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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 11:24

Accident technique oblige, over-blog n'assure plus comme par le passé et ConnexionsS déménage donc vers Wordpress, le lien est par ici : http://connexionss.wordpress.com/

En espérant vous y retrouver.

Bonnes lectures !

8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 11:53

Retour sur un déménagement monumental : celui du blog boulimiquement alimenté par Pierre Assouline depuis octobre 2004.


photo-assouline-2.jpgLe Passou (diminutif communément usité de Pierre Assouline, homologué par le principal intéressé) a pour particularité sa notable boulimie de lecture et sa prolifique production d’écrits en tous genres, sur tout ce qui touche de près ou de loin aux livres. 

 

Depuis 2004, son blog est une mine d’informations en tous genres et très accessibles, pour tout internaute un peu curieux et surtout féru de littérature. Chacun peut y trouver son compte, jugez plutôt : le blog était hébergé par le site du journal Le Monde depuis sa création et y a vu 2 500 articles mis en ligne. La République des Livres (http://passouline.blog.lemonde.fr).

 

Le monumental se trouvant tant dans le nombre d’articles mis en ligne, que dans le contenu de chacun, et les centaines de commentaires qu’ils génèrent tous systématiquement.


logo.pngC’est donc ce monument que Pierre Assouline a télétransporté sous d’autres latitudes numériques : http://larepubliquedeslivres.com .


 

Désormais indépendante, sa République en profite pour héberger d’autres curiosités de littérateurs chères au Passou.


On y trouve ainsi les savoureuses rubriques « le coin du critique SDF » (comme quoi être critique n’est pas toujours ce qu’on en imagine), et « la version du traducteur » alimentée par les nombreux états d’âmes que peuvent avoir ces précieux passeurs.

 

Journaliste-Ecrivain qui bloguait plus vite que son ombre, Pierre Assouline continue donc d’écrire et de laisser large place à ceux qui écrivent sur tout ce qui touche au monde des livres, des lettres et de ceux qui les font vivre d’une manière ou d’une autre. 

 

Au passage, il en a profité pour concrétiser son projet de portail culturel plus large, et sa République a donc fait des petits.

 

On y trouve aujourd’hui des passerelles vers des jumeaux publicistes susceptibles d’aiguillonner la curiosité de l’internaute dans plusieurs autres domaines culturels.

 

La république du théâtre est animée par Charlotte Lipinska, celle du jazz par Georges Kiossev, celle du livre numérique par Bernard Molino, et celle du cinéma par Sophie Avon, tous journalistes et commetteurs de nombreuses autres activités liées à leur domaine de prédilection respectif.


logo-jazz.png

 logo-theatre.jpg 

 

 Logo-cine-copie.png 

 Logo-livre-num.png 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On attendrait d’autres républiques culturelles, donc avis aux repreneurs qui se sentent l’âme d’un Passou dans leur domaine… 

 

Et surtout, bonnes lectures.

 

Jilda Hacikoglu - dans Culture
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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 20:27

Aussi lourd soit le ciel, un soir à Ménilmontant peut emmener à la fois très loin et très près, dans une ambiance qui semble capable de pacifier les mœurs du monde entier...

 

Le photographe Willy Ronis tombait amoureux de ce quartier en 1947, pour l’insouciance modeste mais infinie qu’il y trouve. Ses photos de Belleville-Ménilmontant paraîtront auprès des éditions Arthaud, accompagnées des textes de Pierre Mac Orlan en 1954.


1954-Belleville-Menilmontant-copie-1.jpg  1999-Belleville-Menilmontant.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus tard ce sera Didier Daeninckx, écrivain ami de Ronis, qu’on retrouve dans un ouvrage publié en 1999 par les éditions Hoebeke, pour accompagner ces photos d’une histoire de retrouvailles autour de ce quartier, et ainsi en raconter la légende. 

 

Les ateliers, les bistrots et les salles de bal d’alors ont laissé place à quelques petits commerces de pays des quatre coins du monde, des brasseries-café où il fait aujourd’hui bon se poser après la montée raide de la rue Ménilmontant, en attendant d’aller assister à l’un des spectacles, théâtres ou concerts donnés par les salles des environs, rues Boyer, de l’Ermitage ou du Retrait (voir ici les salles autour du Théâtre de Ménilmontant : http://www.cityvox.fr/salle-musicale_paris/theatre-de-menilmontant-paris/ProcheDe)

 

C’est dans ce quartier du XXème à Paris que Macha Gharibian présentait son album MARS jeudi dernier.

 


I’m not a dancer, I’m a human being, when moved by the spirit, I dance.

Je ne suis pas un danseur, je suis un être humain, quand je suis touché par l’esprit, je danse…

 

Ces vers du poète musicien William Parker ont inspiré le titre d’ouverture de l’album MARS : Ritual Prayer. C’est avec cette sacrée ouverture, et en particulier ces vers qui au fond résument tout à fait l’esprit de cette musicienne attachante, que le concert a commencé.


Dans une salle simple, accueillante et sans prétention, l’aimable poétesse du piano à la voix grave, a mené son public dans des paysages sonores bourrés d’émotions.

 

Dans ce périple un peu mystérieux, parce que c’est Macha, et sans doute parce qu’on est en France dans ce quartier typiquement parisien, les frontières habituellement querelleuses disparaissent étrangement.


 Mars studio Ermitage 2    Mars Studio Ermitage 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le phénomène se manifestait déjà juste avant d’entrer dans la salle, au milieu d’un auditoire qu’on sent divers, paisible et curieux. Au contrôle ensuite, quand un musicien originaire de Serbie, féru de musique turque, et dont il s’avérera plus tard que c’est le clarinettiste du groupe Slonovski Bal (écclectique et joyeux groupe balkanico-oriental)se fait un devoir d’accueillir avec quelques mots d’un turc hésitant mais correct, le visiteur dont le nom lui rappelle son hodja (maître) de clarinette. Tamam… Sirbistandan (d’accord… de Serbie).

Mais aussi quand Macha commente simplement, avant d'attaquer un nouveau morceau : ce n'est pas parce que je suis Arménienne, que je ne peux pas jouer un morceau azéri... (barraguel)

 

Alors Macha en concert a vogué tranquillement et a fait voguer avec elle, partout où elle se sent bien : le Kele Kele de Komitas, les Parmani et Oror de Khatchadour Avedissian sont les classiques arméniens qui, tout comme le Night Star de l’autre poète William (l’anglais Blake), l’inspirent pour la pousser vers ses propres compositions, définitivement entraînantes et qu’on espère encore nombreuses.


Mars Studio Ermitage

Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 19:18

Troisième mois de l’année, début du printemps ou doublé de victoire à plate couture au tavlou (jeu de backgammon), MARS signifie tout cela, mais c’est aussi le nom du premier album solo de Macha Gharibian (1).

 

A tous ceux qui avaient participé au bouclage du financement de cet album sur kisskissbankbank, l’album a été envoyé fin décembre dernier comme un avant-goût de cadeau de Noël.

 

On y retrouve des compositions déjà entendues de Macha, tels les morceaux Ritual Prayer, La Douceur, ou Kele Kele qui étaient déjà joués en concerts et audibles sur ses sites internet dédiés (http://www.machagharibian.comhttp://www.myspace.com/machagharibian).

 

Evidemment de nouveaux morceaux y apparaissent, qu’on adopte rapidement car tout y coule avec beaucoup de fluidité et de simplicité, rendant l’écoute bien agréable.

 

macha22

 

Quelques favoris :


Night est un morceau plein d’optimisme composé sur les vers d’un poème de William Blake, ce peintre-poète londonien, lyrique illuminé de génie d'il y a deux cents ans, dont Macha chante les vers simplissimes et paisibles de sa voix très particulière,


- On se plaît à imaginer que le piano du morceau Byzance évoque les traces laissées par les vies antérieures d’une des plus vieilles villes du monde (alias Constantinople, alias Istanbul aujourd’hui),

 

- La Douceur est typique des compositions piano de Macha : légèreté et souplesse de vives volutes mélodiques, rappelant les motifs d’orientales arabesques (Passage des Princes est dans la même verve) ;


- La superbe adaptation de Parmani fait mouche également, cette adaptation d’une composition de Khatchadour Avedissian est ici tellement bonne qu'on regrette qu'elle s'arrête !


Affect stories est un ovni musical qui résonne comme une incantation magique, pour évoquer le souffle d’inspiration ancestrale et mystérieux qui semble guider les vies…

 

 

Une éclosion réussie en somme, qui a été disque du jour sur TSF jazz le 22 janvier dernier, et qui sera présentée lors d’un concert de lancement bien sûr, le jeudi 31 janvier prochain au studio de l’Ermitage à Paris.


Macha-Fly-10x14 recto2 copie copie

 

(1) ConnexionsS vous en proposait un portrait l’an dernier (article de juin 2012 ‘Coup de cœur, coup de pouce pour Macha Gharibian) 

 

Jilda Hacikoglu - dans Musique
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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 19:06

Yeghishe Charents Martiros Saryan 1976

On dit que c’est la résistance à l’épreuve du temps qui confirme les chef d’œuvre. Les années, les décennies et les siècles passants, certaines œuvres seront vite oubliées, tandis que d’autres seront encore et toujours savourées longtemps après la mort de leurs auteurs.

 

 

Portrait de Tcharents, par le peintre Mardiros Saryan (1976)    

 

Yéghishé Tcharents (1897-1937) est de ceux-là. Au-delà de son statut d’auteur culte de la littérature arménienne, l’évolution de ses idées passionnées durant sa courte vie de poète glorifié puis déchu de l’Arménie soviétique, est singulière.

 

Originaire d’Arménie orientale (1) Tcharents s’est très rapidement, et très jeune, enflammé pour la cause révolutionnaire et communiste. A vingt ans, il est déjà publié (Légende Dantesque, ou Les Foules en délire), engagé volontaire dans l’Armée Rouge, en même temps que l’un des principaux chantres de l’Internationale communiste.


Encore inconnu dans la toute jeune République indépendante d’Arménie, il est découvert et encouragé en 1919 par son ministre de l’Education et des Lumières, Nigol Arpalian, qui voit en lui un pionnier de la littérature arménienne moderne.

Cette République indépendante ne fît pas long feu et fût soviétisée dès 1921 mais Tcharents s’y installera définitivement en 1923 pour y écrire une œuvre prolifique. Tout au long de la décennie suivante, il s’éloignera toutefois progressivement de l’enthousiasme politique de ses débuts, pour se focaliser sur ce qui fonde l'identité de sa nation.


Y. TcharentsEn 1933 son Livre de voyage marque le recul de ses convictions communistes, et appelle de manière secrète, à l’union des forces arméniennes. Ce qui pour un poète brillant notoirement par l'élan de ses passions, dans une République soviétique, est une pente particulièrement dangereuse.

Comme de nombreuses personnalités de l’époque il finira emporté par les purges staliniennes, et décède en prison à 40 ans.

 

Or si Tcharents est aujourd’hui adulé en Arménie comme en diaspora, ce n'est pas pour ces premières convictions communistes (en général oubliées d'ailleurs), mais bien en tant qu'ardent amoureux des splendeurs de son pays.

 

Ses vers les plus célèbres sont ceux qui expriment sa vénération de l'Arménie, et notamment l'un de ses plus importants symboles : le Mont Ararat, ou Massis de son nom arménien (2).

Il est ainsi tout naturellement l’une des figures que l’on croise quotidiennement en Arménie sur les billets de banque ou les timbres poste.

 

Timbre Tcharents 1997Tcharents sur billet

 

Les vers dont ConnexionsS vous propose la traduction ci-dessous datent de sa première période : publiés en 1918, ils s’inspirent de la toute récente invention de la radio, que Tcharents associe à ses visions internationalistes.

Le futur selon Tcharents, y vibre de la ferveur qui l'a toujours animé. Une ferveur irrésistible, porteuse d’espoirs pour de beaux lendemains qu’il faut s’atteler à conquérir, mais qui porte aussi en elle, comme un repère sacré, les éternelles origines.


Massis est là, blanc sommet qui domine toujours (le Mont Ararat), et Nayiri, qui est une des plus anciennes régions d'Arménie, évoque bien sûr la terre à laquelle Tcharents reste toujours profondément attaché.

 

 


 

ԴԷՊԻ ԱՊԱԳԱՆ

 

Vers le futur

(Traduction JH janvier 2013)

Լցուած է անհուն իմ հոգին հիմա


Շփոթ երգերով ու աղմուկներով.


Լցուած է սիրտը իմ՝ ելեկտրական


Բորբ հոսանքներով:          

Désormais mon âme immense est emplie

De chants confus et de tapages,

Mon cœur est rempli d’électriques 

Petits courants. 

 

Ռադիոկայան է իմ հոգին հիմա


Ամբո՜ղջ աշխարհի ու մարդկանց հանդէպ,


Ու բա՛րձր է, բա՛րձր է կայանն իմ հոգու՝


Մասիսի նման բարձր է ու հաստատ -

Հզօ՜ր, ահարկո՜ւ:      

 

Mon âme est désormais une station-radio

Envers le monde entier et l’humanité,

Et elle est haute, haute est la station de mon âme,

Haute pareille au Massis et ferme –

Puissante, effrayante ! 

Օրերում այս վառ, հողմավար, շփոթ -

Հեռու ու մօտիկ միլիոն սրտերի


Ե՛րգն է վիճակուել ինձ երգել այսօր.


Իմ բազմամիլիոն, բիւր ընկերների


Խինդը այսօրուայ ու թռիչքը մեծ-

Գալիք օրերին նետե՜լն է երգիս


Վիճակուել այսօր:

En ces jours ardents, emportés par les vents, confus-

C’est la chanson de millions de cœurs lointains et proches,

Qu’il m’incombe de chanter aujourd’hui ;

La liesse de ce jour et le grand envol

de mes multi-millions, innombrables compagnons 

échoient aujourd’hui

à mon chant pour être lancés aux jours à venir.

Ահա՜ թէ ինչո՜ւ է երգս հաղթական,


Ահա թէ ինչու է իմ ձայնն այսօր


Յաւերժի նման յամա՛ռ ու հաստա՜տ:

Voilà donc pourquoi mon chant est victorieux,

Voilà donc pourquoi ma voix aujourd’hui

Est pareille à l’éternité, tenace et ferme. 

 

Ահա թէ ինչու


Վիթխարահսկայ, որպէս էյֆելյան


Աշտարակը մեծ,


Անցած ու գալիք դարերի շեմքին


Հզօր, բարձրաբերձ՝


Կանգնել եմ ամբողջ հասակովս մէկ


Եւ երգում եմ ես:


Եւ հոգիս հիմա՝ ռադիոկայան՝


Իր հրակարմիր երգն է ուղարկում


Հեռո՛ւ ու հեռո՛ւ, -

Բոլո՜ր սրտերին, որ ապրում են, կան


Բոլո՜ր կողմերում:

Voilà donc pourquoi

Gigantesque géant, ainsi que la grande

Tour Eiffel,

Au seuil des siècles passés et à venir

Puissant, prolifique !

Je me tiens debout de toute ma hauteur

Et je chante.

Et mon âme désormais une station radio, 

Envoie son chant rouge de feux

Au loin et au loin !

A tous les cœurs, qui vivent, 

De tous les côtés.

   

Երգում է հոգիս, հրեղէն հնչում:


Գիտեմ՝ այսօրուայ իմ երգի առաջ-

Իմ հոգու կարմիր կայծերի հանդէպ-

Ռադիոկայան է ամէն մի հոգի,


Ո՜ւր էլ նա լինի.-

Ամէ՜ն մի հոգի, որ ապրում է, կա


Եւ կրում է իր թևերի վրայ


Նո՜յն խորհուրդը մեծ, խորհուրդը հսկա
յ

Օրերի այս վառ, -

Այս վառ օրերի խորհուրդը պայծառ:


Ամէ՜ն մի հոգի,


Որ իր երկաթէ թևերով այսօր


Զնգում է, շաչում -

Եւ փնտռում է նո՛ր հանգիստ ու օրոր


Միլիո՜ն թևերի ըմբոստ շառաչում...

Mon cœur chante, une résonnance de feu.

Je le sais, devant mon chant de ce jour –

Vis-à-vis des éclairs rouges de mon âme –

Chaque âme est une station-radio,

Où qu’elle se trouve, -

Pour chacune de ces âmes, qui vit, il y a

Et elle porte sur ses ailes

La même grande idée, l'immense idée

Ardente de ces jours, -

L’étincelante idée de ces jours ardents.

Chaque âme,

Qui aujourd’hui avec ses ailes de fer

Tinte, crépite – 

Et cherche le nouveau calme et berçant

Mugissement révolté de millions d'ailes…

 

 

Գիտէ՞ք, որ հիմա


Այստեղ — Նայիրի իմ երկրում աւեր


Ու հեռու-հեռուն -

Կարմիր Մոսկովում,
 Տիբէթում դեղին,


Սան-Ֆրանցիսկոյում, Լոնդոնում հսկայ


Ու Սինգափուրո՜ւմ -

Բոլո՜ր վայրերում, բոլո՜ր կողմերում


Աշխարհը մի նո՛ր երգով է յղի:

Savez-vous, que maintenant,

Ici – dans mon pays en ruine de Nayiri

Et au loin du loin –

Dans la rouge Moscou, au jaune Tibet,

A San Francisco, l'immense Londres

Et à Singapour –

En tous lieux, de tous côtés

Le monde porte un nouveau chant ?

 

 

Հէ՛յ, հեռու-մօտիկ


Հանքահորերում,
 գործարաններում,


Լայն ստեպներում ու անտառներում -

Բոլո՜ր վայրերում, բոլո՜ր կողմերում,


Երկաթի՜, բրոնզի՜, հողի՜ ու հանքի


Երգով օրօրուած իմ բի՜ւր եղբայրներ,


Ո՞վ ունի այսօր կամքը մեր հրէ,


Ուժը մեր բոսոր


Ու վառ բախտը մեր
 տիեզերական…

Hé ! loin-proche

Dans les mines, dans les usines,

Dans les vastes steppes et dans les forêts –

En tous lieux, de tous côtés,

De fer, de bronze, de terre et de mine

Mes innombrables frères bercés de chant,

Qui aujourd’hui a la volonté de notre feu,

La force de notre rouge sang

Et notre ardente fortune universelle ?

   
Ո՞վ ունի այսօր... Qui aujourd’hui a ?...
   

Մե՛նք ենք, որ նո՛ր ենք, հազա՛ր ենք ու բի՜ւր:


Երկաթէ հսկայ մի դիսկի նման


Բի՜ւր եղբայրների կամքը մեր արի,


Տիեզերական -

Նետե՜լ ենք արդէն թափով վիթխարի


Դէպի հողմերը գալիք օրերի,


Դէպի — Ապագան... 

C’est nous, qui sommes neufs, des milliers et innombrables !

Pareille à un énorme disque de fer 

La vaillante volonté de nos innombrables frères,

Universelle –

Nous nous sommes déjà lancés avec un gigantesque élan

Vers les jours venteux à venir,

Vers – Le Futur…  

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Il est né à Makou, ville du nord de l’Iran actuel, mais sa famille s’est très rapidement déplacée vers le Caucase, à Kars, ancienne capitale arménienne située à l’extrême nord-est de la Turquie actuelle.


(2) Les vers de Tcharents sur l'Ararat sont si célèbres qu'en Arménie, une arche en hommage au poète a été édifiée sur l'un des plus beaux site où l'on peut admirer le majestueux Massis dominant la plaine (sur la route qui va de Erevan au temple héllénistique de Garni).

19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:31

Quelle que soit la façon dont cette nouvelle année a commencé, personne n’a le choix : il faut avancer.

 

Et au lendemain d’une date annoncée de toutes parts comme la fin du monde, le simple fait de continuer pourrait bien prendre un élan particulier : celui d’un vif rebond. Impossible de savoir où nous allons, mais c’est maintenant et c’est sans appel.

Qu’advienne donc ce qui pourra et, pourquoi pas, ce qui se choisira. 

 

Barcelone-2010.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Barcelone septembre 2010 (photo JH)

 

 

Ce sursaut d’optimisme est inspiré par la lecture du dernier numéro de la Revue XXI, coïncidence des coïncidences, le n°21 du titre.  

Parmi les récurrences habituelles de cette revue assumant gaillardement son rythme ralenti par rapport aux médias actuels, figurent des portraits qui illustrent les pages « Ils font avancer le monde ».

 

Portraits de personnalités généralement peu connues par chez nous, mais qui mènent des combats soi disant perdus d'avance avec des caractères d’exception. A leur modeste niveau a priori, ces gens-là ont initié des entreprises souvent follement utiles pour tous et tout.

Ils montrent en toute simplicité qu’il vaut la peine de s’entêter pour ses idées, au quotidien.  

 

Au-delà de la lecture souvent réconfortante de ces portraits, vient aussi la surprise de constater parfois qu’il n’y a même plus aucun obstacle réel à la résolution d’un problème majeur, simplement des choix qui ne sont pas faits par ceux qui pourraient les faire.  

 

Exemples flagrants dans le n°21 de la Revue XXI donc :  

 

César HaradaCésar Harada, 29 ans, est l’inventeur d’engins maritimes capables de nettoyer les principales pollutions humaines sur mer : le pétrole, le plastique et la radioactivité : Protéi : https://sites.google.com/a/opensailing.net/protei/home.

« (…) Sa formule est libre, disponible en un clic : c’est de l’open source. (…) N’importe quel industriel peut décider de commercialiser ce bateau. » écrit l’article, finissant par une citation de Harada : ‘J’essaie de changer les choses par le bas. Je ne suis ni un justicier ni un super héros’

Pourquoi donc les acteurs concernés par ces fléaux ne se jettent pas dessus ? Autorités qui triment pour les nettoyer, pollueurs qui déboursent des fortunes en dommages-intérêts quand leur responsabilité est recherchée ?

 

 

Thuli-Madonsela-new.jpgThuli Madonsela elle, est la justicière qu’on rêverait d’avoir dans son pays.

 

Médiatrice de la République en Afrique du Sud depuis 2009, cette fille du petit peuple laminé par le racisme institutionnalisé, devenue juriste réputée ayant participé à la rédaction de la Constitution postaparteid, nettoie les petites et grandes injustices de son pays.

 

Si elle a déjà fait virer rien moins que le chef de la police nationale ou même carrément un ministre chargé des affaires sociales pour corruption avérée, c’est surtout l’injustice quotidienne que traque cette coquette calme et discrète que tout le monde reconnaît dans la rue.  

 

Cette femme fait sans nul doute avancer le monde par des savoirs-faire et être que nous ne possédons peut-être pas tous, mais il est plus que stimulant de voir qu’elle y parvient là où l’on pouvait s’y attendre le moins. Non pas au cœur d’un Etat de droit installé de longue date dans les droits de l’homme, mais dans un pays qui panse encore les plaies de l’apartheid aboli il y a à peine plus de vingt ans.  

 

 

Marc-Parent.jpgMarc Parent est quant à lui un Français qui a trouvé le moyen de créer de l’eau potable, avec du vent.

Eole Water solutionne tout bonnement les drames du manque d’eau partout où elle est introuvable sur la planète. Il « suffirait » d’investir.

Seul hic : la logique de recherche du meilleur retour sur investissement fait que c’est uniquement à Dubaï, là où l’eau se monnaye des fortunes, que le dispositif a pu être mis en place.

Bref, la solution au problème de l’eau existe déjà, il reste encore à… comment expliquer cela : tout simplement la choisir.     

 

 

Autre hasard ou coïncidence, ce n°21 de la Revue du même nom se démarque par :


>> La production d’un manifeste relatant toutes les réflexions qui ont guidé l’avancée de ce projet journalistique lui aussi apparemment perdu d’avance, qui fête pourtant aujourd’hui ses cinq ans d’existence avec un tirage qui tient encore du rêve pour toute autre revue de nos jours (60 000 exemplaires, pour des ventes moyennes de 45 000 exemplaires).

 

>> Le thème central de ce numéro raconte longuement trois histoires diamétralement opposées, autour d’un principe de survie élémentaire qu'on a tendance à négliger : le courage.

Celui d'un Noir-Américain libéré de 26 ans de prison après avoir été innocenté, le parcours de 'l'ex-immigré algérien de France ou touriste' qui sauva le Président en 2002, ou encore l'unique criminaliste exerçant au Salvador, pays au nombre de meurtre quotidien record.

Variations sur un même thème, pour montrer que le courage a maintes occasions d'avoir cours, et pas nécessairement dans les plus graves moments.   

 

Une inspiration encourageante qui résonne étonnamment synchrone avec le formidable élan de ces vers d'un certain Yeghiché Tcharents, découverts sur la page dédiée au mois de décembre 2012 d'un banal calendrier le mois dernier:   

   

Décembre 2012(traduction JH janvier 2013)  

     

Pareillle à un énorme disque de fer

La vaillante volonté de nos innombrables frères,

Universelle –

Nous nous sommes déjà lancés avec un gigantesque élan

Vers les jours venteux à venir,

Vers - le Futur…

 

 

 

Plutôt pas mal pour un début d’année où il faut continuer d’avancer quoiqu'il arrive. Lors donc,

 

Meilleurs voeux de courage à tous pour 2013

 

 

(Pour prendre connaissance du poème in extenso dont ces vers sont la chute, se reporter au billet suivant de ConnexionsS, lecture étonnamment moderne pour une œuvre de 1918). 

Jilda Hacikoglu - dans Société
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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 14:30

Les joies insolites de la plongée sous-marine, voilà un sujet de saison… Parce que le grand bleu est loin d'être uniquement synonyme du bien beau drame de Luc Besson, figurez-vous.


Mythique coccinelle du Grand BleuFiat 500 nuova, mythique, du film Le Grand Bleu

ici avec Marc Duret (alias 'Roberto, mio palmo') et Jean Réno (Enzo)


Même si pour des raisons de sécurité évidentes, nul n’est sensé être léger avec la technique subaquatique (en cas de pépin c’est tout bonnement la mort qui guette), la plongée offre largement de quoi raconter nombre d’histoires joyeuses décuplant l’effet euphorisant de cette activité.


Yeah signLe contraste humoristique avec le risque latent en devient d’ailleurs tout spécialement rafraîchissant, s’agissant d’une activité où c’est le plaisir, seul, qui pousse à s’aventurer si loin dans un milieu qui nous est si peu naturel.


Voilà donc un pêle-mêle de ces surprenantes, mais toujours généreuses, tranches de rires en bulles.


 

En numéro 1 le rappel fondamental : on voit plus gros sous l’eau. Ce qui engendre régulièrement de drôles de surprises sur la taille réelle des diverses choses qu’on trouve là-dessous : par exemple des yeux de Sainte Lucie (un coquillage) qui semblent rapetissés quand on les observe à la surface.


 

Ensuite vient l’adage selon lequel, ne l’oublions jamais : « on est beau on est des plongeurs !». Car bien évidemment en surface, il n’y a rien de plus ridicule qu’un humain prêt à s’immerger.

Equipé de sa combinaison, ses grosses palmes, sa lourde bouteille en sac à dos et l’énorme détendeur dans la bouche pour respirer, il devient impossible de reconnaître un ami plongeur d’un autre, ce qui vaut pas mal d’éclats de rires lors des premières immersions.


Qui est quiQui est qui ?

 

Exemple de dialogue de sourds quand un débutant demande à un autre: «  T’es avec quel moniteur toi ? ». Réponse inutile : « – Euh… Le mec là ! ». Le questionneur éclate logiquement de rire à cette réponse un peu paumée. Or tout le monde sait que rire avec un masque en position et le détendeur dans la bouche, c’est une certaine forme de sport, et le rire s’auto-entretient donc.

 

Bref, au-delà de la beauté des fonds marins, les joies de la plongée sont multiples et pas toujours là où on le pense :

 


> Un vocabulaire technique qu’on s’approprie très vite en le déformant :


Dive hard- le binôme est votre moitié sous l’eau, peut-être même plus que votre conjoint officiel, cet autre plongeur comme vous est là pour toujours garder l’œil sur vous et vérifier que tout va bien (en plongée, on est toujours le binôme de quelqu’un, sécurité et solidarité oblige). Assez naturellement d'ailleurs, le binôme a vite tendance à devenir un vrai pote en surface aussi.


- la stab est le gilet stabilisateur qui se gonfle et dégonfle pour assurer le niveau d’immersion désiré durant les évolutions sous l’eau.

 

- la palanquée désigne la poignée d'individus qui plonge ensemble lors d'une exploration, et qui restera groupée à la vie à la mort, jusqu'à ce que tout le monde remonte sain, sauf et heureux à la surface.


- l’octopus n’est pas un poulpe mais le détendeur de secours pour dépanner un binôme en difficulté.


- ou encore le visio-prout, ce néologisme humoristique dont l’homologation n’est pas garantie à l’heure où ses lignes sont publiées, désigne judicieusement l’appareil permettant d’épier depuis la surface (sur un bateau) le fond rempli de petits camarades plongeurs.

 


> Les histoires de plongeurs qui commentent les spots explorés avec des visions souvent inattendues, dignes des écrivains les plus inventifs, sont un must aussi.

Homme libre, toujours tu chériras la mer ! s'exclamait Baudelaire, car c’est une certitude que la mer inspire formidablement.


Par exemple, là-dessous, même un fond de sable et d’algues plat comme le plateau du Larzac peut devenir le décor d’un revival personnel de films tels que Matrix ou Spiderman : il suffit d’enlever ses palmes pour les caler sous le bras, ensuite c’est parti pour bondir et décocher des coups de poing ou de pieds ‘en plein vol’… Ce faisant il faut avoir en tête que les poids de votre équipement se chargent de toujours vous ramener en douceur vers le fond.

Archimède pratique, CQFD pour la démonstration d’inspiration.

 

Hommes GrenouillesUne fois, on a même croisé des hommes grenouilles


> Les épreuves des passages de niveaux ressemblent parfois à de mystérieux rites d’initiation primitifs.

Il en est par exemple ainsi de l’exercice d’orientation par rapport au tombant des reliefs présents sous l’eau, ou encore de l’épreuve du parachute. Comprendre : l’envoi depuis le fond d’une balise qui se gonfle et doit sortir bien verticale à la surface de l’eau (diverses significations selon ce qui est fait). Savoir le faire est indispensable pour avoir le niveau 2 (plongée autorisée au-delà de 20 mètres de profondeur, et jusqu’à 40 mètres).


A ce sujet, le commentaire  d’un moniteur sur sa palanquée d’aspirants autonomes de niveau 2 est édifiant : « Jamais vu un parachute lancé comme ça, il l’a envoyé direct torpiller la coque du bateau !».

 


Mammifères plongeurs en groupe sous l'eau> La faune des spots visités n’est pas toujours celle que l’on croit : le silence des grands fonds n’est parfois plus qu’un mythe en certains lieux spectaculaires.


En saison pleine, les grottes, canyon à la Indiana Jones, et autres spots poissonneux ou colorés deviennent en effet des curiosités subaquatiques aussi visitées et pleines de plongeurs qu’une station de métro.

 

 

 

> Les miracles de la communication sous l’eau, avec tous les signes officiels… et l’infinie variété de tous les autres 

Car en exploration il n’y a rien de plus amusant que communiquer ses impressions et réactions au  binôme ou à la palanquée, et il se trouve queplongeehumour2 justement, même harnaché et quasi-anonyme sous l’attirail technique qui vous protège, les faciès humains restent très expressifs.

 

Rappelez-vous alors l’effet grossissant de l’eau : la moindre mimique du visage ou clignement d’œil est un commentaire qui peut en dire long. Ce qui donne une idée du spectacle de ce mammifère 'plongeur', quand il évolue sous l’eau avec ses congénères .

 


> Les temps de dégazage se font naturellement à la surface, pour évacuer toutes les petites bulles d’azote accumulées dans votre organisme au fil des plongées, et vous interdisent seulement de prendre l’avion trop rapidement après votre dernière plongée.

La durée de votre dégazage varie selon la profondeur et la durée de votre immersion, mais ce temps s’apparente étrangement, en beaucoup moins douloureux, au dégrisement des lendemains de fêtes.

 

 

dauphin-bulles


En résumé, tant qu’on reste sérieux et prudent avec la technique ainsi que les règles de base, pur plaisir et multiples réjouissances sont au rendez-vous. Un vrai shoot des petits ou moyens fonds et surtout de bulles, qui donne souvent l’envie de retarder autant que possible la remontée à la surface. D’autant qu’à la surface vous retrouvez aussi la dure réalité du poids à l’air libre de votre combinaison gonflée d’eau de mer.


Mais en fin de compte, c’est comme les vacances : il faut bien en revenir pour mieux y retourner.


Jilda Hacikoglu - dans Spectacle
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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 15:25

Aussi sûr que le sage qui a prononcé ces mots est mort : la nuit porte en elle le matin.


Bizarrement, ce n’est pas ce qui réconforte le doctorant en lettres modernes, aux prises avec cette citation dont il n’arrive décidément pas à retrouver l’auteur. Elle convient pourtant si bien à ce chapitre final qui doit magnifier la conclusion de ses quatre longues années de thèse. Longues les années à s’user le derrière, sur des sièges inconfortables de bibliothèques tristes de ne voir que mers de têtes penchées sur la poussière de volumes fatigués. Tristes les soirées sacrifiées à la correction de copies d’étudiants inscrits en Faculté de Lettres uniquement, semblait-il, pour mieux buller en charmant les étudiantes peuplant la faune ambiante. Sinistres les têtes à têtes avec son directeur de thèse, pour qui rien ne semblait jamais plus naturel que lui faire réécrire des pans entiers de sa thèse, pour mieux rendre perceptible l’influence qu’il avait sur le travail de son doctorant, désespéré lui d’avoir vu en ce maître une sommité utile à son objectif.


Las, le directeur de thèse était choisi, et il n’aurait pas été de bon ton d’en changer quand l’envie s’en était sérieusement faite sentir après un an. Las, la voie du doctorat nécessitait ce travail de sape traditionnel du directeur de thèse sur sa victime aspirante au docte titre. Las enfin, il ne retrouvait pas le mystérieux auteur de cette maxime si pleine d’espoir, riche de possibilités, et lumineuse avec des mots si simples.


La nuit porte en elle le matin.


Le voilà le véritable miracle qui l’avait conduit à choisir cette carrière d’esclave des professeurs sadiques : sept mots et l’on pouvait ouvrir mille univers pour le lecteur, les lecteurs.


Pas le miracle de ces sept mots-là en particulier, ils ne sont en fait qu’un exemple parmi bien d’autres de l’art de composer phrases en ordre choisi pour transporter qui les lit, vers d’autres cieux. Peu important de quels cieux il s’agissait, ils sont justes autres. Vacances merveilleuses de la vie, si facilement volées au détour de quelques pages lues dans un métro qu’on préfère ne pas regarder, sur le fauteuil confortable d'un dimanche de repos, ou pelotonné au fond d’un lit avant de s’abandonner au sommeil grâce à cette coupure d’avec la vie réelle.


On lit pour sortir de sa vie le temps de quelques pages, mais le paradoxe est qu’on retrouve toujours la vie dans ces pages. C’est simplement une vie autre, portant en elle le pouvoir de sublimer la sienne propre. Orale ou écrite, la littérature est une magie qui existe depuis la nuit des temps, et dont l’étude n’achèvera jamais de révéler les formules secrètes. Parce que la littérature, ce n’est rien d’autre que l’humanité en mots.


C'était en tous les cas la fervente conviction du doctorant presque arrivé au bout de sa peine, le matin espéré que portait donc sa nuit de thèse.

 

 


JH

 


Mado - Esprit libéréToile de Madeleine Ossikian (Esprit libéré ?)

 


 Ce petit texte fantaisiste est inspiré du titre d’un beau livre souvenir, bilingue arménien-turc,  
Գիշերը Առաւօտը Իր Մէջ Կը Կրէ  (>> soit en français "La nuit porte en elle le matin")

 édité en  2003 par le comité des 50 ans de l’école arménienne d’Istanbul (Turquie) Sourp Khatch (Sainte Croix), plus communément appelée Tebrévank.

Une autre histoire en perspective.

 


Un-monde-autre.jpg

Un autre monde ? (Corse juin 2012 - photo JH)

25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 14:18

Le plus cosmopolite des comédiens de diaspora présentera cette année le festival international du film d’Erevan. Gérald Papasian animera ‘en mode Babel’ (en 3 langues) les cérémonies d’ouverture et de clôture du 9ème Abricot d’Or d’Erevan, prévu du 8 au 15 juillet 2012.


poster 2012 enposter 2012 am 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Affiche du festival, version anglaise & version originale

 

 

A bien des égards  la dernière édition de ce festival avait résolument confirmé son credo international, et la session 2012 du festival ne déroge pas à ces principes cosmopolites (voir ci-dessous la sélection 2012).

 

Comme un poisson dans l’eau, la présence de Gérald Papasian cette année en tant qu’invité d’honneur pour animer les cérémonies du festival apparaît donc comme une évidence. Dans le petit monde des Arméniens sillonnant la planète comme un second chez eux, ce phénomène tient en effet une place singulière.

 

 

20120511 GP portrait mariejulliard-17-2L’impossible bio express de Gérald Papasian


On pourrait faire un roman de sa vie, pleine d’histoires, de bons mots et d’anecdotes aussi croustillantes que ce personnage : tout a commencé à 14 ans dans son Caire natal en traduisant les aventures de Tintin en arménien pour les monter au théâtre, façon ‘Comédie Française’ (c'est-à-dire non soufflé), par une troupe d’amateurs arméniens.

 

Toutes ses pérégrinations n’ont ensuite été guidée que par son souhait de continuer ce jeu. De villes en continents où il a longtemps séjourné, entre Europe, Etats-Unis et Orient, cet homme de théâtre a choisi la France pour patrie d’adoption depuis vingt ans.

 

 

Là, c'est le metteur en scène Habib Naghmouchin qui le premier lui a donné ses rôles sur la scène parisienne, dans des pièces de Shakespeare. Plus tard sa collaboration avec Irina Brook est devenu un autre formidable pilier de sa vie de théâtre. C'est elle qui lui a taillé des rôles quasi sur-mesure au sein de sa compagnie, et son rôle de Sancho dans le Somewhere la Mancha, adaptation de Don Quichotte reste un sommet.

 

Cette liberté de ton sied bien au rebelle éternel qu’il est, capable de s’enflammer autant pour partager toutes les beautés qu’il voit, que rejeter toutes les dictatures sociales. D’autant qu’en matière de dictature, il a déjà donné dans son Egypte natale, puis en Arménie soviétique où il a étudié pendant cinq ans à l’Institut national du théâtre et de cinéma d’Erevan. Cette faculté de mise en scène ‘unique au monde’ dont Gérald garde un souvenir fort, employait la méthode d’excellence russe pour former de véritables experts du jeu d’acteur et de la mise en scène.


En tous les cas sa joviale bonhomie n’a d’égale que son professionnalisme dans un art auquel il se dévoue entièrement, et avec une connaissance encyclopédique peu usitée des créations arméniennes.

 

Pour toutes ces mises en scène, la traduction d’œuvres en arménien ou de l’arménien vers d’autres langues est d’ailleurs un exercice qu’il a beaucoup pratiqué, avec une rare acuité. Depuis l’adaptation en anglais de l’opéra Anouche d’Armen Tigranian, qui sonne tout autant arménien malgré les paroles américaines (c’était en 1981 au Michigan Opera à Detroit), et jusqu’à son dernier exploit autour des partitions retrouvées du Gariné de Dikran Tchouhadjian.

 

Golden-Apricot 1141 Gariné (mise en scène Gérald Papasian 2011)

 

Tout cela est au service d’un désir de passer le relais : soutenir une création artistique arménienne de niveau professionnel qu’il aimerait voir vivre beaucoup mieux en diaspora. Sa conviction étant que c’est cela qui peut entretenir l’étincelle d’une identité malmenée, mais qui a encore des chefs d’œuvres dignes d’égaler les plus grands.

 

Golden-Apricot 0950Obligé de décliner l’invitation de l’Abricot d’or l’an dernier, pour cause de résidence au Théâtre de  Paris où il jouait les Demetrius et Bottom dans l’adaptation du songe Shakespearien d’Irina Brook, cette année était la bonne pour lui faire tenir ce rôle.

L’acteur/metteur en scène/chanteur/traducteur/adaptateur polyglotte (ouf !) qu’il est, se réjouit déjà à l’avance de cette croisée des cultures où la création d’Arménie et de diaspora partage l’affiche avec les meilleurs professionnels du 7ème art.

 

Demandez le programme : la sélection 2012 de l’Abricot d’or


Car au festival de l'Abricot d'or cette année, la barre cosmopolite est toujours haut perchée. 90 films en compétition, toutes catégories confondues, ont été sélectionnés parmi 1 250 candidatures dans les quatre principales catégories : long métrage de fictions, documentaires, Goriz (qu’on pourrait traduire par ‘noyau d’abricot’) pour les courts métrages, et Panorama arménien.

 

L-exercice-de-l-Etat.jpgAu programme des longs métrages de fiction en compétition, dont le jury est présidé par le réalisateur espagnol Victor Erice, neuf films sont présentés cette année depuis la Pologne, Russie, Suisse, France, Turquie, Estonie, Chili ou Espagne. Deux d’entre eux – L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller, et In the Fog (‘dans le brouillard’) de Sergei Loznitsa, sont les lauréats 2010 et 2011 du prix FIPRESCI du festival de Cannes (prix créé pour soutenir le cinéma de genre, risqué, original et personnel, c’est un aperçu de l’audace qu’encourage l’Abricot d’or).


12 films ont été sélectionnés dans la catégorie des documentaires, et c’est sans doute dans la catégorie Goriz, avec 36 films retenus parmi les 700 candidatures, qu’on rencontre le plus de pays et de continents représentés.


Enfin la dernière mais non moindre est la sélection du Panorama arménien qui regroupe une trentaine de films longs et courts métrage, de réalisateurs d’Arménie bien sûr, mais aussi d’Arméniens venus des quatre coins du globe (France, Syrie, Turquie, Russie, Suisse, Etats-Unis, Canada, Liban et Allemagne). Une diversité à l’image du festival et de la présence de professionnels arméniens en diaspora dans le monde du cinéma international.

 

Le festival programme aussi traditionnellement hors compétition de nombreuses projections sur le thème de rétrospectives, d’hommages spécifiques ou d’avant-premières à Erevan. Avec le label de l’UNESCO donné cette année à Erevan, capitale du livre, le festival prévoit ainsi une programmation fournie autour du thème des adaptions de livres au cinéma.

Jilda Hacikoglu - dans Culture
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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 21:38

my-triplet-affiche-jaf2.jpg

Quand la musique se rappelle à vous d'une manière que vous ne vous expliquez pas, il y a de grande chance qu'une écoute approfondie en vaille la chandelle.

 

Il ne s'agit alors plus de comprendre, mais juste d'apprécier une autre dimension qui vous avale tout d'un coup.

 

C'est un peu l'effet que peut vous faire Macha Gharibian avec ses compositions inspirées de voyages, de rencontres et de croisements surprenants. L'accueil des salles parisiennes l'a encouragée à faire le premier enregistrement de sa propre formation My Triplet, avec l'aide des contributeurs intéressés par ses créations.

Si vous souhaitez participer l'opération se poursuit encore une dizaine de jours.

 

En tous les cas son écoute musicale vous est vivement recommandée et si vous souhaitez en savoir davantage sur les sources d'inspiration de cette musique si originale, Macha s'en explique ici avec grande simplicité et humilité (http://www.kisskissbankbank.com/macha-gharibian-enregistre-my-triplet) et voilà ci-dessous un portrait croisé père/fille autour de cette musicienne particulièrement attachante (publié dans le magazine France-Arménie du 1er avril 2010 - N° 359).

 

Bonnes écoutes/lectures...

 

 


 

Dan et Macha Gharibian /Liberté chérie

 

La musique est leur vie et c’est le groupe Papiers d’Arménies qui les réuni sur scène pour leur plus grand bonheur. Coulisses d’un père et d’une fille unis par les liens du sang et du son. 

 

A priori rien ne prédestinait cette jeune pianiste classique professionnelle, à partager la scène avec son père, chanteur-guitariste autodidacte, ex-routier et entrepreneur de bâtiment. Evidemment malgré ces parcours si distincts, lien filial et ambiance musicale aidants, on s’amuse quand même au jeu des ressemblances.


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Dan et Macha Gharibian - 2010 (photo Loïc Meignien)

 

D’un style à l’autre

 

L’aventure musicale des Gharibian père et fille commence autour de Bratsch. Fondé par Dan Gharibian et le violoniste Bruno Girard, ce groupe joue une musique du voyage, un peu tsigane, grecque et bien d’autres choses encore. Au début des années 90, il tourne depuis plus de 10 ans, et sa composition est à peu près figée. Les nombreuses tournées qui continuent encore aujourd’hui, l’ont étonnamment soudé, comme une famille. «Une famille qu’on s’est choisie» précise Dan, et la cohésion est contagieuse. «Quand j’étais petite, je les voyais déjà à la maison, et ils faisaient un peu partie de la famille» se souvient Macha qui plus tard, chantera presque par hasard et pour la première fois avec eux. Depuis, son père l’a accompagnée souvent à la guitare, et Macha finira par intégrer Papiers d’Arménie, l’autre groupe créé par Dan en parallèle de Bratsch, surtout pour le plaisir de chanter et jouer arménien.


urb2mini.JPGLe respect de l’autre est un socle évident de leur personnalité. Quel que soit l’autre, même – voire surtout - si il pense différemment. Pas toujours facile, mais c’est ce qui pour Dan, contribue à la longévité et la réussite de Bratsch, avec 5 musiciens et 2 techniciens, tous partie intégrante d’un groupe qui s’autogère et partage tout à égalité.

 

 

Même penchant chez Macha à travers son goût du travail commun, qu’elle joue, compose ou improvise. A ses yeux l’écoute mutuelle et les échanges entre musiciens sont toujours fructueux, car tout peut communiquer. Après un parcours poussé de pianiste classique (Ecole Normale de Musique de Paris), elle déborde largement du cadre, et ne craint rien tant que la compartimentation, qui de fait ne lui correspond guère. Au théâtre elle a déjà signé la création musicale et joué avec Simon Abkarian pour Titus, et se prépare pareillement pour Projet Mata Hari, dernière pièce du couple Abkarian/Catherine Schaub[1].

 

Si elle chante avec Papiers d’Arménies, elle a aussi apporté sa touche arménienne à un livre-CD de comptines du monde De miel et de pistaches, et récemment composé la musique du téléfilm Azad[2]. Le jazz est le nouveau champ d’action qu’elle ne lâche plus, depuis une immersion osée il y a quelques années à New York, «une ville qui pousse à déborder» justement.

 

 

Ambiance

 

Férue de pianistes de jazz comme Oscar Peterson ou le plus moderne Craig Taborn, Macha adore autant les grands compositeurs Rachmaninov ou Dutilleux, les musiques instrumentales ou le folklore arménien. Dans tout cela elle se retrouve, enrichissant ses diverses contributions, sous l’œil peut-être surpris mais toujours favorable de son père.

 

DSCN4021.JPG

Dan Gharibian - mars 2010 (photo JH)

 

Lui aussi n’a jamais bridé son répertoire : chanter en russe, ou écrire en burkinabé sied parfaitement à ce voyageur qui se sent rarement étranger, «à part peut-être un peu dans les pays nordiques», et regrette juste de ne pas maîtriser l’anglais pour mieux bavarder. C’est qu’avec le métissage musical de Bratsch jouant aux quatre coins du monde, en plus de 30 ans de métier, il a sacrément roulé sa bosse, et pas seulement en musique.

 

Avec sa présence impressionnante, il peut désarçonner le quidam d’un simple regard, tout en ayant le sourire facile et communicatif. Rester libre a toujours été son but, même dans ses boulots parallèles à la musique. Il hésita longuement avant de s’y consacrer à plein temps, mais le choix s’est finalement imposé, avec le temps et son propre ressenti. Ce riche vécu est admiré et très estimé par sa fille, car «rien n’est jamais acquis» en musique, quels que soient les succès.


Bien sûr les origines arméniennes ont une place de choix dans leur sillage. De père italien, Dan a pris pour nom de scène celui de sa mère arménienne. Elevé par ses grands-parents arméniens qui ont forgé son amour des musiques d’Europe centrale, il s’est vite identifié à ces airs de ceux qui sont sans pays, pour jouer à son tour «entre tradition et modernité».

 

l.jpgEn parfait électron libre, Macha ne considère pas que sa vie de musique vient de ces racines arméniennes, mais plutôt de son éducation, au contact d’artistes vivant pleinement. Bien sûr les sonorités arméniennes font bondir son cœur, et elle devine que ces racines sont à l’origine d’un certain «goût du tragique», une tendance à être davantage émue par les choses fortes. Serait-ce de là aussi que vient son éternelle envie d’émouvoir ?

 

Quoiqu’il en soit, pour elle l’émoi peut naître de bien des manières : « du triste au plus gai, et finalement la musique est vraiment un moyen de toucher, sans être enfermé », et son père fait chorus à cette foi puissante.


JH

 


[1] Pièce présentée au théâtre national de Toulouse du 17 au 26 juin 2010 ; prévue au théâtre des Bouffes du Nord à Paris en 2011.

[2] Réalisé par Nicolas Tackian, musique interprétée par Papiers d’Arménies, diffusion prévue sur France 2 courant 2010.

Jilda Hacikoglu - dans Musique
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