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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 20:27

Aussi lourd soit le ciel, un soir à Ménilmontant peut emmener à la fois très loin et très près, dans une ambiance qui semble capable de pacifier les mœurs du monde entier...

 

Le photographe Willy Ronis tombait amoureux de ce quartier en 1947, pour l’insouciance modeste mais infinie qu’il y trouve. Ses photos de Belleville-Ménilmontant paraîtront auprès des éditions Arthaud, accompagnées des textes de Pierre Mac Orlan en 1954.


1954-Belleville-Menilmontant-copie-1.jpg  1999-Belleville-Menilmontant.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard ce sera Didier Daeninckx, écrivain ami de Ronis, qu’on retrouve dans un ouvrage publié en 1999 par les éditions Hoebeke, pour accompagner ces photos d’une histoire de retrouvailles autour de ce quartier, et ainsi en raconter la légende. 

 

Les ateliers, les bistrots et les salles de bal d’alors ont laissé place à quelques petits commerces de pays des quatre coins du monde, des brasseries-café où il fait aujourd’hui bon se poser après la montée raide de la rue Ménilmontant, en attendant d’aller assister à l’un des spectacles, théâtres ou concerts donnés par les salles des environs, rues Boyer, de l’Ermitage ou du Retrait (voir ici les salles autour du Théâtre de Ménilmontant : http://www.cityvox.fr/salle-musicale_paris/theatre-de-menilmontant-paris/ProcheDe)

 

C’est dans ce quartier du XXème à Paris que Macha Gharibian présentait son album MARS jeudi dernier.

 


I’m not a dancer, I’m a human being, when moved by the spirit, I dance.

Je ne suis pas un danseur, je suis un être humain, quand je suis touché par l’esprit, je danse…

 

Ces vers du poète musicien William Parker ont inspiré le titre d’ouverture de l’album MARS : Ritual Prayer. C’est avec cette sacrée ouverture, et en particulier ces vers qui au fond résument tout à fait l’esprit de cette musicienne attachante, que le concert a commencé.


Dans une salle simple, accueillante et sans prétention, l’aimable poétesse du piano à la voix grave, a mené son public dans des paysages sonores bourrés d’émotions.

 

Dans ce périple un peu mystérieux, parce que c’est Macha, et sans doute parce qu’on est en France dans ce quartier typiquement parisien, les frontières habituellement querelleuses disparaissent étrangement.


 Mars studio Ermitage 2    Mars Studio Ermitage 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le phénomène se manifestait déjà juste avant d’entrer dans la salle, au milieu d’un auditoire qu’on sent divers, paisible et curieux. Au contrôle ensuite, quand un musicien originaire de Serbie, féru de musique turque, et dont il s’avérera plus tard que c’est le clarinettiste du groupe Slonovski Bal (écclectique et joyeux groupe balkanico-oriental)se fait un devoir d’accueillir avec quelques mots d’un turc hésitant mais correct, le visiteur dont le nom lui rappelle son hodja (maître) de clarinette. Tamam… Sirbistandan (d’accord… de Serbie).

Mais aussi quand Macha commente simplement, avant d'attaquer un nouveau morceau : ce n'est pas parce que je suis Arménienne, que je ne peux pas jouer un morceau azéri... (barraguel)

 

Alors Macha en concert a vogué tranquillement et a fait voguer avec elle, partout où elle se sent bien : le Kele Kele de Komitas, les Parmani et Oror de Khatchadour Avedissian sont les classiques arméniens qui, tout comme le Night Star de l’autre poète William (l’anglais Blake), l’inspirent pour la pousser vers ses propres compositions, définitivement entraînantes et qu’on espère encore nombreuses.


Mars Studio Ermitage

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 14:30

Les joies insolites de la plongée sous-marine, voilà un sujet de saison… Parce que le grand bleu est loin d'être uniquement synonyme du bien beau drame de Luc Besson, figurez-vous.


Mythique coccinelle du Grand BleuFiat 500 nuova, mythique, du film Le Grand Bleu

ici avec Marc Duret (alias 'Roberto, mio palmo') et Jean Réno (Enzo)


Même si pour des raisons de sécurité évidentes, nul n’est sensé être léger avec la technique subaquatique (en cas de pépin c’est tout bonnement la mort qui guette), la plongée offre largement de quoi raconter nombre d’histoires joyeuses décuplant l’effet euphorisant de cette activité.


Yeah signLe contraste humoristique avec le risque latent en devient d’ailleurs tout spécialement rafraîchissant, s’agissant d’une activité où c’est le plaisir, seul, qui pousse à s’aventurer si loin dans un milieu qui nous est si peu naturel.


Voilà donc un pêle-mêle de ces surprenantes, mais toujours généreuses, tranches de rires en bulles.


 

En numéro 1 le rappel fondamental : on voit plus gros sous l’eau. Ce qui engendre régulièrement de drôles de surprises sur la taille réelle des diverses choses qu’on trouve là-dessous : par exemple des yeux de Sainte Lucie (un coquillage) qui semblent rapetissés quand on les observe à la surface.


 

Ensuite vient l’adage selon lequel, ne l’oublions jamais : « on est beau on est des plongeurs !». Car bien évidemment en surface, il n’y a rien de plus ridicule qu’un humain prêt à s’immerger.

Equipé de sa combinaison, ses grosses palmes, sa lourde bouteille en sac à dos et l’énorme détendeur dans la bouche pour respirer, il devient impossible de reconnaître un ami plongeur d’un autre, ce qui vaut pas mal d’éclats de rires lors des premières immersions.


Qui est quiQui est qui ?

 

Exemple de dialogue de sourds quand un débutant demande à un autre: «  T’es avec quel moniteur toi ? ». Réponse inutile : « – Euh… Le mec là ! ». Le questionneur éclate logiquement de rire à cette réponse un peu paumée. Or tout le monde sait que rire avec un masque en position et le détendeur dans la bouche, c’est une certaine forme de sport, et le rire s’auto-entretient donc.

 

Bref, au-delà de la beauté des fonds marins, les joies de la plongée sont multiples et pas toujours là où on le pense :

 


> Un vocabulaire technique qu’on s’approprie très vite en le déformant :


Dive hard- le binôme est votre moitié sous l’eau, peut-être même plus que votre conjoint officiel, cet autre plongeur comme vous est là pour toujours garder l’œil sur vous et vérifier que tout va bien (en plongée, on est toujours le binôme de quelqu’un, sécurité et solidarité oblige). Assez naturellement d'ailleurs, le binôme a vite tendance à devenir un vrai pote en surface aussi.


- la stab est le gilet stabilisateur qui se gonfle et dégonfle pour assurer le niveau d’immersion désiré durant les évolutions sous l’eau.

 

- la palanquée désigne la poignée d'individus qui plonge ensemble lors d'une exploration, et qui restera groupée à la vie à la mort, jusqu'à ce que tout le monde remonte sain, sauf et heureux à la surface.


- l’octopus n’est pas un poulpe mais le détendeur de secours pour dépanner un binôme en difficulté.


- ou encore le visio-prout, ce néologisme humoristique dont l’homologation n’est pas garantie à l’heure où ses lignes sont publiées, désigne judicieusement l’appareil permettant d’épier depuis la surface (sur un bateau) le fond rempli de petits camarades plongeurs.

 


> Les histoires de plongeurs qui commentent les spots explorés avec des visions souvent inattendues, dignes des écrivains les plus inventifs, sont un must aussi.

Homme libre, toujours tu chériras la mer ! s'exclamait Baudelaire, car c’est une certitude que la mer inspire formidablement.


Par exemple, là-dessous, même un fond de sable et d’algues plat comme le plateau du Larzac peut devenir le décor d’un revival personnel de films tels que Matrix ou Spiderman : il suffit d’enlever ses palmes pour les caler sous le bras, ensuite c’est parti pour bondir et décocher des coups de poing ou de pieds ‘en plein vol’… Ce faisant il faut avoir en tête que les poids de votre équipement se chargent de toujours vous ramener en douceur vers le fond.

Archimède pratique, CQFD pour la démonstration d’inspiration.

 

Hommes GrenouillesUne fois, on a même croisé des hommes grenouilles


> Les épreuves des passages de niveaux ressemblent parfois à de mystérieux rites d’initiation primitifs.

Il en est par exemple ainsi de l’exercice d’orientation par rapport au tombant des reliefs présents sous l’eau, ou encore de l’épreuve du parachute. Comprendre : l’envoi depuis le fond d’une balise qui se gonfle et doit sortir bien verticale à la surface de l’eau (diverses significations selon ce qui est fait). Savoir le faire est indispensable pour avoir le niveau 2 (plongée autorisée au-delà de 20 mètres de profondeur, et jusqu’à 40 mètres).


A ce sujet, le commentaire  d’un moniteur sur sa palanquée d’aspirants autonomes de niveau 2 est édifiant : « Jamais vu un parachute lancé comme ça, il l’a envoyé direct torpiller la coque du bateau !».

 


Mammifères plongeurs en groupe sous l'eau> La faune des spots visités n’est pas toujours celle que l’on croit : le silence des grands fonds n’est parfois plus qu’un mythe en certains lieux spectaculaires.


En saison pleine, les grottes, canyon à la Indiana Jones, et autres spots poissonneux ou colorés deviennent en effet des curiosités subaquatiques aussi visitées et pleines de plongeurs qu’une station de métro.

 

 

 

> Les miracles de la communication sous l’eau, avec tous les signes officiels… et l’infinie variété de tous les autres 

Car en exploration il n’y a rien de plus amusant que communiquer ses impressions et réactions au  binôme ou à la palanquée, et il se trouve queplongeehumour2 justement, même harnaché et quasi-anonyme sous l’attirail technique qui vous protège, les faciès humains restent très expressifs.

 

Rappelez-vous alors l’effet grossissant de l’eau : la moindre mimique du visage ou clignement d’œil est un commentaire qui peut en dire long. Ce qui donne une idée du spectacle de ce mammifère 'plongeur', quand il évolue sous l’eau avec ses congénères .

 


> Les temps de dégazage se font naturellement à la surface, pour évacuer toutes les petites bulles d’azote accumulées dans votre organisme au fil des plongées, et vous interdisent seulement de prendre l’avion trop rapidement après votre dernière plongée.

La durée de votre dégazage varie selon la profondeur et la durée de votre immersion, mais ce temps s’apparente étrangement, en beaucoup moins douloureux, au dégrisement des lendemains de fêtes.

 

 

dauphin-bulles


En résumé, tant qu’on reste sérieux et prudent avec la technique ainsi que les règles de base, pur plaisir et multiples réjouissances sont au rendez-vous. Un vrai shoot des petits ou moyens fonds et surtout de bulles, qui donne souvent l’envie de retarder autant que possible la remontée à la surface. D’autant qu’à la surface vous retrouvez aussi la dure réalité du poids à l’air libre de votre combinaison gonflée d’eau de mer.


Mais en fin de compte, c’est comme les vacances : il faut bien en revenir pour mieux y retourner.


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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 15:20

 Il a coutume de se dire Antillais sur scène, Arménien dans la vie. De fait, celui qui se dévoile dans un nouveau spectacle tout en humour et légèreté, est loin de l’attitude profondément posée qu’il affiche en entretien.

L’Antillais et l’Arménien en lui ne sont alors pas forcément ceux que l’on pourrait croire... Rencontre avec ce métis-sage qui vous veut du bien.

 

Pascal Légitimus (photo Philippe Delacroix)Pascal Légitimus (photo Philippe Delacroix)

 

Dans votre spectacle vous revenez sur le proverbe africain ‘Si tu ne sais pas où tu vas, arrête-toi, et regarde d’où tu viens’. Savez-vous où vous allez Pascal Légitimus ?


 Oui… mon but est d’être humain. S’il y a un diplôme que je voudrais obtenir, ce serait celui-là, et non celui de metteur en scène ou autre. Globalement je pense avoir atteint la moyenne.

J’ai l’impression qu’on n’est pas plus heureux aujourd’hui qu’au Moyen-âge. Les gens sont névrosés et j’ai envie d’égayer tout cela, de l’arranger autant que possible avec mon humour et mon travail. Et je suis heureux quand avec ce spectacle, j’ai par exemple beaucoup de témoignages positifs d’enfants métisses.

 


 Qu’apprenez-vous quand vous regardez en arrière ?


Je ne regarde pas beaucoup en arrière. Je n’en ai pas besoin, car tout ce passé est intégré. J’essaie de vivre dans l’instant présent, et je suis assez conscient de ce que je fais, donc quand j’agis c’est mûrement réfléchi.

 


Quel a été le déclic pour créer ce spectacle maintenant ?

 

Il n’y a pas eu de déclic, c’était quelque chose de constant. Ayant toujours subi des brimades qui me faisaient sentir ma différence, il était évident que j’en parlerai un jour. Là je suis mûr, et le métissage est devenu quelque chose d’assez universel, Obama en est l’illustration.

Pendant des années j’ai pris des notes sur ma famille, il y avait quand même des choses très drôles. Evidemment je ne dis pas tout, mais la musique, la danse et la façon de faire la fête par exemple, très présents dans mon spectacle, sont ce qui peut parler à tout le monde.

 

 

Dans ce nouveau spectacle vous vous dévoilez aussi sur des sujets personnels. C’est courageux mais ce ne doit pas être facile de parler ainsi de soi…

 


Je déteste parler de moi, alors je me suis créé un personnage qui est toujours dans la légèreté, qui s’amuse. A la base je n’aime pas le principe du stand-up, mais pour que cela me convienne le spectacle bouge. Je danse et joue beaucoup de rôles. Par exemple quand j’ai la perruque afro, qui représente mon adolescence, je sors beaucoup de vannes, mais ce sont des choses vraies, dites à travers des humeurs.

 

pascal legitimus et mathida may en rappeurs reference

Dans Plus si affinités,

spectacle qu'il a co-écrit et interprété avec Mathilda May de 2008 à 2010


 

 Que voyez-vous de meilleur et de pire dans vos deux origines, côté Antillais et côté Arménien ?


Chez les Antillais, le pire est peut-être l’atavisme de l’esclavage, qui les rends tristes, inféodés par esprit de revanche, et qui a du m’influencer beaucoup. Le meilleur est leur sursaut de joie malgré tout, un peu comme pendant l’après-guerre, où on ne se prenait pas au sérieux…

Ce n’est pas ce que je vis mais je le comprends. Le côté antillais que je vis est surtout lié à ma famille, la vibration d’aujourd’hui. Je ne suis pas Antillais, j’y vais en vacances, mais je ne suis ni l’un ni l’autre. Je suis moi, déjà.

Côté arménien, le négatif que j’observe est du même ordre, tout ce ressassement du passé, de cette non reconnaissance de la part des Turcs, je le ressens dans la famille. Le positif vient de leur côté plutôt artisan, besogneux, avec le sens de la famille. C’est d’ailleurs pourquoi je dis être Antillais sur scène, et dans la vie Arménien, c'est-à-dire calme, détendu, réfléchi, et beaucoup plus intériorisé.

 

 

Comment avez-vous écrit et préparé ce spectacle ?


J’ai commencé par écrire mon histoire, et avais ainsi trois heures de spectacle. Mon metteur en scène (Gil Galliot) l’a retravaillé, lui donnant la forme et la dynamique actuelle, sur une heure quarante environ. Deux amis humoristes (Rémy Caccia et Arnaud Gidoin) ont ensuite rajouté des blagues là où ce pouvait être trop sérieux.

 

Sandrine Bonnaire & Pascal Légitimus (Demandez la permissiDans  Demandez la permission aux enfants (2007)

 Film d'Eric Civanyan (ami et complice de scène depuis le lycée) avec Sandrine Bonnaire

 


Un travail d’écriture important transparaît dans votre spectacle, au-delà de l’humour vous avez des choses à dire et soignez donc aussi le fond…


Au départ je n’ai pas été formaté pour être drôle, je voulais être acteur. Mais faire rire les autres est une manière de se faire accepter plus facile. Depuis j’ai fais énormément de choses (pour le théâtre, la télévision, le cinéma) mais dans mon jeu, il y a toujours une profondeur et mes choix artistiques se fondent sur ce postulat.

Avec l’écriture c’est  pareil, au début ce que j’écris n’est pas drôle. Je l’arrange après, avec l’humour, qui me semble très important : c’est comme la vaseline qui fait mieux passer les choses et ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir cette liberté. Comme Michel Sardou qui se fait convoquer à l’Elysée parce qu’il a critiqué le Président, mais où va-t-on ?

 


Quelle est selon vous la clé de votre succès ? Ce qui fait que de Laurent Ruquier à Mathilda May en passant par Antony Kavanagh et beaucoup d’autres encore, on vous a toujours sollicité ?


Ma capacité à me mettre au service, un côté transmetteur, coaching. J’ai le sens de l’harmonie : quand on me montre une photo, une affiche, ou une chanson, j’arrive à rétablir la ‘normalité’, ce qui doit être. C’est un sens du partage et l’esprit d’équipe aussi, et je suis assez inventif. J’ai beaucoup d’idées sans avoir trop d’ego ; je peux m’effacer ce qui est le contraire de certains metteurs en scène dont on voit trop les ficelles.

Bizarrement on est toujours venu me chercher, et c’est vrai que tous ces gens ont marché pas trop mal. Donc je dirai que ce qui fonctionne c’est le fait d’être à l’écoute, et d’aller dans le sens de ce que veulent les gens. Je comble les lacunes ou les carences, un peu comme une vitamine.

 


Quel regard portez-vous sur votre aventure avec Les Inconnus ?


C’est plutôt génial, on a fait tellement de choses, avec un succès et des taux d’audimat incroyables… Chacun avait envie de développer son jardin personnel mais nous ne sommes pas séparés d’esprit. On est toujours amis et on vit chacun à notre rythme. On a aussi envie de prendre notre temps pour préparer notre retour de la meilleure manière.

C’est une fierté d’être ainsi membre d’un groupe, d’une famille qui est autant aimée du public. On n’est pas des ‘has been’, mais des ‘will be’.

 

Les 3 frèresPascal Légitimus, Didier Bourdon et Bernard Campan 

(  Le fameux trio des Inconnus dans leur premier film Les Trois Frères - 1995)


Y-a-t-il autre chose que vous souhaiteriez ajouter ?


Oui, je suis ravi de voir des Arméniens et des Antillais dans la même salle, c’est un beau changement par rapport à mon histoire où il n’y avait que deux personnes arméniennes dans ma famille (ndlr : dont sa mère, au mariage de ses parents seul le père de celle-ci était présent). D’autant plus que c’est ma mère qui a dragué mon père, ce n’était pas le black qui a voulu une petite brune.

 


Comment s’étaient-ils rencontrés ?


Mon père était musicien, et elle a du le voir une fois puis est revenue pour lui parler. Ce qui est drôle, c’est qu’Henri Salvador qui a toujours été mon idole, un modèle, s’est marié avec une Arménienne aussi, mais eux n’ont pas eu d’enfants (ndlr : Jacqueline Garabédian, sa seconde épouse de 1950 à 1976 date du décès de celle-ci). Cette coïncidence est pour moi frappante, avec cet artiste métis que j’admirais. Une preuve que tout était possible aussi pour un métis comme moi.


Propos recueillis par Jilda Hacikoglu

 

Interview à paraître dans le France-Arménie de novembre 2011

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 14:04

Scène Alone Man Show« Ce n’est pas un coming out, mais plutôt un starting black teinté de white spirit ». Dixit Pascal Légitimus, dans son très spécial Alone Man Show.

 

Depuis le 11 octobre dans la salle du Palace à Paris, Pascal Légitimus est pour la première fois seul sur scène, précisément pour parler de ses origines mélangées.

 

La couleur de sa peau fait de son côté antillais une évidence. Même s’il ne l’a jamais caché, on sait pourtant moins que ce fils de l’acteur et musicien de jazz Théo Légitimus (« un black vraiment très très noir »), petit-fils de l’actrice Darling Légitimus (une grand-mère aux histoires de scène mythiques), a pour mère Madeleine Kambourian, l’Arménienne brune au teint de lait.

 

Tout aurait pu être bien pire cependant, puisque l’aîné des quatre enfants nés de cette union très mal perçue à l’époque, s’appelle Pascal, un prénom bien français, alors qu’il aurait pu tout autant être baptisé Archavir qu'Houphouet…!

 

C’est le genre de joyeusetés mi-figue mi-raisin que l’on vit dans ce spectacle centré sur le métissage peu banal de Légitimus. Prenant toujours le parti d’en rire sans sombrer dans les drames des deux peuples, ce spectacle d’humour est un défi permanent, surprenant.

 

Avec trois siècles d’esclavage d’un côté, un génocide toujours renié de l’autre, il en est assez des larmes : voyez plutôt comme vous riez !

 

Grâce à une écriture savamment soignée d’abord. Les jeux de mots et les bons mots d’une efficacité redoutable fusent : le ‘métis-sage’ repris dans notre titre vient par exemple de lui, tout comme l’adaptation d’une magistrale tirade à la Cyrano de Bergerac, où Légitimus s’insurge contre la médiocrité de l’insulte faite, non à son nez… mais au nègre.

 

Grâce à la mise en scène ensuite, faisant une large place à la musique, aux projections vidéo et aux effets de lumières dynamisant le ton.

 

Grâce à Pascal Légitimus, enfin et surtout, qui tout au long de ce spectacle endosse les rôles les plus farfelus jusqu’aux plus émouvants (Moïse revenant avec les tablettes des Dix Commandements, l’oncle arménien, ou la tantine créole), sans se départir d’un humour salvateur, qui fait du bien.

 

Un humour jamais idiot, jamais méchant, mais toujours plein de sens et de finesse, dans un monde de brutes il faut bien le dire. A savourer et méditer, même longtemps après avoir battu des mains au rythme des kotcharis clôturant cet alone man show décidément pas comme les autres.

 

Affiche Alone Man Show

 

 

Article à paraître dans le France-Arménie du mois de novembre 2011 

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 22:09

La fameuse « extase cosmogonique » de Dali a laissé des traces à la gare de Perpignan.

 

Entre deux arcades sur les quais de l’ancienne gare, on y trouve de surprenantes citations d’un des peintres adulés les plus délurés du siècle dernier (photo ci-après).

 

Gare de Perpignan Dali

« C’est toujours à la gare de Perpignan, au moment où Gala fait enregistrer les tableaux qui nous suivent en train, que me viennent les idées les plus géniales de ma vie.

Quelques kilomètres avant déjà, au Boulou, mon cerveau commence à se mettre en branle, mais l’arrivée à la gare de Perpignan est l’occasion d’une véritable éjaculation mentale qui atteint alors sa plus grande et sublime hauteur spéculative [...]


Eh bien ce 19 septembre [1963], j'ai eu à la gare de Perpignan une espèce d'extase cosmogonique plus forte que les précédentes. J'ai eu une vision exacte de la constitution de l'univers. L'univers qui est l'une des choses les plus limitées qui existe serait, toutes proportions gardées, semblables par sa structure à la gare de Perpignan. » 


Depuis, pour Dali, la gare de Perpignan n’est rien moins que « le centre de l’Univers », ce qu’il répétera avec le plus grand sérieux tout au long de sa vie. Il a d’ailleurs consacré une toile immense  au sujet, avec toute l’opiniâtreté démente qui lui est propre.

 

salvador-dali-galatee-aux-spheressalvador-dali


 

>> Galatée aux sphères (Dali)

 

 

 

 

 

 

 

 

Salvador Dali<<

 

 

 

 

Plus terre à terre, on rappellera tout de même que reliée par chemin de fer à Figueras, ville natale de Salvador Dali, la gare de Perpignan a été le lieu d’où partaient, à partir des années cinquante, la plupart de ses toiles pour des clients du monde entier, évitant ainsi les contrôles contraignants du franquisme.


Outre la ligne de TGV qui la dessert désormais, depuis Paris et jusqu’au terminus de Figueras, la gare de Perpignan a fait peau neuve. D’un côté les quais anciens avec leurs arcades typiques et leurs citations daliesques plus atypiques donc, et de l’autre, au bord de quais flambants neufs, un complexe commercial et hôtelier haut en couleurs vives ressemblant à un lego multicolore géant, modestement dénommé « el centre del món », en référence à la « paranoïa-critique » du Catalan Dali.


Résultat : même dans un wagon bondé typique de mi-août, l’estivant peut s’évader du commun. Douce France…


D’ailleurs, dans la foulée, le même estivant tentant de se faire une place dans le wagon bondé qui remonte de Perpignan vers Montpellier, peut tomber nez à nez avec un certain Mathieu Madénian.

 

Mad Mathieu

Mathieu Madénian

 

Cet humoriste natif de Saleilles dans la banlieue de Perpignan, se présente alors aussi comique dans le monde réel, qu’il ne l’est sur scène : quand il arpente le quai derrière sa valise dans un sens, puis qu’il le parcourt de nouveau dans l’autre sens, toujours derrière sa valise, pour enfin trouver sa place dans le train pour Lyon à la correspondance de Montpellier. On pourrait croire à un sketch, mais c'est bel et bien réel, et drôle sans préméditation.

 

En tout cas depuis qu’il a lâché sa robe d’avocat pour monter à Paris et changer de vie, ce comique connaît une ascension plutôt fulgurante.

 

D’abord voix off pendant trois ans dans la série Un gars, une fille, il rencontre Kader Aoun, ancien auteur et metteur en scène de Jamel Debbouze, également auteur de nombreuses émissions délurées de Canal +, avec qui il prépare un one man show qui finira par faire du bruit.

 

Armé de son accent du sud, il investit en 2009 le Paname, salle du 11ème arrondissement de Paris, avec un humour façon machette. Les vannes y sont taillées plus vite que le temps d’en rire, ce qui le conduit de prolongations en prolongations, jusqu’à la scène du Point-Virgule, puis plus récemment jusqu’aux plateaux de télévision mais aussi de radio de Michel Drucker où il intervient désormais régulièrement.


Pour ceux qui ne le connaissent pas déjà, il y a fort à parier qu’ils passeront un bon moment en le découvrant sur la scène du Théâtre Trévise, où il sévit de nouveau depuis le 15 septembre dernier, en reprenant le one man show de ces débuts poilants.

 

De la cosmique gare de Perpignan, au comique de Perpignan, on arrive donc bien.  


Affiche Mad Mat

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 19:35

 

Affiche PAN - création Irina BrookAvis aux blasés de la vie : passez votre chemin. Ce nouveau spectacle signé Irina Brook malmènera les règles de la logique adulte, en réanimant la fameuse histoire d’un certain Peter Pan, le garçon qui ne voulait pas grandir.


Fille d’un autre Peter, nommé Brook celui-là, Irina s’est probablement inspiré de ce créateur multiforme - qui a brillé tant au théâtre qu’à l’opéra, au cinéma comme dans l’écriture - pour bâtir une conception furieusement magique du théâtre.


Magique puisqu’avec trois fois rien, un brin de folie et une tonne de talent, la scène devient cet univers incroyable où ce qu’il y a de plus éloigné de notre quotidien nous devient familier.

 

 

La dernière création d’Irina Brook n’échappe pas à cette tradition. Avec une adaptation de la célèbre histoire du britannique James Matthew Barrie, elle réalise enfin son rêve d’enfant du théâtre (en plus de son père, sa mère Natacha Parry était actrice). Après tout c’est bien connu, Brook rime avec Hook…

 

Du captain Hook, les Brook ont justement la soif de jeunesse, de jeu… de Peter Pan, ils ont la joyeuse folie, et de Wendy, une douce résignation à la réalité, sans jamais renoncer aux beautés du pays des rêves.


En attendant le songe avec Christian PélissierAinsi, après une pause de deux ans aux Etats-Unis, Irina Brook a saisi  au vol l’invitation du théâtre de Paris pour envahir la grande salle avec Pan, une création qui se joue  pour la première fois à Paris, tandis que la salle du dessus (petit théâtre de Paris, même adresse), accueille les fabuleux garçons de la Compagnie Irina Brook pour rejouer  En attendant le songe…, l’adaptation Brookienne du Songe d’une nuit d’été, chef d’œuvre déjà magique de Shakespeare. 


Comme si cela ne suffisait pas, la compagnie vous propose de dîner sur place après le spectacle, avec la troupe, pour savourer les pastas mijotées par Renato Giuliani (le Prospero de Tempête ! autre pièce de Shakespeare, adaptée auparavant par la Compagnie).

 

En attendant le songe...

avec Christian Pélissier

 

C’est dire si le théâtre est devenu une philosophie de vie pour cette troupe protéiforme, où Irina Brook excelle à mobiliser tous les talents et mettre en avant le meilleur de chacun.

 

Avec Pan on ressort avec une petite musique en tête, après avoir miré la scène, bouche-bée et tout sourire pendant plus d’une heure trente, entre de franches rigolades aux nombreuses facéties du spectacle.

 

Cette création dégage une énergie folle à travers les pirouettes des lost boys (les enfants perdus), la musique des pirates, et les envolées de Peter Pan.

 


PAN ! la troupe

Dans ce joyeux festival de dynamisme, les talents se bousculent : Johanna Hilaire compose une épatante fée Tinker Bell au caractère explosif, le surprenant Nuno Roque est à mourir de rire avec son attitude English à outrance, Georges Corraface est un captain Hook presque attendrissant à force d’être si méchamment à côté de la plaque, Lorie Baghdassarian est une danseuse flamboyante qui hypnotise tout ce petit monde en Lys tigré ou en indienne, et Louison Lelarge réinvente avec vivacité et légèreté un Peter Pan virevoltant aux cheveux en pétard, plus vrai que nature. 


PAN sur scèneLa liste peut encore s’allonger car sur scène on est régulièrement surpris en découvrant chacun des personnages : les pirates (entre autre un Keith Richards japonais ou un Espagnol en kilt), les lost boys (les jumeaux Awaiye aux visages pétillants de lumière accompagnent ces jeunes acrobates effrénés) ou une Wendy chanteuse au violon (Babet).


Ici, point d’ennui donc, tout un chacun y trouve son compte, et agira en son âme en conscience quand Peter Pan demandera de croire aux fées pour que Tinker Bell ressuscite.


Le seul bémol est qu’au bout du compte, le spectacle est tellement sympathique qu'il ne parvient pas à nous convaincre du dénouement de l’histoire. C’est qu’après s’être autant amusé, on se le demande en effet toujours… mais pourquoi diable faudrait-il grandir ?

 

 

La Cie I. Brook envahit le théâtre de Paris

 La Cie Irina Brook envahit le Théâtre de Paris... jusque début juillet 2011

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 23:37

DanseursMata Hari. Une femme devenue un mythe à elle seule, au point que même sans connaître son histoire, tous savent ce que ce nom évoque : l’espionne de charme utilisant jusqu’à tous les atouts de son sexe.


Un fantasme en somme, dont la part de réalité semble toujours rester dans l’incertitude. C’est ce qui ressort du spectacle impressionnant qui se joue depuis le 16 mars et jusqu’au 2 avril prochain, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris.


Une femme hollandaise se cachait derrière la danseuse se prétendant javanaise. Elle a été ce qu’elle voulait tout autant que ce que les autres voulaient, et s’est probablement créé ce personnage exotique, entre autres causes, pour effacer une vie et des traumatismes qu’on devine plus qu’on ne sait.


Mythomane elle-même, jouant à être le désir qu’elle devinait chez son public, Mata Hari s’est construite autant par ses propres fabulations que celles des autres. Devenue mythe à elle seule ? Pas tout à fait. Le mythe est aussi né grâce à l’existence et la complicité d’un monde hypocrite, aussi prompt à s’extasier de son audace, qu’à la faire disparaître.


A la fois coupable et innocente, naïve et lucide, mais toujours outrageusement libertine, sa vie mille fois cachée, mille fois racontée, est ici évoquée sous toutes ces apparences, entre le vrai et le faux, par un texte original de Jean Bescós, et un couple de théâtre Schaub-Abkarian aguerri au mythe. Mata-Schaub

 

Catherine Schaub et Simon Abkarian se sont en effet rencontrés au sein de la troupe du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine, où ils ont tous deux collaboré de nombreuses années. Le parcours de l'acteur monumental qu'est Simon Abkarian, souvent avec sa femme Catherine Schaub, revient par ailleurs souvent au service d'oeuvres... mythiques justement.

 

Eschyle, Euripide, Sénèque, Shakespeare ou Molière leur sont familiers, et quand Simon Abkarian se met à l'écriture, c'est en reprenant le mythe du retour d'Ulysse, dans Pénéloppe, ô Pénéloppe, pièce particulièrement applaudie et qui accroît sa renommée déjà assise sur un talent solide. 

 

Avec Mata Hari c'est Catherine Schaub qui s'est d'abord intéressée au mythe de la redoutable espionne adulée puis fusillée.


Après cinq années de recherches autour de cette femme qui a connu « dix ans de gloire » dans toute l’Europe avant d’être fusillée pour espionnage en 1917, Jean Bescós livre un texte étrange, mêlant les discours contradictoires de la danseuse-espionne, ceux de ses entourages, et une narration extérieure relatant l’époque qui a été le théâtre de ses frasques.

 

Interprété par Catherine Schaub-Abkarian, Projet Mata Hari : exécution a de quoi remuer le public.

Dans le rôle-titre, la comédienne, danseuse et chanteuse hypnotise le spectateur au milieu d’une mise en scène de Simon Abkarian, bousculant le théâtre classique. Les mouvements de danse, les évolutions de la musique et les jeux de lumières ont autant de sens que les mots interprétés, et c’est ce qui en fait un spectacle entier, joué à trois sur scène et une équipe invisible, pour que chaque geste, mouvement, mélodie ou éclairage contribue à une intensité palpable.

 

 

Projet Mata Hari exécution

Sur scène apparaissent d’abord une rampe de spectacle et un piano, puis Macha Gharibian, pianiste dont les compositions feront bien plus qu’accompagner ce qui se joue. Ce jeu se fait en mots et en danse, entre Philippe Ducou interprétant un Monsieur Loyal maquillé comme un clown, pour évoquer la Belle Epoque survoltée qui a vu naître le mythe, et bien sûr une Mata Hari dénudée qui joue à se raconter.


Dans le jeu Catherine Schaub-Abkarian ne cesse donc de prendre des déguisements, notamment par sa voix aux accents tour à tour enfantins, mécaniques, nasillard, graves. Puis quand tout à coup elle interprète l’émotion pure le contraste est sidérant.

 

Innocente ou coupable, l’Histoire l’a jugée et elle est devenue un mythe dont les bribes offrent en tous les cas, grâce à cette création, une fabuleuse illustration de la force évocatrice du théâtre et de ses acteurs. 

 Philippe Ducou - Monsieur Loyal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos Jean-Christophe TorresChapeau

 

 

 


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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 19:27

En voilà un pour qui la routine métro-boulot-dodo n'existe pas : Iya Traoré est un footballeur qui fait où et quand il veut, ce qu'il veut avec le ballon rond.

 

Les vidéos abondent sur le net pour illustrer les performances de ce prodige qui jongle partout sympathiquement avec son ballon. En voici une qui montre ses ballades parisiennes, exploits simplicimes au possible, devant les monuments et dans le métro communément fréquenté.

 

 

 

Né en Guinée en 1986, le phénomène a fait l'école du PSG mais n'a pas pu décrocher de contrat (on se demande pourquoi).

 

En attendant de devenir joueur de foot professionnel, son rêve, il a quand même eu le temps d'être champion du monde de freestyle soccer en 2007, et finaliste de "l'incroyable talent 2010" en décembre dernier.

 

Comme tout cela semble bel et bon, c'est l'image volontiers choisie pour ce début d'année...


Meilleurs voeux pour une année 2011 freestyle !

 

iya-traore-montmartre-christophe-lecoq.jpgIya Traoré à Montmartre

Photo Christophe Lecoq

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 23:28

 

Difficile de voir la vidéo ci-dessous sans se poser des questions (cliquer sur la photo). Le Cirque du Soleil semble être allé jusqu’au bout d’une logique de création originale pour la rendre époustouflante.

 

Audace, dextérité, grâce, performance acrobatique, jeu, arts du monde, et mondes imaginaires, sont autant de caractéristiques affichées par cette «World Company du cirque» (1) pour se définir. Au vu des vidéos de spectacles on comprend pourquoi : tout en musique et fluidité, l'esthétique visuelle est impeccable, prenante et émouvante… 

spectacle-O.jpg

  Affiche et vidéo du spectacle "Ô", surprise...


Les dimensions du groupe  font aussi qu'on parle aujourd’hui d’empire international de l’entertainment. Démarrée avec 73 personnes en 1984 à sa création, l’entreprise annonce aujourd’hui près de 4 000 employés, de 40 nationalités, et parlant 25 langues différentes.


En réalité elle est aussi une success story qui a tous les ingrédients du rêve.

 

Littéralement, l'histoire aura mené son fondateur depuis la rue jusqu’à la constellation des stars, puisque son fondateur s’est vu attribuer une étoile sur le fameux «Walk of fame» de Hollywood le 22 novembre dernier.


Déjà, le simple nom de ce fondateur semblait de bonne augure : Guy Laliberté.

Acrobate (il a commencé sur des échasses dans les rues de sa ville natale au Québec), accordéoniste, cracheur de feu, joueur de poker, businessman confirmé, le personnage a plus d’un tour dans son sac pour décrocher le jackpot, malgré des débuts difficiles lors du lancement du Cirque du Soleil. 

 

Il y a 26 ans, avec Daniel Gauthier et un groupe d’artistes de rue aux idées aussi folles que les siennes, il créait ce cirque pour décrocher un sourire, puis si possible émouvoir le spectateur. Ce noyau initial des créateurs s’est en partie retiré de l’affaire au fil du temps, sans conflit apparent, mais l’ensemble est aujourd’hui devenu une entreprise internationale qui présente une multitude de spectacles forts sur tous les continents.

 

Après un mois passé à Barcelone avec le spectacle Varekai, le prochain rendez-vous européen est Saltimbanco. Ce spectacle débarquera à Paris (Bercy) dans un mois, dans le cadre d’une tournée mondiale qui se poursuivra jusqu'en août 2011.

Affiche Saltimbanco

Prix minimum des places à Bercy au tarif normal : 45,50 €. Evidemment à ce niveau de spectacle, le prix du ticket s’en ressent. Mais apparemment, démocratiser l’entrée de ce cirque de rêve est l’un des projets à connotation sociale sur lequel travaille le Cirque du Soleil.


De manière générale les initiatives à caractère plus social et humanitaire se sont développées dans le sillon de ces spectacles étonnants.


Depuis de nombreuses années déjà, le programme "Cirque du monde" se poursuit en collaboration avec les associations Oxfam et Jeunesse du Monde, un peu partout et notamment dans les continents les moins favorisés (Afrique, Amérique du Sud). Par ce canal le Cirque du Soleil anime des ateliers du cirque à destination de la jeunesse défavorisée, histoire d’enseigner, à travers les arts du cirque, l'estime de soi et ainsi aider à échapper aux mauvais tournants.

 

La fondation One Drop (une goutte) a par ailleurs été créée en 2008, pour démocratiser l’accès à l’eau, en partant du principe que cet accès est indispensable à tout développement. Guy Laliberté s'y investit notablement puisqu'il en est le président, mais pour donner l'exemple il l'a aussi dotée d'au moins 60 millions de dollars pris sur sa fortune personnelle (2).


Dans sa politique salariale également, la carte du 'cirque citoyen' que revendique le Cirque du Soleil se fait sentir lors de la crise de 2008 : pour passer le cap, l’entreprise annonce préférer le maintien des emplois par le gel des salaires, plutôt que les licenciements.


C’est un peu tout cela, couplé à l’étonnante personnalité du fondateur Guy Laliberté , qui fait dire à l'Express que Dubaï World s’est acheté un supplément d’âme en acquérant, il y a deux ans, 20 % des parts de cette entreprise spectaculaire.

 

Portrait et interview de Guy Laliberté sur TV québecoise

24 septembre 2009 (18 min)

 

Bien sûr tant de succès ne va pas sans quelques à côtés moins sympathiques : Guy Laliberté a du entamer des poursuites judiciaires contre la publication d'une biographie non autorisée en juin 2009, et l'action vient à peine d'aboutir à une entente pour éviter le procès ; on a aussi pu entendre ici et là des critiques sur la politique de développement à l'excès du Cirque du Soleil (créations de lounges, projets avortés d'un hôtel ou d'un parc de loisirs), ou bien encore jaser sur les pensions alimentaires que doit le fondateur à ses ex-femmes.

 

Il n'empêche que cette gigantesque entreprise a apporté sa part à l'évolution d'un genre qu'on qualifie désormais de cirque contemporain. Disparition de toute ménagerie, le spectacle n'inclut aucun animal, et repose uniquement sur des humains. Finie aussi la succession des numéros acrobatiques, remplacée par une mise en scène conçue pour que les prouesses de tous se combinent et servent un propos.

 

Aux dires de Laliberté, faire fi de la peur de perdre est le secret de ce succès. Les résultats parlent en tous les cas d'eux-même, et le tout encourage donc bien le rêve et l'audace nécessaire pour concrétiser.


Logo Cirque du Soleil

 


(1) L’expression est de Vincent Noce, dans un article du quotidien Libération du 28 avril 2009 visible ici.

 

(2) 80 à 100 millions selon les sources

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Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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