive", non figée, de l'identité française.

 

Résultat : des photos couleurs, grands formats, dont les couleurs et la lumière sont limpides et éclatantes, et qui se concentrent sur des lieux. Une « France des sous-préfectures » dont il s’est rendu compte qu’elle est finalement peu photographiée, et où volontairement, très peu de personnes apparaissent.

 

Des visions sur lesquelles on glisse en général, mais qui font bel et bien partie de notre quotidien, à tous. Une manière de dire, peut-être, que l’identité de la France ne tient pas seulement aux profils de ses habitants, mais englobe aussi ce qu’ils ont fait de leur territoire.

 

 

Pédagogie d'un manuel d'éducation civique

 

L’ambiance que suggère cette exposition se rapproche de ce qu’on observe dans la nouvelle édition du manuel Nathan d’éducation civique (2010), que des élèves de 5ème  découvriront en cette période de rentrée avancée.

 

Pour satisfaire aux exigences du programme officiel d’éducation civique (fixé par arrêté du 15 juillet 2008), les éditions Nathan ont choisi de faire d’une pierre plusieurs coups, avec la présentation de la démarche de changement de nom d’un Arménien de France.

  

  

Ed Nathan p24Ed Nathan p25

  

 

Cette démarche bien connue des Arméniens de France, leur permet de retrouver leur nom de famille originel : l’histoire leur a en effet souvent imposé d'y renoncer malgré eux. Renoncement imposé car ce nom marquait justement une identité jugée indésirable dans l’Empire ottoman puis dans la République turque.

 

Le cas présenté dans le manuel évoque ainsi la coexistence des diverses facettes de l’identité d’un citoyen français, né en Turquie, réfugié politique en France avant d’être naturalisé.

Après 30 ans en France, il a choisi de récupérer le patronyme arménien, Mardiryan, auquel son grand-père avait dû renoncer contre sa volonté dans la Turquie des années 40, pour celui de Silahli, plus « local ».

 

Cet exemple est assez intéressant car il illustre d’une part l’identité légale d’un individu, comment il apparaît « officiellement » aux yeux de tous dans un Etat de droit, et d’autre part son identité personnelle, autrement moins figée et qu'on peut d'autant moins encadrer.

 

Juste après cette illustration arménienne, le manuel présente le cas d’Aimé Césaire, homme politique et poète français, mis en avant pour son identité personnelle, multiple, et forgée par l'histoire française.

 

 

Tout cela pour montrer qu'il y a évidemment plusieurs identités selon l'angle où l'on se place. Mais tout aussi naturellement, aucune des identités n’empêche les autres d’exister, tant qu’on respecte les principes du savoir-vivre en société. 

  

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 17:00

 

En un jour de grève comme celui-ci, situation surprenante dans un établissement public d'Etat, tout ce qu'il y a de plus classique, et dont le siège social est à Paris : des salariés qui font grève et quittent leur poste pour aller manifester à Bastille, ne sont pas considérés comme grévistes.

 

Comment est-ce possible ?

 

Très simple : la direction des ressources humaines leur retire d'office pour cette demi-journée d'absence, une demi journée de RTT, congé ou heures de récupération. 'Au choix'.

 

Rien ne permet au salarié d'afficher son engagement et sa revendication, alors que cet affichage volontaire est à l'origine même de son geste.

 

Dans cet établissement la situation ne date pas d'hier, manifestement la pratique avait déjà cours depuis bien des années. L'habitude aidant, on ne s'en offusque plus, et pourtant cette pratique est finalement lourde de sens, notamment quand on sait que dans la bataille entre les chiffrages de la 'Préfecture' et ceux des grévistes, les données des entreprises sont un éléments pouvant faire foi.

 

C'est toujours bon à savoir (ou à rappeler) : l'information peut très simplement passer inaperçue par simple inertie.  

 

Cachez ces grévistes que nous ne saurions voir ?

 

Encouragement insidieux et 'inoffensif' à ne pas manifester ?

 

Manifestement... 

 

 

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Jilda Hacikoglu - dans Société
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