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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 22:37

Bigrement instructives cette semaine, petit tour d’horizon des lectures où l’on a vu littérature et journalisme tourner autour, décidément, de révolution.


Côté littérature d’abord, avec Mashallah News qui reprenait cette semaine un très intéressant article de l’universitaire et traductrice littéraire Dina Heshmat (langue et littérature arabe, université de Leiden aux Pays-Bas, faculté des humanités) publié sur le site Babelmed.


Couverture-Warda.jpgCet article, Egypte : littérature et révolution, est en effet parfait pour découvrir comment les auteurs égyptiens parmi les plus lus ont contribué depuis dix ans à façonner les consciences, en dénonçant tout ce qui a conduit le peuple égyptien à se retourner contre ses gouvernants : de l’auteur de best-seller Aswani (L’immeuble Yacoubian) à d’autres écrivains plus importants mais moins connus ici tels que Sonnallah Ibrahim, Mohammed el-Bisatie, Radwa Ashour, Mahmoud al-Wardani. Un autre exemple illustrant que la littérature continue de contribuer à changer le monde…

 

Côté presse, entre crise financière, endettement sans issue des Etats, difficile maturation après l’accouchement des révolutions, claque nucléaire de Fukushima, Le Monde Diplomatique du mois de juillet ne se contente pas avec tout cela de peindre un tableau uniquement désespérant. Un vent de ré-volution souffle dans la plupart des articles publiés ce mois-ci sur ces sujets d’inquiétude certes, mais dont la présentation, pour une fois, ne fait pas qu’assommer le lecteur.


Le Monde diplomatique Juillet 2001-copie-1Le ton est donné en une, avec Ne rougissez pas de vouloir la lune, cet article de Serge Halimi, directeur du mensuel, qui nous explique comment en Europe, des « politiques dont la banqueroute est assurée (restent) néanmoins déployées dans trois pays (Irlande, Portugal, Grèce) avec une férocité remarquée ».

 

Ce que tout un chacun a compris depuis longtemps sans forcément pouvoir l’expliquer (les dérives d’un système où l’appât du gain est la seule règle), est ici décortiqué et accessible à la compréhension. Les sous-titres de l’article sont d’ailleurs suffisamment évocateurs pour être cités tels quels :

> ‘les ‘analphabètes’ économiques paient, imaginant qu’il s’agit d’un tribut dû au destin’,

> ‘le peuple a compris qu’il ne serait jamais assez pauvre pour que le système le prenne en pitié

> et enfin ‘réclamer ‘l’impossible’ quand, en ricanant, les libéraux parachèvent l’insupportable’.

 

Une lecture étonnante en ces colonnes, et la surprise continue sous d’autres formes, dans les pages internes de ce subversif numéro de juillet.

 

Juste en dessous, le journaliste Raúl Guillén, envoyé spécial à Madrid raconte en effet comment se sont organisés les Alchimistes de la Puerta del Sol. Si ce titre serait parfait pour un roman, le sujet de l'article n’a rien de fictif.

 

On y lit avec une curiosité bienheureuse, la façon dont s’est bricolée une véritable démocratie de la rue, pratiquée au quotidien sur cette place emblématique de Madrid, devenue tête de pont des indignés d’Espagne. Un élan phénoménal a été donné, qui ne demande qu’à se poursuivre sous d’autres formes, après l’arrêt de l’occupation spectaculaire de la Puerta del Sol.

 

DSCN5964

Extrait du Monde diplomatique de juillet 2011 / Page 8

  

Plus théorique, l’anthropologue Denis Duclos constate dans l’article Le pouvoir mis à nu par ses crises, que la crise financière, la remise en cause du nucléaire après Fukushima, et les ‘convulsions arabes’ sont les plus violents retours de bâtons qu’on ait connu d’une ‘idéologie en déclin’, qui est tout simplement celle du monde tel que nous le connaissons.


La Tunisie, où toute l’agitation révolutionnaire a commencé d’éclater au grand jour, n’est pas en reste avec la contribution de l’écrivain Serge Quadruppani. Nous ne nous rendrons pas évoque ce qui couve encore, sous le relatif apaisement après les grands mouvements du printemps dernier : un bouillonnement prêt à éclater contre les escroqueries déjà tentées par certains des gouvernants qui sont des résurgences de l’ancien régime renversé.


En écho à l’article de Serge Halimi, et sous le titre Vent de fronde en Europe, le comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde argumente contre la pas si folle attitude des ‘pouvoirs à la légitimité contestée’, qui s’engagent ‘plus avant sur la voie de l’austérité, le plus court chemin vers la société dont ils rêvent’, en vue de proposer la folle annulation de la dette… la folie n'étant pas toujours là où l'on croit.


Avec Le mouvement des immobiles Max Rousseau livre une explication particulièrement éclairante de la façon dont la ville néolibérale a évolué.

Ce docteur en science politique et post doctorant en urbanisme montre en effet comment la construction des villes en occident a progressé pour tendre, en quelque sorte, vers un affaiblissement de ce qui permet la démocratie… au profit de ce qui fait fructifier le capitalisme : ‘la ‘ville qui gagne’ est un espace de flux perpétuel’.

 Erevan - Construction de la Nouvelle Avenue 2007 Erevan, construction de la Nouvelle Avenue Aout 2007 (Arménie)

 

Alain Gresh relate l’Egypte en révolution, qui tente de reconstruire un régime à son image, tandis que l’universitaire Farhan Jahanpur braque le projecteur sur la discorde qui secoue les hautes sphères de la République islamique d’Iran : le président Ahmadinejad serait-il en passe de se faire éjecter de son siège par... l’ayatollah ?

  

D’autres pays et idées en mouvements sont abordés dans ce même numéro, et pas forcément dans les pays les plus défavorisés :

- le ‘théâtre de la domination professionnelle’ est dénoncé aux Etats-Unis par Rachel Sherman,

- les bavures policières récompensées en Italie sont pointées du doigt par Salvatore Palidda,

- les propositions de réforme de chercheurs chinois, en forme de critique ouverte sur leur pays totalitaire sont relayées,

- l’écrivain Ibrahim Al-Koni raconte le feu intérieur qui pousse au combat des Lybiens ordinaires,

- la dictature galopante sur fond de pétrole en Ouganda est reportée par le journaliste Alain Vicky,

- la ‘droitisation du conseil représentatif des institutions juives de France’ (CRIF) est interrogée par Dominique Vidal,

- même l’universitaire Jean-Noël Lafargue alerte sur la menace politique constituée par les Machines hostiles (avec des exemples apparemment inoffensifs qui nous concernent tous : les portillons du métro qui vous bousculent si vous n’allez pas assez juste et bien, ou la biométrie appliquée aux cartes d'identité),

- et enfin, en hommage à Ernesto Sábato décédé fin avril dernier, est republiée une de ses anciennes contributions au mensuel (Entre deux mondes, texte sur la formation de l'identité latino-américaine, datant de novembre 1991) : cet ancien physicien atomiste argentin avait tourné le dos à la recherche après Hiroshima, pour se consacrer à la littérature et à la politique dans son pays…

 

La liste des remises en cause du monde tel qu'il est s'allonge ainsi beaucoup, pour cette dernière livraison, pas si diplomatique donc, du Monde Diplomatique.

 

Enfin, à mi-chemin entre presse et littérature, mais toujours dans le droit fil de ces connexions qu’on affectionne, les Editions Thaddée championnes des causes difficiles, viennent de faire paraître un témoignage inédit sur l’essai nucléaire français non contrôlé de Hoggar en Algérie.

 

Si ce sujet ne vous évoque rien c’est assez normal. Sous le titre Les irradiés de Béryl Louis Bulidon livre un récit de la catastrophe dont il a été le témoin avec d’autres, mais farouchement passée sous silence par l’Etat français, et dont le feuilleton juridique vient à peine d'accoucher d'un début d'indemnisation pour les victimes… 48 ans après les faits.

 

Couverture Les irradiés du Béryl

 

Avec 48 ans de recul sur un incident majeur que la France s’est dépêchée de nier dès le début, cette histoire qu’on pourrait croire lointaine fait pourtant sacrément écho, encore et toujours, au présent. Le déni officiel et les mensonges d’Etat sont toujours bien actifs et les effets de la catastrophe de Fukushima ont de beaux jours devant eux.

 


Eternel cycle l’histoire ? C'est sans doute la raison pour laquelle il y en a toujours tant à raconter, des histoires…

 

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Jilda Hacikoglu - dans Monde
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  • Journaliste contribuant au magazine France-Arménie depuis 2003, et auteur de ce blog créé en septembre 2010. Sur Twitter @HacikJilda
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